Saturday, November 1, 2014
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Le retour des balances déséquilibrées ?

PEKIN – Selon l’endroit où ils seront rédigés, les futurs manuels d’histoire ne présenteront pas la crise économique et financière actuelle de la même manière.

Une approche sera d’accuser les Etats-Unis pour leur manque de régulation, pour avoir assoupli leurs politiques monétaires et pour avoir mal épargné. Une autre, que certains officiels américains en fonction ou non comme Alan Greenspan et Ben Bernanke avancent déjà, sera d’accuser les pays d’Asie du Sud et du Proche-Orient d’avoir accumulé de considérables liquidités en épargnant trop. Tout cet argent, diront-il, devait bien aller quelque part. Et logiquement, il devait se diriger vers le pays aux marchés financiers faisant le plus autorité, c'est à dire aux Etats-Unis où le prix des actifs a atteint des sommets insupportables.

Mais les deux camps sont d’accord sur un point : le déséquilibre de la balance des économies dans le monde – une épargne faible aux Etats-Unis contre une épargne élevée en Chine et sur d'autres marchés émergents – a joué un rôle clé dans cette crise en permettant aux habitants des Etats-Unis de vivre au dessus de leurs moyens. Cela a poussé le monde de la finance, soucieux d’obtenir un rendement sur des fonds abondants, à spéculer davantage sur ces instruments. Un argument recueille tous les suffrages : impossible de comprendre la bulle et le crash sans réfléchir au rôle des balances déséquilibrées dans le monde.

Il est donc indispensable de résoudre le problème du déséquilibre des balances pour éviter d’autres crises similaires. L'on remarque par ici des signes encourageants. Les foyers états-uniens mettent à nouveau de côté. De récents travaux montrent que le déficit commercial des Etats-Unis est passé de 60 milliards de dollars par mois à seulement 26 milliards. Un raisonnement mathématique simple nous permet de nous rendre compte que l’excédent commercial du reste du monde a diminué d’autant.

Mais une fois que les foyers états-uniens auront renfloué leur épargne-retraite, ils pourraient bien recommencer à dépenser à tout va. En effet, l’administration Obama et la Réserve fédérale (la Fed) font tout leur possible pour stimuler la consommation sur le territoire national. La baisse du déficit des Etats-Unis ne s’explique que par le fait qu’ils restent plongés dans une grave récession, et que les importations et exportations ont fortement régressé.

Avec la reprise, ces dernières pourraient retrouver leur niveau d’antan et le déficit extérieur des Etats-Unis s'élevant à 6 % du PIB réapparaîtrait. En fait, la baisse des prix et la dépréciation du dollar américain sont insuffisantes pour augurer un changement permanent des schémas des échanges et des dépenses.

La réduction permanente du déséquilibre de la balance dans le monde dépendra principalement des décisions prises à l'extérieur des Etats-Unis, dans des pays comme la Chine pour être plus précis. Et ces décisions dépendent, pour leur part, de la raison qui pousse ces pays à obtenir un si fort excédent commercial.

D'une part, cet excédent était le corollaire des politiques en faveur d’une croissance due aux exportations et qui a si bien marché pendant si longtemps. L’on comprend aisément pourquoi les dirigeants chinois ne souhaitent pas abandonner le modèle qu’ils ont si bien éprouvé. L’économie ne peut pas se restructurer d’un seul coup. La main d’œuvre ne peut être convertie – de peintre de jouets à Guangdong à bâtisseur d'écoles à l'ouest de la Chine – en un jour. La Chine a besoin de temps pour tisser un filet de sécurité qui encouragera alors les foyers chinois à réduire leurs prudentes économies. Si ce point de vue est avéré, nous pouvons nous attendre à voir les balances déséquilibrées refaire surface après la récession. Elles se détendront lentement par la suite.

D’autre part, la Chine a contribué au déséquilibre des balances non pas par les biens qu'elle exporte mais par son export de capitaux. La demande pour les biens de consommation ne manquait pas en Chine, mais il manquait bien un fond d’actifs financiers de haute qualité. Elle ne trouvait ceux-là qu'aux Etats-Unis, principalement sous forme de bons du Trésor et autres instruments soutenus par le gouvernement, ce qui poussait d'autres investisseurs à spéculer davantage.

Les deniers événements ne font pas des Etats-Unis un fournisseur d’actifs de haute qualité. La Chine, quant à elle, va continuer de développer ses marchés financiers et sa capacité à engendrer chez elle des actifs financiers de bonne qualité. Mais tout ceci va prendre du temps. Cependant que les Etats-Unis détiennent toujours les marchés financiers les plus gonflés de liquidités dans le monde. Cette interprétation aussi implique que les balances déséquilibrées referont surface après la récession, tout en se relâchant progressivement par la suite.

Si la Chine voyait l’investissement dans les actifs financiers américains comme un moyen de perdre de l’argent, le pronostic serait différent. Elle serait de prime abord effrayée de perdre les actions du Trésor américain à cause de la dette américaine. Cette frayeur pourrait être renforcée par une politique de fait permettant de dégonfler la dette. C’est alors que la Chine couperait court à tout, le dollar s'écroulerait et la Fed serait obligée de monter ses taux d'intérêt, ce qui plongerait à nouveau les Etats-Unis dans la récession.

Deux manières d’éviter cette nouvelle catastrophe nous donnent de l'espoir. L’on peut d’une part se fier à la volonté de la Chine de stabiliser les Etats-Unis et l’économie de par le monde. D’autre part, il incombe à l’administration Obama et à la Fed de fournir des détails sur la manière dont ils vont se débarrasser du déficit budgétaire et éviter l’inflation lorsque la récession sera terminée. Cette seconde option est amplement préférable, après tout, c’est toujours mieux de contrôler son propre destin.

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