Friday, August 1, 2014
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Pianistes nés ?

LONDRES – Le rédacteur en chef du journal The Guardian, Alan Rusbridger, a écrit un livre relatant sa décision de se mettre au piano, à raison de vingt minutes d’exercice par jour. Dix-huit mois plus tard, il jouait l’extrêmement difficile Ballade n°1 en sol mineur de Chopin devant une audience admirative d’amis. Cet exploit est-il à la portée de n’importe qui ? Ou nécessite-t-il un talent particulier ?

Le débat de l’inné par rapport à l’acquis ne date pas d’hier. Il demeure sans réponse parce que la question scientifique a toujours été influencée par l’angle politique. De manière générale, ceux qui soulignent le talent inné sont le plus souvent les conservateurs et ceux qui mettent l’accent sur l’acquis, les radicaux.

Le philosophe du XIXe siècle John Stuart Mill était de cette dernière école. Il était convaincu que ses réalisations n’étaient en rien dues à une hérédité supérieure : quiconque doté d’une « intelligence et santé normales », bénéficiant d’une éducation similaire à celle que lui avait donnée son père – dont l’apprentissage du grec ancien dès l’âge de trois ans – aurait pu devenir John Stuart Mill.

La position de Mill s’inscrivait dans la dénonciation progressiste de son siècle des privilèges de l’aristocratie : la réussite tient aux possibilités offertes par la vie, pas aux circonstances de sa naissance. Exercer nos facultés (par l’éducation) libère un potentiel qui serait sinon resté latent.

Charles Darwin remit apparemment en cause cette vision optimiste des effets potentiels bénéfiques de l’acquis. Les espèces évoluent, dit-il, à cause de la « sélection naturelle » - la sélection aléatoire, par le biais de la compétition, des traits biologiques les plus adaptés à la survie dans un monde avec des ressources limitées. Hubert Spencer a utilisé les termes «  la survie du plus apte » pour expliquer l’évolution des sociétés.

L’interprétation faite par les darwinistes sociaux de la sélection naturelle a été que tout effort humanitaire pour améliorer la condition des pauvres freinait le progrès de la race humaine en faisant peser la charge de fainéants sur la société, qui consacrerait alors des ressources limitées aux perdants au lieu des gagnants. Ce point de vue correspondait à l’idéologie du capitalisme sauvage.

En fait, le darwinisme social a fourni une justification pseudo scientifique au credo américain du laissez-faire (avec l’homme d’affaires prospère incarnant la survie du plus apte) ; à l’eugénisme (la tentative délibérée de créer des individus supérieurs, sur le modèle de l’élevage des chevaux, et de limiter la « prolifération » des moins aptes) ; et aux théories eugénistes et raciales du nazisme.

En réaction aux tendances meurtrières du darwinisme social, le point de vue de Mill est devenu prédominant après la Seconde guerre mondiale, sous la forme de la social-démocratie. Une action de l’État pour améliorer l’alimentation, l’éducation, la santé et le logement permettrait aux pauvres de développer leur potentiel. La compétition, comme principe social, cédait la place à la coopération.

L’existence de talents innés n’a pas été niée (du moins par les personnes sensées). Mais le sentiment était, à juste titre, que des efforts énormes devaient être consentis pour accroître le niveau moyen de réussite individuelle avant de s’inquiéter du fait qu’une politique puisse encourager la survie des moins aptes.

Plus tard, une nouvelle approche prévalu. La social-démocratie fur accusée de pénaliser ceux qui réussissent et de récompenser ceux qui échouent. En 1976, le biologiste Richard Dawkins a défini le « gène égoïste » comme principal élément de la sélection darwinienne. L’histoire de l’évolution prenait maintenant la forme d’une lutte des gènes pour assurer leur survie dans le temps au moyen de mutations, qui créent les individus (phénotypes) les mieux adaptés pour transmettre leurs gènes. Au fil de l’évolution, les phénotypes inférieurs disparaissent.

