Friday, April 18, 2014
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Quel avenir pour Poutine ?

MOSCOU – Lors d'une interview récente, le président russe Dmitri Medvedev a annoncé qu'il envisage de se représenter à l'élection de 2012, mais qu'il s'en abstiendrait si  Vladimir Poutine, auquel il doit sa place et qui occupe le poste de Premier ministre, entrait en lice. Il sous-entendait qu'une telle rivalité serait nuisible au pays et à son image.

Sa déclaration devrait mettre fin aux spéculations sur sa candidature. Mais le suspense reste entier en ce qui concerne les intentions de Poutine dont l'influence dépasse largement celle de Medvedev qui paraît si effacé par rapport à lui. Beaucoup de gens, notamment en Occident, seraient contents de voir Poutine, avec son style autoritaire, agressif et anti-occidental, disparaître de la scène.

Au cours des 10 dernières années, la politique étrangère de la Russie a été marquée par la suspicion et la crainte de l'étranger, au point d'entretenir des relations difficiles avec l'UE pourtant intrinsèquement non menaçante à son égard. La Russie est susceptible au sujet  de l'indépendance de ses voisins, notamment ceux qui sont proches politiquement ou géographiquement de l'Occident : la Biélorussie, la Moldavie, l'Ukraine et la Géorgie. Plus de 10 ans après, le Kremlin dénonce encore l'élargissement de l'OTAN vers l'Est comme une menace pour sa sécurité.

Pourtant de toute évidence l'OTAN ne représente pas pour la Russie un danger supérieur à celui de la Suisse. Mais ce n'est pas la puissance militaire de l'OTAN qui inquiète le Kremlin de Poutine, mais plutôt le fait qu'elle pourrait absorber la Moldavie ou l'Ukraine. Une amorce de démocratisation dans l'espace post-soviétique est un scénario de cauchemar pour Poutine et ses affidés.

Comme à l'époque de l'URSS, le principal objectif de l'élite dirigeante (Poutine et ses anciens associés du KGB) est de préserver un système politico-économique qu'ils ont construit, qui fonctionne sous leur contrôle et dans leur intérêt. Comme à l'époque de l'URSS, la politique étrangère russe est au service des priorités intérieures de l'Etat.

Le régime est autocratique, il aspire néanmoins à une légitimité démocratique aux yeux des Russes et de la communauté internationale. C'est pour cela que Medvedev se lance dans sa mission civilisatrice en participant à des forums mondiaux, en lançant des messages sur Twitter, en condamnant la corruption endémique et en se posant en défenseur de la "modernisation" et de "l'Etat de droit".

Du fait de cette dualité (un système autoritaire derrière une façade démocratique à la Potemkine), la Russie occupe une position géopolitique unique. Si elle était véritablement démocratique, elle tenterait de rattraper l'Occident et d'intégrer les institutions occidentales. Mais ce n'est pas dans l'intérêt du groupe qui soutient Poutine, les gens qui dirigent ou plus exactement possèdent la Russie, son complexe industriel, militaire et sécuritaire.

Il est vrai qu'à titre personnel ces gens ont intégré l'Europe depuis 20 ans. Leur argent se trouve dans les banques européennes, leurs résidences secondaires sont dispersées dans le sud de la France, en Toscane ou dans les îles grecques, leurs enfants fréquentent les pensionnats européens les plus chics. Aussi, malgré toute la rhétorique féroce et souvent anti-occidentale du régime, ils n'ont aucune envie de couper la Russie de l'Occident. Ce qu'ils veulent, c'est par contre éviter que la Russie elle-même intègre l'Occident, car ce serait la fin de leur régime.

Mais pour maintenir la façade d'une Russie forte et prospère, qui résiste à un Occident prédateur et hypocrite, le régime ne peut se permettre d'être aussi autoritaire que Poutine le souhaiterait. Si c'était le cas, les banques suisses et les organisations internationales lui fermeraient leurs portes. Aussi le régime a-t-il tout intérêt à maintenir un coté "démocratique".

L'Occident, malgré des années passées à traiter avec les Soviétiques, est encore prêt à se laisser piéger par le double visage de la Russie, tout particulièrement maintenant que Medvedev présente une apparence démocratique si attachante. En juin, parlant au Forum économique de Saint Petersbourg, il a carrément fasciné son audience en paraissant simultanément d'avant-garde et quelconque : il a critiqué la corruption, juré que la Russie ne construit pas un capitalisme d'Etat et promis des réformes juridiques et fédérales. Les décisions, a-t-il dit, ne viendront pas du Kremlin, mais du secteur des affaires ou seront prises à l'échelon local.

Ce forum est essentiellement destiné à la consommation extérieure. Si les banquiers et les investisseurs occidentaux acceptent de se laisser duper, c'est leur affaire, mais personne ne doit croire que les déclarations de Medvedev traduisent un quelconque changement en  Russie.

Le vice-président américain Joe Biden, un critique sans concession de la Russie, est arrivé à Moscou en mai, en principe pour convaincre Poutine de renoncer à ses ambitions présidentielles pour 2012. Un mois plus tard, au cours d'une conversation téléphonique il l'a invité à Washington, alors que selon la Constitution russe le Premier ministre n'ait aucun rôle en politique étrangère. Les USA veulent-ils le soutenir dans cette élection ou le convaincre d'abandonner le pouvoir ? Nul ne le sait.

Autant que la situation politique intérieure de la Russie ne change pas, ses relations avec l'Occident n'évolueront pas et resteront sous le sceau de l'ambiguïté. Poutine serait néanmoins bien avisé d'écouter Biden qui lui aurait offert une position importante sur la scène internationale, telle que la présidence du Comité olympique ou peut-être même l'un des premiers postes à l'ONU. Car le sort qui l'attend pourrait être celui des anciens agents du KGB du temps de l'URSS.

Beria, le chef de la police secrète tant redoutée de Staline, a été victime du système qu'il avait mis sur pied : il a été condamné à mort en 1953 pour espionnage au détriment de l'Etat. Lors de sa dizaine d'années au pouvoir, Poutine a renforcé les forces de sécurité, intimidé et emprisonné ses opposants et muselé les médias et la Justice. S'il ne renonce pas au pouvoir de manière à ce que la Russie puisse aller de l'avant, le système qu'il a créé pourrait se retourner contre lui.

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