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Des coups de bâton ou des bonbons ?

Riccardo Rebonato

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2009-01-29

OXFORD – Une nouvelle conception des choix individuels rencontre un succès foudroyant dans les cercles politiques. Le nouveau président américain, Barack Obama, et le leader des conservateurs britanniques, David Cameron, (pour ne citer que deux noms), s’y sont intéressés. Les références intellectuelles et académiques de cette théorie sont irréprochables. Elle serait efficace, basée sur des recherches et peu coûteuse à mettre en œuvre. Avant tout, elle se targue d’une cohérence philosophique à laquelle les diverses « troisièmes voies » de la dernière décennie ne peuvent que rêver.

Cette nouvelle idée, développée dans le dernier livre de Cass Sunstein et Richard Thaler, Nudge , est qu’en contrôlant habilement la manière dont les alternatives nous sont présentées, il est possible de nous « inciter » à faire le choix que «le meilleur de nous-mêmes » ferait. Les « paternalistes libertaires » comme Sunstein et Thaler affirment que nous avons deux manières de prendre une décision : une manière « instinctive » (appelée système-I) et une autre manière plus réfléchie et bien plus efficace (appelée système-II).

Mais, bien que les choix opérés au moyen du système-II soient plus efficaces que ceux effectués au moyen du système I, ils sont plus « coûteux » : ils nécessitent des données, une analyse et de la concentration. Ce n’est que quand l’importance du choix justifie les efforts que nous sortons l’artillerie lourde du système-II. Cette division du travail entre les deux systèmes serait idéale si le mode de prise de décision paresseux et superficiel du système-I ne tendait à prendre le dessus dans les situations qui mériteraient pourtant toute notre attention : choisir un plan de retraite ou une assurance médicale, par exemple. Comme on peut se l’imaginer, les résultats de ces coups d’État du système-I ne sont pas beaux à voir.

Les paternalistes bien-pensants ont toujours été conscients de ce problème. Dans ce genre de situations, les paternalistes libertaires n’ont aucun scrupule à prendre le contrôle et à nous forcer à faire certains choix (« Mettez votre ceinture de sécurité et souscrivez à une épargne retraite, à la fin, vous me remercierez »). Les critiques que l’on peut opposer à cette attitude se réduisent à une simple question : « Qui est mieux placé que moi pour faire des choix concernant mon bien-être ? ».

Les paternalistes libertaires ne l’entendent pas ainsi. Pour nous amener à faire les choix qui sont bons pour nous, ils n’ont pas recours aux amendes, à la coercition ou à l’interdiction, mais aux « incitations » – des dispositions institutionnelles qui pourraient, en principe, être facilement négligées, mais que compte tenu de notre propension à compter sur le système I, nous finissons par accepter. Par un habile tour de passe-passe logique, nos imperfections cognitives sont manipulées et nous entraînent à faire les choix correspondant au système-II. Et de fait, des incitations adroitement calibrées se sont montrées extrêmement efficaces pour influer sur des choix qui font une différence substantielle pour le plus grand nombre (disons, par exemple, la souscription à des plans d’épargne retraite).

Mais c’est ici que le bât blesse : si le processus du choix est aussi important dans la formulation du résultat, est-ce vraiment important que ce soit la manipulation, plutôt que la coercition, qui nous fasse choisir ce que quelqu’un d’autre a déjà décidé être pour notre plus grand bien ? Quel est l’avantage d’amener quelqu’un à faire un choix par la ruse plutôt que par la force ? Le pouvoir du manipulateur n’est-il pas plus insidieux, et donc peut-être plus à craindre, que celui du gendarme ? En bref, qu’y a-t-il de libertaire dans la notion « d’incitation » ?

Les paternalistes libertaires ont aussi une réponse inédite à ces questions. Tant que la manipulation des choix nous amène par la ruse à faire des choix que notre ego rationnel ferait , disent-ils, la manipulation est justifiée. Les incitations doivent être choisies de façon à nous pousser vers les choix que nous ferions par nous-mêmes, si nous prenions le temps de nous asseoir et d’évaluer calmement le problème posé.

Cette solution apparemment élégante présente malheureusement des problèmes logiques. Est-il vraiment toujours raisonnable et efficace de suivre les préférences du système-II ? Selon les économistes néo-classiques, la réponse est un « oui » sonore, et dans de nombreux cas, ils peuvent avancer les preuves de leur conviction.

Malheureusement, la rationalité à tous crins ne produit pas toujours les résultats les plus séduisants dès lors qu’il s’agit de choix sociaux , et non de choix individuels . En fait, elle conduit parfois à des résultats inefficaces, « malfaisants », ou les deux. L’avantage de l’évasion fiscale l’emporte de loin sur le risque de se faire prendre, mais imaginez si tout le monde décidait d’échapper aux impôts en même temps ! Dans ce genre de situations, celui qui prend une décision en ayant recours au système-II n’a plus de marge de manœuvre pour échapper au caractère moins qu’idéal du choix rationnel.

Mais il y a pire. Prenons l’exemple suivant. Je suis un donneur d’organes. Thaler et Sunstein pensent aussi que faire don de ses organes est une bonne chose. L’une des « incitations » qu’ils prescrivent est donc de faire du don d’organes l’option par défaut en cas d’accident fatal. Mais il n’y a rien d’irrationnel dans le fait d’avoir une aversion contre l’utilisation de parties de son corps comme pièces de rechange après sa mort. On ne peut pas avoir recours au système-II pour prendre cette préférence en défaut. Comment nous sentirions-nous si nous utilisions la paresse décisionnaire du système-I à modifier des défauts pour « inciter » quelqu’un à faire un choix auquel il s’oppose violemment, parfois pour des raisons religieuses ?

En fin de compte, il y a un défaut de transparence fondamental et non résolu dans la manière dont les paternalistes libertaires envisagent de nous « inciter ». L’idée nouvelle selon laquelle la rationalité du système-II peut systématiquement nous donner la clé du choix optimal dont tous peuvent convenir est en nette contradiction avec l’idée contemporaine acceptée par tous qu’il existe une multitude de choix raisonnables .

Dans ce cas, qui est à même de décider dans quels domaines une personne peut être à juste titre être « incitée » par des manipulateurs sociaux ? De qui et quels choix sont-ils censés encourager ? Et qui manipulera les manipulateurs ?

Ces questions, je le crains, n’ont pas encore trouvé de solution convaincante.

Ricardo Rebonato enseigne la finance mathématique à l’université d’Oxford et est professeur adjoint à l’Imperial College et le Tanaka Business School de Londres. Il dirige également le département Risques liés aux marchés actions et d’Analyses quantitatives de la Royal Bank of Scotland.

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Stan 07:34 09 Feb 09

Libertarians aren't right - manipulation is bad way, everytime and everywhere. I'm surprised from this reason of thinking.



AUTHOR INFO

Riccardo Rebonato is a Visiting Lecturer in Mathematical Finance at Oxford University, Adjunct Professor at Imperial College and Tanaka Business School, and Global Head of Market Risk and Quantitative Analytics at the Royal Bank of Scotland.