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Obama face à l’État islamique

WASHINGTON, DC – Le président américain Barack Obama a formulé une stratégie détaillée quant à la manière dont son administration entendait combattre l’État islamique, qui contrôle désormais une importante partie de la Syrie et de l’Irak. Bien qu’au cours des deux ans et demi passés je me sois montrée fermement critique à l’égard de la politique d’Obama vis-à-vis de la Syrie, force est de constater que sa nouvelle stratégie reflète une politique étrangère mature et cohérente – qui manque en revanche à satisfaire pleinement aux valeurs proclamées par le président américain. Or, il y a là une négligence susceptible de faire échouer son plan.

L’approche privilégiée par Obama mérite à trois égards d’être saluée. Elle combine tout d’abord fermeté et diplomatie. Deuxièmement, elle accompagne de conditions scrupuleuses le type et la portée de l’action militaire américaine. Troisièmement, elle associe la réussite de ces efforts à l’existence et à l’efficacité d’une large coalition au Moyen-Orient, projetant ainsi un message clair selon lequel bien que les États-Unis soient prêts à assumer le rôle de leader, ils ne sont pas en capacité et ne souhaitent nullement endosser le rôle de gendarme du monde.

Dans le cadre du jeu de pouvoir qui s’opère actuellement au Moyen-Orient, Obama utilise ses atouts du mieux possible. Conscient de la possibilité d’affaiblir significativement l’État islamique au moyen d’un effort militaire conduit par l’Amérique, il sait également que seule une démarche combinant le militaire au politique pourra aboutir à la destruction de ce groupe. Le président américain a su se créer une certaine marge politique en traçant une ligne claire, annonçant que l’Amérique « étendrait ses efforts au-delà de la simple protection de ses ressortissants et conduite de missions humanitaires, » mais seulement en collaboration avec le gouvernement irakien nouvellement créé. Si ce gouvernement honore sa promesse d’inclusion politique, les États-Unis l’aideront à reprendre le contrôle de son pays ; à défaut, ce ne sera pas le cas.

Un aspect tout aussi important, bien que moins évident, réside dans l’atout que lui confère sa position vis-à-vis de l’Iran. À aucune reprise Obama n’a mentionné l’Iran au cours de son discours ; les observateurs se sont néanmoins interrogés quant à savoir si sa stratégie ne conférerait pas un plus grand avantage à l’Iran par rapport aux États-Unis, en vertu de la conception selon laquelle les combattants soutenus par l’Iran se révéleraient essentiels à la réussite des combats sur le terrain contre l’État islamique. Le gouvernement chiite d’Irak n’en demeure pas moins l’un des ancrages stratégiques majeurs de l’Iran dans la région ; antérieurement au lancement des frappes aériennes américaines contre l’État islamique, rien ne garantissait que le gouvernement irakien survivrait. L’Iran a au moins autant besoin de la force aérienne américaine que les États-Unis ont besoin sur le terrain de troupes appuyées par l’Iran.