Saturday, April 19, 2014
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La débâcle de Wolfowitz et la réforme nécessaire de la Banque mondiale

Les ennuis de Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, vont-ils finalement permettre à cette institution d'évoluer ? Mettra-t-on fin à la pratique archaïque qui veut que ce soit le président des USA qui désigne tout seul le responsable de la principale institution internationale consacrée au développement ?

Face aux critiques virulentes du comité ministériel qui a un rôle de surveillance de la Banque et à la révolte au grand jour de son personnel, Wolfowitz n'a que peu d'espoir de parvenir au terme de son mandat de trois ans. Sont en cause le salaire bien trop généreux et la promotion qu'il a accordé en 2005 à sa compagne, en compensation de son départ de la Banque lors de sa prise de fonction à la tête de l'institution. Au moment où la Banque insiste sur l'importance d'une bonne gouvernance comme clé du développement, les révélations récentes portent un coup sérieux à la crédibilité de la Banque.

Même si Wolfowitz est finalement contraint de démissionner, rien ne changera si on laisse le président américain choisir son successeur à sa guise, ainsi que cela se pratique depuis la création de la Banque après la Deuxième Guerre mondiale. Le dirigeant de la Banque devrait être choisi au terme d'un processus ouvert et transparent, de manière à sélectionner le candidat le plus qualifié, qu'il soit originaire des USA, d'Europe ou d'un pays en voie de développement.

La faiblesse de Wolfowitz tient en grande partie à la manière dont il a été désigné, une sorte de provocation de la part d'une administration américaine peu engagée dans la coopération internationale. La Banque mondiale est une institution financière consacrée au développement, alors que le passé de Wolfowitz au département d'Etat et à la défense ne lui ont donné aucune réelle expertise dans ce domaine. Il est surtout connu pour son rôle dans le déclenchement de la guerre qui embourbe les Américains en Irak. C'est un homme brillant, mais il n'aurait pu être nommé à la tête de la Banque mondiale s'il y avait eu un processus de sélection ouvert, transparent et multilatéral.

Je tire cette conclusion alors que je soutiens le désir de l'administration Bush de favoriser le changement au sein de la Banque mondiale. Je propose depuis longtemps que la fonction principale de la Banque ne soit plus d'accorder des prêts, mais des subventions, une politique que soutient avec vigueur l'administration Bush. Mais choisir quelqu'un sans grande expérience ni qualification dans le développement économique n'était pas le meilleur moyen de faire des progrès en ce sens.

Une procédure de sélection plus transparente aurait permis de constater que la compagne de Wolfowitz travaillait à la Banque. Cela peut sembler un détail, mais çà ne l'est pas, étant donné l'engagement de la Banque contre le népotisme. Si Wolfowitz était apparu sans conteste comme le meilleur candidat, le comité de sélection aurait trouvé un moyen de résoudre cette question en toute transparence. Mais du fait de sa compétence limitée pour la fonction, la question de sa compagne l'aurait peut-être disqualifié.

Pourquoi la communauté internationale se satisfait-elle du statu quo et laisse-t-elle les USA désigner arbitrairement le plus haut responsable de la Banque ? C'est là une affaire de mauvaise gouvernance généralisée. L'Europe se tait parce qu'elle veut conserver le même privilège d'un autre âge de nommer le dirigeant du FMI, l'institution financière qui fait pendant à la Banque.

L'Asie n'a guère d'autre choix que de se soumettre aux manigances des USA et de l'Europe, car elle est grossièrement sous-représentée dans les deux institutions. Quant à l'Afrique, ses dirigeants répugnent à faire ou dire quoi que ce soit qui risque d'interrompre le flux de largesses de la Banque mondiale.

Beaucoup de gens - et j'en fais parti - critiquent depuis longtemps le processus de sélection des dirigeants de la Banque mondiale et du FMI. Comment ces institutions peuvent-elles donner des leçons de bonne gouvernance et de transparence aux pays en développement, alors qu'elles opposent l'inertie aux réformes en leur sein ?

A nouveau, ces deux organisations se contentent de bonnes paroles, sans faire preuve de réelle volonté réformatrice. Il faut cependant reconnaître que les dirigeants du FMI font un effort déterminé pour donner davantage la parole aux économies émergentes et dynamiques - notamment en Asie - quant à la gouvernance du Fonds. S'il va suffisamment loin sur cette voie, cela entraînera finalement les changements nécessaires. Malheureusement, les efforts du FMI se font à pas de fourmi et il semble que tout reste figé à la Banque mondiale.

Peut-être Gordon Brown, lorsqu'il deviendra Premier ministre en Grande-Bretagne, saura-t-il convaincre le G7, le groupe des pays riches, de mener le changement. Etant à la tête du comité ministériel de surveillance du Fonds, il connaît parfaitement la situation.

Mais le scandale autour de Wolfowitz pourrait servir de catalyseur. Peut-être le prochain président de la Banque mondiale ou du FMI ne viendra-t-il plus du sérail. Il y a pléthore de candidats parfaitement qualifiés hors de l'Amérique. Le ministre des finances sud-africain, Trevor Manuel, qui a dirigé avec compétence le comité de surveillance de la Banque mondiale ferait sans doute un président brillant. Mais cela pourrait aussi être un Américain parfaitement qualifié. Pourquoi pas Bill Clinton ?

D'une manière ou d'une autre, la procédure de sélection des présidents de la Banque mondiale et du FMI doit être revue de toute urgence. La débâcle de Wolfowitz, a mis fin au statu quo.

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