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Un nuage sur la sécurité aérienne

PRINCETON – Après avoir été fermés suite à l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull, les aéroports européens ont rouverts. Ce n’est pas parce que la quantité de cendres atmosphériques a diminué, mais parce que le risque que les cendres posaient à la sécurité aérienne a été réévalué. L’interdiction de transports aériens a-t-elle été levée suite à de nouvelles données scientifiques ou à l’épreuve, personnelle et économique, que cette interdiction a causé ?

En six jours, près de 95 000 vols ont été supprimés, ce qui a coûté plus d’un milliard de dollars aux compagnies aériennes. Le nombre de personnes bloquées ou retardées se porte à environ cinq millions. A l’instar de bien d’autres économies, l’économie britannique a perdu 1,5 milliards de livres sterling. Les horticulteurs kenyans, dont la livraison en Europe de produits de courte durée de vie dépend du transport aérien, étaient soudainement à court de revenu. Seize personnes atteintes du cancer, en attente de greffe moelle osseuse, couraient un grand danger, car la moelle épinière correspondante ne pouvait être acheminée des Etats-Unis vers le Canada.

Dans le passé, les jets qui ont traversé des cendres d’origine volcanique (aux Etats-Unis, en Indonésie, aux Philippines et à Mexico) sont temporairement tombés en panne. L’un d’entre eux est même tombé en chute libre sur des milliers de pieds réussissant cependant un bel atterrissage. Toutefois, dans le cas présent, il ne nous a été fourni aucune preuve comme quoi les cendres – bien plus dispersées au-dessus de l’Europe – provoqueraient de tels problèmes. La décision d’interdire les vols reposait sur le point de vue que quelle qu’en soit la quantité, la présence de cendres dans l’atmosphère posait un risque aérien. Quelle que soit la hauteur du risque, la tâche du gouvernement était, ainsi que le Premier ministre britannique Gordon Brown l’a expliqué, « de s’assurer que la sécurité primait avant tout. »

En effet, en fermant leurs cieux, les gouvernements européens semblent avoir accordé la priorité absolue à la sécurité. Et pourtant, aucun de ces gouvernements n’applique ce principe dans d’autres domaines. Environ 3 000 personnes meurent chaque jour sur les routes. Ralentir les limites de vitesse de, disons, dix kilomètres par heure permettrait d’éviter la plupart des accidents et sauverait beaucoup de vies. Nous ne le faisons pas, car nous accordons moins d’importance à la sécurité qu’à notre désir de passer moins de temps sur la route.