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L’Afrique et la menace djihadiste

ADDIS-ABEBA – La liste des attaques djihadistes touchant l’Europe et l’Afrique ne cesse de s’allonger : la ville côtière de Grand-Bassam, en Côte-d’Ivoire, des lieux de sortie nocturne à Paris, ainsi qu’un aéroport et une station de métro à Bruxelles en ont été, pour ne citer que celles-ci, les dernières cibles.

En Europe, les enquêtes récentes laissent penser que l’État islamique (EI) a mis en place un réseau de cellules terroristes beaucoup plus étendu et profondément implanté que ne l’avaient cru les autorités. En Afrique, le nombre de morts dus à la violence djihadiste a presque triplé entre 2013 et 2015, tandis que se poursuivaient les attaques lancées sur le continent par Boko Haram, Al-Chabab, l’EI et d’autres. La montée des rivalités entre les divers groupes affiliés à l’EI et à Al-Qaida laisse prévoir que la violence ne fera probablement qu’empirer.

La tâche qui incombe aux dirigeant politiques des deux continents est de contenir la montée du terrorisme sans affaiblir des libertés difficilement conquises. Nous sommes voués les uns et les autres à conjurer la menace et, de fait, n’avons d’autre solution viable que de l’affronter ensemble. À cette fin, deux pôles de sécurité sont aujourd’hui mobilisés, sur la base d’un partenariat international qui n’a pas d’équivalent. La réunion du groupe restreint de la Conférence sur la sécurité de Munich se tiendra en Éthiopie les 14 et 15 avril, suivie, les 16 et 17 avril, de la cinquième édition du Forum de haut niveau de Tana sur la sécurité en Afrique. Face aux menaces transnationales pesant sur la sécurité du monde – non seulement le terrorisme djihadiste mais aussi la propagation des pandémies et les conséquences du changement climatique – une coopération beaucoup plus étroite et plus efficace de l’Europe et de l’Afrique devient de plus en plus nécessaire.

Le nombre sans précédent d’attaques djihadistes commises ces derniers mois dans de nombreux pays a montré combien nos sociétés étaient devenues vulnérables et combien la menace dépasse aujourd’hui le cadre des frontières nationales. Plus que tous les autres groupes, l’EI incarne cette menace. Depuis ses débuts de groupe terroriste nourri des carences de l’État en Irak et en Syrie, il s’est répandu comme un virus de l’Afghanistan au Nigéria et a mené ou fomenté des attaques jusqu’aux États-Unis et aux Philippines. Outre ses conquêtes territoriales et son réseau physique de partisans, l’EI a fermement pris pied sur les réseaux en ligne – plus que toute autre organisation djihadiste.