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La nouvelle Route de la Soie au secours de la Russie

MADRID – La désintégration de l’Ukraine a mis en lumière les trois défis majeurs auxquels l’Occident est aujourd’hui confronté en matière de politique étrangère : danger lié à l’isolement de la Russie, énigme autour du comportement détaché de la Chine, et manque cruel d’idées novatrices. La résolution de cette équation exigera que soit fourni un effort concerté en direction d’une plus grande coopération, ainsi que de la construction d’une confiance entre des États aux systèmes politiques et aux intérêts nationaux disparates. Le souhait formulé par le président chinois Xi Jinping en faveur de l’instauration d’une ceinture économique sur l’ancienne Route de la Soie pourrait contribuer à appuyer cet effort.

La réponse apportée par l’Europe et les États-Unis à la crise ukrainienne a échoué à deux égards. D’abord et avant tout, elle s’est révélée anémique, projetant une image de faiblesse qui a mis à mal sa capacité à empêcher l’annexion de la Crimée par la Russie, entorse désormais tacitement admise, ou tout simplement à contrer le comportement agressif du pays vis-à-vis de l’Ukraine orientale. Dans le même temps, le prononcé de sanctions ciblées et autres remontrances diplomatiques a contribué à l’isolement international de la Russie, ruinant l’objectif à long terme d’établissement d’une relation susceptible de fonctionner.

Bien qu’il soit tout à fait crucial pour l’Occident de demeurer fidèle à ses principes, parmi lesquels l’imposition de sanctions douloureuses, il lui incombe également de faire preuve de pragmatisme. La présence d’une Russie fragile et isolée constituerait en effet une menace bien plus considérable que celle d’une Russie forte et intégrée sur le plan international. Nul ne saurait pour autant nier le constat selon lequel les relations avec la Russie sont aujourd’hui rompues, la confiance mutuelle ayant atteint son plus bas historique depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Dans ce contexte, le retour de la Russie au sein de la communauté internationale exigera l’intervention de la Chine. Or, pour l’empire du Milieu, l’Ukraine demeure une problématique complexe, en raison de l’intérêt qu’il tire à promouvoir des relations plus étroites avec la Russie et, dans une certaine mesure, des comparaisons qui peuvent être établies avec ses propres agissements en des lieux tels que le Tibet. Compte tenu de ces éléments – et plus généralement d’une réticence de la Chine à endosser un véritable rôle parmi les leaders mondiaux – un engagement direct de la Chine ne pourra très certainement s’opérer qu’au travers d’initiatives ciblées, en direction d’objectifs concrets.