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L'Irak sera-t-il le prochain Afghanistan ?

Au début de la guerre que la coalition emmenée par les États-Unis lança contre l'Irak, deux visions entraient en concurrence quant à l'issue probable de cette guerre : la première était que le renversement du régime de Saddam Hussein ouvrirait une ère de démocratie en Irak qui servirait à son tour de modèle et de catalyseur pour introduire des changements démocratiques dans la région.

Ridiculisée par ses détracteurs comme une nouvelle « théorie du domino », cette vision présentait l'intervention en Irak comme phénomène identique à l'intervention américaine au Japon après la Deuxième guerre mondiale. Contre l'optimisme de ce « scénario japonais », les pessimistes déclaraient qu'il était plus probable qu'un « scénario somalien » se mette en place. Ils fondaient leurs déclarations sur la nature tribale, sectaire et multiethnique de l'Irak, qui, en l'absence de dictature, pousserait disait-on l'Irak vers sa chute précipité en « État déchu », livré aux seigneurs de guerre, aux querelles religieuses et ethniques, et devenant un refuge pour les organisations terroristes.

Reste maintenant la question principale de la dérive de l'Irak vers un scénario qui se situerait à la charnière de ces deux scénarios qui le rapprocherait du cas de l'Afghanistan. Ce « scénario afghan » implique un État affaibli avec un pouvoir symbolique sur des fiefs indubitablement autonomes dirigés par des hommes forts représentés au gouvernement central.

Aussi mauvais que cela semble, cette possibilité ressemble à un compromis « réaliste » entre la vision dite utopique d'une démocratie florissante et unifiée et la détresse d'un État déchu. Les actions et les politiques de l'Autorité provisoire, ainsi que certaines décisions prises en haut lieu par le gouvernement Bush, semblent pointer vers une acceptation résignée : l'espoir hâtif de voir l'Irak épouser une démocratie de style occidental était déplacé.