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Pourquoi les économistes n’ont pas compris le printemps arabe

LONDRES – Le sixième anniversaire des soulèvements du printemps arabe est passé cette année largement inaperçu. Contrairement aux années précédentes, les flots de commentaires sur les événements qui secouèrent le monde arabe et semblaient porter en germe une transformation politique se sont taris.

Certes, avec le temps, la nouveauté s’use, perd son lustre. Mais l’intérêt déclinant pour les révoltes arabes traduit un basculement plus profond : l’espoir de nouveaux systèmes politiques plus représentatifs a fait place au désespoir, à mesure que les révolutions en gésine se sont transformées en contre-révolutions, en guerres civiles, en États faillis et en montée de l’extrémisme religieux.

Pourtant, si désagréables qu’en soient aujourd’hui les résultats, nous devons continuer de nous intéresser aux soulèvements du printemps arabe, afin d’en dévoiler les causes véritables. Comme tout événement important, ils posent des questions nouvelles et difficiles. Ainsi peut-on, à bon droit, se demander pourquoi les économistes se sont avérés incapables d’anticiper le mécontentement. 

Prévoir les bouleversements politiques n’est pas chose aisée. Et le bilan des économistes, lorsqu’il s’agit de prévoir les crises, a fortiori les crises économiques, est pour le moins médiocre. Cet échec prospectif ne traduit-il pas un problème plus grave qui mettrait en cause les cadres conceptuels et les hypothèses de la science économique ?