Friday, August 29, 2014
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La survie politique d’Olmert en question

Après qu’Israël ait échoué à remporter une nette victoire contre le Hezbollah au Liban-sud l’été dernier, la pression de l’opinion publique a obligé le gouvernement du Premier ministre Ehud Olmert à nommer une commission chargée d’enquêter sur les causes de cet échec surprenant. Comment une petite milice, composée de quelques milliers de combattants, avait-elle pu survivre à l’assaut de la plus formidable machine militaire du Moyen-Orient ?

La commission, dirigée par l’ancien juge de la Cour suprême Eliahu Winograd, vient de rendre son rapport préliminaire. Ses critiques à l’encontre d’Olmert, du ministre de la Défense Amir Peretz et du Chef d’état-major Dan Halutz – énumérées dans un rapport détaillé et méticuleux de 117 pages – sont dures, mais sans surprises. La Commission Winograd met en lumière ce que la plupart des Israéliens pensaient déjà : Olmert et Peretz n’avaient ni l’expérience militaire, ni l’expérience politique pour affronter une organisation terroriste qui a lancé des raids sur Israël, tué des soldats et kidnappé deux autres, puis lancé des milliers de roquettes sur des cibles civiles pendant plus d’un mois.

De fait, l’inexpérience du Premier ministre et du ministre de la Défense sont sans précédent dans l’histoire de l’État hébreu. Olmert, qui a succédé à Sharon à la tête du parti Kadima, était considéré comme un parlementaire compétent mais sans relief - puis maire de Jérusalem – et mieux connu pour son goût de la polémique que pour son envergure politique.

Pour la plupart des Israéliens, même pour ceux qui l’avaient investi comme héritier de Sharon après le retrait de la bande de Gaza, Olmert reste un Premier ministre par accident. De même Peretz, un syndicaliste provocateur mais efficace, a surpris toute le monde en remportant les primaires pour la présidence du Parti travailliste, puis en choisissant le portefeuille de la Défense plutôt que celui des Finances.

Pour beaucoup, le duo Olmert-Peretz semblait prédestiné à courir au désastre. Les Israéliens, conscients des menaces sécuritaires qui pèsent constamment sur leur pays, ont toujours pensé que leurs dirigeants devaient être prêts à entrer en guerre pour défendre Israël – et aussi à mettre l’armée devant ses responsabilités lorsque la diplomatie échoue.

Le 12 juillet 2006, lors de l’attaque du Hezbollah, surgie de nulle part (semblait-il en tout cas), les deux principaux dirigeants de l’État ont été clairement dépassés et se sont engagés dans une guerre à laquelle ni eux ni l’armée israélienne n’étaient préparés. L’armée était dirigée pour la première fois de son histoire par un général de l’armée de l’air, Dan Halutz, qui estimait que la supériorité aérienne suffisait à tout résoudre, donnant ainsi lieu à un cocktail détonnant d’ignorance civile et d’arrogance militaire.

Dans un langage mesuré mais dévastateur, la commission Winograd attribue de mauvais points aux trois dirigeants. Olmert a décidé d’engager les combats sans réfléchir et sans en mesurer les conséquences. Peretz s’est montré incapable de mesurer les implications stratégiques de ses décisions. Et Halutz n’a pas proposé aux dirigeants civils toute la panoplie des options dont disposait l’armée.

Halutz a démissionné il y a déjà plusieurs mois. Mais Olmert et Peretz ont déclaré qu’en dépit des conclusions de la commission, ils ne quitteraient pas leurs fonctions: ils se sont uniquement engagés à mettre en œuvre les nombreuses recommandations du rapport concernant les processus politiques, stratégiques et décisionnaires.

Olmert et Peretz parviendront-ils à se maintenir à leur poste ? Leur gouvernement de coalition bénéficie d’une confortable majorité parlementaire ; il ne semble pas exister non plus d’alternative parlementaire viable. Mais l’opinion publique - volatile et courroucée – réclame leur tête : un sondage mené après la publication du rapport de la commission indique que seuls 14 pour cent des Israéliens pensent qu’Olmert devrait demeurer à son poste tandis que moins de 11 pour cent soutiennent Peretz.

Des manifestations demandant la démission du gouvernement sont prévues cette semaine et il lui sera difficile de continuer à fonctionner normalement. Des rumeurs de révolution de palais au sein du parti Kadima circulent, évoquant le remplacement d’Olmert par le vice-Premier ministre Shimon Peres ou par la populaire ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni. Mais il ne semble pas qu’Olmert soit prêt à se laisser évincer.

En fait, le gouvernement affaibli et discrédité d’Olmert pourrait bien survivre. S’il chute et que des élections anticipées ont lieu, tout laisse à penser que le vainqueur sera Benjamin Netanyahu, du parti de droite Likoud, décimé lors des élections de 2006 et qui attend patiemment sa revanche. Une majorité qui veut le départ d’Olmert ne souhaite pourtant pas le retour de Netanyahu, ce qui explique peut-être aussi le soutien indirect qu’apportent les Etats-Unis au Premier ministre.

Seul un gouvernement israélien fort peut prendre les difficiles décisions nécessaires au succès des négociations avec les Palestiniens. La perspective d’une poursuite constructive des discussions israélo-palestiniennes semble donc plus éloignée encore qu’auparavant. En fait, le grand perdant de la guerre du Liban de 2006 n’est ni Israël ni le Hezbollah, mais, au moins pour le moment, le processus de paix.

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