Thursday, October 23, 2014
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Le monde selon Xi

PEKIN – Le 15 novembre, Xi Jinping est devenu le secrétaire général du Parti communiste chinois (CPC) et président de la Commission militaire centrale du CPC, ce qui équivaut à lui donner l'autorité suprême sur les forces armées de la Chine. En mars prochain, il deviendra également le président de la Chine.

Quelle est la vision du monde du nouveau dirigeant de la Chine et quelle sera sa gestion de la politique étrangère du pays? Est-ce que son style et ses préférences diffèrent sensiblement par rapport à son prédécesseur, le président Hu Jintao ? Les réponses à ces questions détermineront les relations de la Chine avec le monde, et vice versa, pour la décennie à venir.

Les dirigeants chinois ont une approche du pouvoir très différente de celle des dirigeants politiques, par exemple, aux États-Unis. Les politiciens américains doivent vendre leurs idées et leurs valeurs aux électeurs, les dirigeants chinois n'ont pas besoin d'informer la presse et le public directement sur quoi que ce soit, y compris sur leurs positions de politique étrangère. En effet, à l'exception notable de Mao Zedong et Deng Xiaoping, les dirigeants chinois ont rarement imposé leur propre personnalité à la diplomatie chinoise.

En ce sens, le style de leadership de M. Xi va très probablement continuer dans la tradition de ses prédécesseurs. Néanmoins, les perspectives et vision du monde de Xi sont certainement différentes de Hu.

Pour commencer, Xi fait partie d'une génération qui a grandi et étudié essentiellement à l'époque de la réforme de la Chine, qui a eu une influence décisive dans leur vie. La Chine s'est ouverte au monde en 1978, lorsque Xi et ses contemporains étaient de jeunes hommes désireux de comprendre le monde extérieur à la Chine. Ils représentent une génération qui s’est enthousiasmée pour l'approche réaliste de Deng visant à briser les murs que les radicaux de gauche avaient édifiés autour de la Chine, une génération qui est convaincue que le savoir peut changer le destin du pays et de ses habitants.

Lorsque cette génération prendra les rênes du pouvoir, ses membres convertiront leur passion et leur curiosité pour la connaissance et l'innovation en un véritable travail. Ils seront certainement prêts à apprendre du reste du monde, en vue de promouvoir les intérêts nationaux de la Chine à l'étranger et d’encourager un changement progressif dans le pays.

Xi pourrait aborder les questions les plus épineuses de diplomatie chinoise – en particulier les relations sino-américaines – avec plus de réalisme et de souplesse que ces dernières années. Sa visite aux Etats-Unis en Février 2012 a été largement considérée comme une suite à la visite de Deng en janvier 1979. Xi s’est entretenu avec le président Barack Obama et a visité le Pentagone. Il a prononcé un discours lors d’un déjeuner et a rencontré de vieux amis qu’il avait connus lors de son bref séjour dans l'Iowa en tant que jeune homme. Il a montré un intérêt pour la culture américaine, tout comme Deng l’avait fait en 1979. Il a mangé du chocolat et regardé des matchs de la NBA.

Plus important encore, au lieu de passer des heures et des heures à discuter d’un ton morne de sujets politiques et stratégiques, il a parlé directement et vigoureusement à propos de l'état actuel des relations sino-américaines. « L'océan Pacifique est suffisamment large pour accueillir les deux grands pays que sont la Chine et les Etats-Unis », a-t-il déclaré. Mécontent concernant le « pivot » de l'Amérique en Asie, Xi est resté calme, mais a souligné que « on ne peut pas trop compter sur la puissance militaire dans le domaine de la diplomatie en région Asie-Pacifique. »

De même, Xi a essayé d'éviter des discussions importantes sur les droits de l'homme, en disant simplement: « Le meilleur n’existe pas, seul le mieux existe. » En substance, il a cherché à démontrer que, même s’il y a beaucoup de questions, de discussions et même de conflits potentiels qui existent entre la Chine et les Etats-Unis, les dirigeants des deux pays doivent les aborder avec une attitude de coopération et de sincérité. Les dirigeants ne doivent pas se laisser prendre par des détails qui attisent la suspicion à l’égard des motifs de leurs homologues, de peur de perdre de vue l’objectif général.

La confiance de Xi s'étend à la politique intérieure de la Chine. Sa génération est davantage convaincue par l’importance des réformes que ne l’étaient les cohortes précédentes de leaders, moins en raison de l'idéologie officielle que des réalisations énormes du pays au cours des trois dernières décennies. En pratique, Xi pourrait bien se révéler être un nationaliste ; sans aucun doute, sa génération, à l’image des pères fondateurs de la République populaire, rêve de transformer la Chine en un pays plus fort et plus prospère. Les nouveaux dirigeants du pays veulent les applaudissements du monde, mais ils sont encore plus avides d’ovations domestiques.

Tout comme les dirigeants chinois précédents, Xi croit fermement que le monde doit respecter l'autorité de la Chine à gérer ses propres affaires. Ainsi, il est prêt à user de muscle diplomatique si la Chine est contestée sur un domaine de préoccupation central. Son discours au Mexique en 2009 l’a démontré. « Certains étrangers avec le ventre plein et rien de mieux à faire nous pointent du doigt », avait-t-il déclaré. « Premièrement, la Chine n'exporte pas la révolution; deuxièmement, elle n'exporte ni la famine ni la pauvreté ; et, troisièmement, elle ne s’occupe pas de vos affaires. Y a-t-il quelque chose à rajouter ? »

Xi comprend que le monde attend non seulement une Chine meilleure, mais aussi une Chine qui s'engage à construire un monde meilleur. Il sera certes un leader dur et résolu, mais un leader qui comprend le monde d'une manière pragmatique et sait comment bien travailler avec ses homologues étrangers.

En effet, sa visite de 2012 aux États-Unis a laissé deux impressions. Tout d'abord, qu’il est un leader à l'aise à la fois devant et loin des caméras de télévision. Deuxièmement, qu’il n'a pas peur de s'amuser un peu. Avec ces touches simples d'humanité, Xi pourrait provoquer une révolution de la diplomatie chinoise.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

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  1. CommentedTheetharappan Aswin

    China is successful because they do not tell the things before the public and media.After doing thngs they tell the media.Especially Obama makes certain policies there is strong opposition from the media or Republicans.China has got leaders and there talented because before becaming leaders they have to go from bottom to top.

  2. CommentedPeter Bowie

    I certainly hope the author is right. The world needs all the posiive change it can get and China will be a critical factor in our future development.

  3. CommentedLeo Arouet

    Creo que se va dar un cambio de todas maneras. Xi Jinping pertenece a los hombres de segunda generación que ha estudiado en el extranjero y que están imbuidos por las ideas liberales y por la democracia de occidente, así que us políticas van a ser más permisibles y con sesgo liberales.

  4. CommentedTenzin Namdhak

    Xi Jinping as a next leader of People's republic of China faces more domestic security and peace than foreign policies as many analysts would otherwise suggest. Currently more than 25 Tibetans self immolated in the month of November 2012 totalling to 89 since 2009. He definitely has to understand the reasons behind such incidents and bring forth the necessary political reform. Until and unless he caresses the internal problems, his positions to negotiate internationally looses credibility though we understand China's foreign exchange reserve is having certain effect but that is not going to last for long. So I hope that when he talks about the development of the nation, he propels the inclusive development considering all the minorities in China and not the mainland China where Han Chinese are the majority.

  5. CommentedChris Chen

    Good article!
    If China would be able avoid containment initiated by US in the next ten years, it must be Xi's big achievement in foreign policy.

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