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Un président sur le banc des accusés

NEW YORK – D’une certaine manière, l’émoi suscité par la décision de la Cour pénale internationale (CPI) de lancer un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour est étonnant. La CPI n’a après tout aucun moyen d’arrêter qui que ce soit au Soudan, et encore moins un chef d’État à la tête des forces armées du pays. Il ne faut pas non plus s’attendre à ce que quelqu’un intervienne au Soudan pour faire exécuter ce mandat d’arrêt. Alors que le Procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, semble confiant que M.Béchir sera traduit en justice, la mise en pratique de cette décision est loin d’être évidente. Il n’en reste pas moins qu’elle pourrait aboutir.

Malgré l’absence de pouvoir apparent de la CPI, de nombreux chefs d’État ont entrepris des démarches compliquées pour bloquer les procédures de la Cour. Ils ne semblent pas s’inquiéter du fait que les chefs d’inculpation puissent être injustes, mais plutôt préoccupés de manifester leur solidarité envers un autre chef d’État.

Parmi les pays qui s’opposent au mandat d’arrêt délivré contre M. Béchir, on trouve des pays membres de l’Organisation de la conférence islamique et de l’Union africaine, ainsi que des États puissants comme la Russie et la Chine. L’on ne peut que se demander si la démarche de certains n’est pas motivée par la crainte de se voir signifier un jour les mêmes chefs d’accusation que ceux portés à l’encontre d’Omar el-Béchir par les juges de la CPI.

Même si M. Béchir parvient à éviter une arrestation en limitant ses déplacements à l’étranger, la commotion suscitée par son inculpation n’a rien d’irrationnelle. Les chefs d’accusation portés à son encontre ont pour effet de stigmatiser le rôle du président soudanais.