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Percée technologique chinoise et indienne en Afrique

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2007-12-20

Adieu le MIT, vive l'université Tsing Hua de Pékin. Clothilde Tingiri, une jeune informaticienne de la principale entreprise de logiciels du Rwanda, rêve de Pékin et non de Cambridge pour réussir. Décidée à compléter sa formation, c'est en Chine et non en Amérique qu'elle prévoit de poursuivre son cursus en informatique à l'automne prochain.

Au Rwanda, les Chinois ne sont pas inconnus. Prés du bureau de Tingiri, Rwandatel, la plus grande entreprise de télécommunication du pays, installe un nouveau système de téléphone portable produit par Huawei, la grande société de matériel informatique de Shenzen. L'Afrique se flatte d'avoir le marché de téléphone portable qui connaît la croissance la plus rapide de la planète, et Huawei, fortement implanté dans 14 pays africains, envoie un nombre impressionnant d'ingénieurs dans la brousse pour fournir une nouvelle génération de matériel à faible coût à des populations qui sont parmi les plus pauvres de la planète.

Motivé davantage par le profit et les parts de marché que par la philanthropie, Huawei dépasse ses concurrents américains et européens en termes de prix, de réactivité et accepte plus facilement d'intervenir dans des environnements difficiles. Selon Chris Lundh, le responsable américain de Rwandatel, "Les Chinois font tout. C'est ainsi que les choses se passent maintenant en Afrique."

Mais pas tout à fait, car à travers l'Afrique subsaharienne, des ingénieurs indiens – venus avec la technologie voulue qui a fait ses preuves chez eux –font aussi leur place. L'Inde fournit à l'Afrique des cours d'informatique, des pompes à eau parfaitement fiables, du matériel d'usinage à bas prix pour le riz et de nombreuses autres technologies.

L'arrivée soudaine de la technique chinoise et indienne représente le "brunissage" de la technologie africaine qui a été longtemps le domaine des "Blancs", Américains ou Européens, qui veulent aider l'Afrique.

"C'est un déplacement tectonique vers l'Orient qui sera lourd de répercussions", déclare Calestous Jouma, un professeur kenyan de l'université d'Harvard, conseiller de l'Union africaine en matière de politique technologique.

Un grand changement se produit aussi dans l'éducation. Quelques 2000 étudiants africains étudient actuellement en Chine, la plupart dans des filières techniques ou scientifiques. Selon Jouma, ce nombre devrait doubler au cours des deux prochaines années, ce qui fera de la Chine "la première destination pour acquérir une formation technique ou scientifique ".

Le "brunissage" technologique africaine en est seulement à ses débuts, mais cette évolution va probablement s'accélérer. Les ingénieurs chinois et indiens viennent de lieux qui ont bien plus en commun avec l'Afrique où l'on se débrouille avec trois bouts de ficelles, qu'avec le confort de la Silicon Valley ou de Cambridge. L'Afrique sert aussi de test pour des technologies asiatiques qui ne sont pas encore au point pour le marché américain ou européen.

Les cuisinières solaires que l'Inde expérimente depuis des années est un bon exemple. Les cuisinières à bois sont en grande partie la cause de la déforestation de l'Afrique et dans beaucoup de villes africaines où le bois sert également à cuisiner, son prix augmente. Trop encombrantes et pas assez solides pour résister longtemps dans un village africain, les cuisinières solaires indiennes ne sont pas encore parfaitement au point. Mais compte tenu de l'étendu du marché intérieur indien, beaucoup de concepteurs sont motivés pour travailler à son amélioration. Combien de concepteurs peuvent en dire autant en Amérique ou en Europe ?

Il est vrai que le transfert de technologie en provenance d'Inde ou de Chine peut être un simple écran de fumée qui cache un nouvel "impérialisme brun" dans le but d'exploiter les richesses naturelles de l'Afrique. Depuis quelques années, le gouvernement chinois a investi des milliards de dollars dans des infrastructures africaines et dans l'extraction des ressources minérales, ce qui laisse soupçonner qu'une nouvelle course aux richesses de l'Afrique a démarré.

Mais l'Afrique a vraiment besoin de la technologie étrangère et les Chinois en particulier, travaillent intensément – et même avec un certain panache – à remplir le vide. Cette année, le gouvernement du Nigeria a acheté un satellite chinois et a payé les Chinois pour sa mise en orbite en mai. La Chine avait une telle volonté de vendre sa technologie spatiale au pays africain le plus peuplé qu'elle a battu les 21 autres concurrents avec un contrat de 300 millions de dollars.

Si les percées technologiques chinoises sont généralement moins spectaculaires, elles sont très significatives. Ainsi, les herbes et les produits pharmaceutiques chinois gagnent lentement des parts de marché en Afrique. L'artesunate, par exemple, un médicament produit par la Chine, fait partie depuis quelques années du traitement standard du paludisme.

De la même manière, la maîtrise des Chinois en ce qui concerne des micro-barrages très bon marché qui peuvent fournir de toutes petites quantités d'électricité à partir d'un filet d'eau a de quoi séduire ceux des Africains qui manquent d'électricité mais sont bien pourvus en cours d'eau. Des dizaines de milliers de barrages de ce type fonctionnent en Chine, mais pratiquement aucun en Afrique.

Des Américains inventifs comme Nicholas Negroponte avec son ordinateur portable à 100 dollars ont bien identifié le problème : l'Afrique peut réaliser un bond technologique pour rattraper son retard. Les scientifiques chinois et indiens estiment que l'Afrique bénéficierait d'un changement de technologie. Ils ont peut-être raison.

G. Pascal Zachary a écrit The Diversity Advantage: Multicultural Identity in the New World Economy (L'Avantage de la diversité : le multiculturalisme dans la nouvelle économie mondiale). Il est membre du fonds Marshall allemand.

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