WEEKLY SERIES

INTERNATIONAL ECONOMICS

STRATEGIC SPOTLIGHT

GLOBAL FINANCE

ECONOMICS OF DEVELOPMENT

ECONOMIC AND REGULATORY POLICY

ECONOMIC HISTORY

ECONOMIC PERSPECTIVES

PUBLIC INTELLECTUALS

GLOBAL OUTLOOK

REGIONAL EYE

SPECIAL SERIES

PROJECT SYNDICATE

China World

Le maigre bilan de la visite d'Obama en Chine

English Spanish French German Chinese Arabic

2009-11-27

CAMBRIDGE (Angleterre) – Le premier voyage en Chine du président Obama a donné l'image d'une splendide pièce de théâtre ; une pièce de théâtre longuement répétée à Washington et à Pékin, car les deux gouvernements avaient besoin l'un et l'autre que la visite soit une réussite - au moins en apparence. Le gouvernement chinois avait besoin de la reconnaissance sans équivoque par Obama de l'importance croissante de la Chine sur la scène internationale, ceci afin de renforcer sa légitimité sur le plan intérieur. Quant aux USA, ils avaient besoin de la coopération de la Chine pour faire la preuve de l'efficacité de leur nouvelle stratégie d'ouverture à la collaboration au niveau international.

Maintenant que le rideau est tombé et que les applaudissements se sont tus, le temps est venu de faire le bilan de ce qu'Obama a réalisé et de ce qu'il a concédé.

A son avantage figure le cérémonial d'accueil en son honneur, une exception lors de la réception de dirigeants étrangers dont n'ont pas bénéficié les autres présidents américains, ce qui souligne l'importance que le gouvernement chinois a accordé à cette visite. Le président chinois Hu Jinatao a délégué son successeur probable, le vice-président Xi Jinping, pour aller accueillir Obama à l'aéroport de Pékin, un geste qui va bien au-delà du protocole habituel. Et Hu lui-même a pris par deux fois un repas avec Obama lors de ses deux jours dans la capitale chinoise - du jamais vu lors de la visite d'un dirigeant étranger, même avec le prédécesseur d'Obama, George W. Bush.

Au début il a semblé qu'Obama allait permettre que s'élèvent des voix favorables aux valeurs universelles des droits de l'homme et de la démocratie. A Shanghai il a rencontré des étudiants de manière informelle, ainsi qu'il l'aime le faire, ce qui devait faciliter les discussions en face à face avec de jeunes Chinois. Par ailleurs, le gouvernement chinois a autorisé le journal le plus libéral du pays, Nanfang Zhoumo, à  interviewer en exclusivité pendant 12 minutes le président américain.

Mais la population chinoise s'est vite rendue compte qu'il s'agissait d'une manipulation et que les "étudiants" autorisés à poser des questions lors de la rencontre avec Obama étaient en réalité de jeunes militants du Parti communiste. Et contrairement à ce qui s'était passé lors des visites précédentes des présidents américains, la rencontre n'a pas été diffusée au niveau national. Par ailleurs, le Nanfang Zhoumo n'a pas publié dans son intégralité l'interview d'Obama, bien que le département de la propagande du Parti ait donné au préalable son accord à toutes les questions posées.

Qu'en est-il des éléments négatifs de la visite d'Obama ? Il a évité de mettre sur le tapis deux sujets qui constituent généralement une priorité lors des rencontres entre dirigeants américains et chinois.

D'une part il n'a pas abordé ouvertement le bilan peu flatteur du gouvernement chinois en matière de droits de l'homme et contrairement à tous ses prédécesseurs lors de leurs visites en Chine, il n'a pas cherché à user de son influence pour persuader la Chine de libérer ne serait-ce qu'un prisonnier d'opinion. Pendant qu'il trinquait avec le président Hu, un célèbre dissident chinois, Liu Xiaobo, était détenu dans un lieu inconnu. Il a disparu depuis décembre dernier à cause de son rôle éminent dans la rédaction d'un appel au respect des droits constitutionnels. Peu après qu'Obama ait quitté la Chine, deux autres écrivains, Huang Qi et Tan Tiandun ont été condamnés à des peines de prison. Leur crime ? Avoir enquêté sur des cas de corruption impliquant des responsables locaux, avec pour conséquence la mort de dizaines de milliers d'écoliers lors du tremblement de terre dans le Sichuan en mai 2008.

D'autre part Obama n'a pas vraiment cherché à résoudre le désaccord économique entre les deux pays, notamment sur le plan commercial. La Chine bénéficiant d'un excédent commercial permanent, ses réserves en devises étrangères ont continué à augmenter durant la crise économique mondiale, avec une croissance nette à hauteur de 140 milliards de dollars pour le troisième trimestre 2009. Les principaux partenaires commerciaux de la Chine s'inquiètent énormément des conséquences de ce déséquilibre dont ils ne voient pas la fin. Ils appellent le gouvernement chinois à moins subventionner ses exportations et à laisser le yuan s'apprécier, dans l'espoir que cela permettra de réduire leur propre déficit commercial et aidera au redémarrage de leur économie et la création d'emplois. Sur ce terrain, les dirigeants chinois n'ont rien cédé à Obama.

Aussi le bilan du premier voyage d'Obama en Chine est-il relativement mince : ce qu'il a réalisé paraît superficiel, tandis qu'il semble avoir renoncé sur des points importants. Il est vrai que cela tient en partie au déplacement du centre de gravité du pouvoir économique et politique entre les USA et la Chine au cours des 10 dernières années et au cours de la crise économique actuelle. Néanmoins le bilan de la visite d'Obama aurait été moins négatif s'il avait porté plus d'attention au fond et moins aux apparences. Hu Jintao semble plus habile que le très policé président Obama à maximiser ses gains à moindre coût.

Zhang Wei enseigne l'économie chinoise à l'université de Cambridge.

You might also like to read more from or return to our home page.

Toute reproduction du contenu de ce site sans accord écrit de Project Syndicate constitue une infraction à la législation internationale relative au droit d’auteur. Pour obtenir une autorisation, merci de nous contacter à l’adresse suivante : distribution@project-syndicate.org.
English Spanish French German Chinese Arabic

You must be logged in to post or reply to a comment.
Please log in or sign up for a free account.



AUTHOR INFO

Zhang Wei   
Zhang Wei, a former Chairman of the Committee of Foreign Trade and Economic Relations of the Tianjing Municipal Government, and former lecturer in the Chinese Economy at Cambridge University, is currently a visiting fellow at the Brookings Institution in Washington, DC.