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Incertitudes trumpiennes

NEW-YORK – Au début de chaque année j'essaye de faire des prévisions pour les 12 mois à venir, un exercice des plus difficiles en économie. Pourtant jusqu'à présent je m'en suis plutôt bien tiré, même en tenant compte de la vérité reflétée par la demande d'Harry Truman pour un économiste manchot (un économiste qui ne dirait pas on the one hand… on the other hand [d'un coté… mais de l'autre]).

J'ai ainsi prévu qu'en l'absence d'une stimulation budgétaire plus marquée (qui n'a eu lieu ni en Europe ni aux USA), le redémarrage économique après la Grande récession de 2008 serait lent. Pour cela je me suis appuyé davantage sur l'analyse des forces économiques sous-jacentes que sur des modèles économétriques complexes.

Ainsi début 2016 il semblait évident que l'insuffisance de la demande mondiale agrégée qui durait depuis quelques années allait se prolonger. Je pensais donc que les économistes qui prévoyaient une reprise vigoureuse regardaient le monde avec des lunettes roses. La suite des événements m'a largement donné raison sur le plan économique, mais il n'en a pas été de même sur le plan politique.

J'écrivais depuis des années que si l'on ne remédie pas au creusement des inégalités, aux USA mais aussi dans le reste du monde, ce serait lourd de conséquences. Néanmoins les inégalités ont continué à s'aggraver.