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Repenser le tabou de la monétisation

LONDRES – A présent que le rythme de la réduction progressive du programme d'achat d'actifs de la Réserve fédérale américaine a été débattu jusqu’à plus soif, l'attention va de plus en plus se tourner vers les perspectives de hausses des taux d'intérêt. Mais, déjà, une autre question se profile à l’horizon : comment les banques centrales parviendront-elles à « en finir » définitivement avec la politique monétaire non conventionnelle et à ramener leurs bilans gonflés par la politique monétaire non conventionnelle à des niveaux « normaux » ?

Pour beaucoup, un problème plus vaste doit être abordé. La réduction entreprise par la Fed ne fait que ralentir la croissance de son bilan. Les autorités devraient encore vendre 3 billions de dollars d’obligations pour revenir au niveau d’avant-crise.

La vérité rarement admise, cependant, est qu'il n'y a pas besoin de réduire les bilans des banques centrales. Ils pourraient rester plus importants en permanence ; en outre, pour certains pays, augmenter de façon permanente le bilan de la banque centrale permettrait de réduire le fardeau de la dette publique.

Comme l’illustre une étude récente du FMI par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, les économies avancées font face à un endettement qui ne peut être réduit simplement au moyen d’un mélange d'austérité, de patience et de croissance. Or, si une banque centrale détient la dette de son propre gouvernement, il n’existe plus aucune dette publique nette. Le gouvernement possède la banque centrale, de sorte que la dette est envers lui-même et le paiement des d'intérêts retourne au gouvernement en tant que bénéfice de la banque centrale. Si le stock de dette publique de la banque centrale était converti en obligations perpétuelles non porteuses d’intérêts, ça ne changerait pas grand-chose en pratique, mais il deviendrait évident qu’une partie de la dette publique émise antérieurement n'a pas besoin d'être remboursée.