Bien que ce point de vue sur l’évolution ait été impossible avant la découverte de l’ADN, ce n’est pas une coïncidence qu’il se soit imposé à l’époque de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Bien sûr, le gène égoïste doit être « altruiste » dans la mesure où sa survie dépend de la survie du groupe apparenté. Mais il n’a pas besoin d’être excessivement altruiste. Et bien que Dawkins ait plus tard regretté d’avoir utilisé le terme « égoïste » pour qualifier son gène (disant que « immortel » aurait été préférable), le choix de cet adjectif a certainement contribué à optimiser les ventes de son livre à cette époque.

Depuis lors, nous nous sommes détournés de la défense de l’égoïsme, sans avoir pour autant retrouvé un langage moral indépendant. La nouvelle orthodoxie, adaptée à un monde dans lequel la poursuite aveugle du profit s’est révélée économiquement désastreuse, est que l’espèce humaine est génétiquement programmée pour être morale, parce que sa survie à long terme dépend d’agissements moraux (s’assurer de la survie des autres).

Les métaphores de « connexions neuronales » dominent le langage moral contemporain. D’après le grand rabbin du Royaume-Uni, Jonathan Sacks, les croyances religieuses sont utiles à notre survie parce qu’elles nous incitent à avoir un comportement social coopératif : « Nous avons des neurones miroir qui nous font ressentir la douleur quand nous voyons souffrir autrui » a-t-il récemment écrit. La considération pour d’autres personnes est « située dans le cortex préfrontal ». Et la religion « reconfigure nos voies neuronales ». En bref : « loin de réfuter la religion, les néo-darwinistes nous ont aidés à comprendre son importance ». Un déclin de la religion n’est donc vraiment pas à craindre !

Les athées pourraient voir les choses autrement. Ces déclarations n’en restent pas moins étonnantes de la part d’un chef religieux parce qu’elles laissent de côté la question du vrai ou du faux, ou de la valeur éthique, de ces croyances religieuses. Ou alors faut-il comprendre que toutes ces connexions du cortex préfrontal doivent être éthiques puisqu’elles servent notre survie. Mais dans ce cas, quelle est la valeur éthique de la survie ? La survie de l’espèce humaine a-t-elle une valeur intrinsèque, indépendamment de nos créations et réalisations ?

Nous devons sauver la moralité des revendications de la science. Nous devons réaffirmer ce que les philosophes et les maîtres religieux ont de tous temps affirmé : il y a un bien-vivre, au-delà de la survie, et le comprendre doit nous être enseigné, tout comme le père de Mill lui enseignait les Seconds Analytiques d’Aristote. Notre nature nous prédispose peut-être à apprendre ; mais ce que nous apprenons dépend de la culture qu’on nous enseigne.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedAidan Kelly

    The piece is a good reminder of the evolution of human thought and awareness about who we are. The sentence "We need to rescue morality from the claims of science" should read "We need to rescue morality from the claims of science and religion". Religion is not morality when it is used to pit Person A against Person B or to exploit the trust of otherwise innocent persons.

  2. CommentedJ. T. G.

    Skidelsky posed the question "Does the continued survival of the human race have any value in itself, independent of what we achieve or create?"

    I pose the questions - is the earth a better place because humans evolved to what we are? would the earth be a better place if humans never evolved at all?

  3. Commentedradek tanski

    Mises said that ultimately democracy was about protecting the majority from the minority. Similarly in the finishing paragraph it seems that ethics needs some help to triumph against science and logic.

    So what is it that the dangerous minority in parallel with science and logic over ethics and morality has? And more importantly why does evolution see fit to make this minority so tenacious?

    Perhaps popular economists are pandering to the masses for possible political gains?

  4. CommentedFrank O'Callaghan

    "Social Darwinism" was never intellectually respectable. It always reeked of what it was: a pathetic excuse for communally destructive theft. Dawkins could hardly have called his work the "immortal" gene as his whole point was that most genetic units become extinct and those that survive do so by adapting.
    Science says nothing on morality- nor can it. Skidelsky is correct that there is something all recognize as the good life. The world has enough resources today to provide it for all. Failing to do so is criminal.

  5. CommentedProcyon Mukherjee

    I fully endorse what Vineet Bewtra has said on Mutual Aid and who can forget Kropotkin’s central argument, “The animal species, in which individual struggle has been reduced to its narrowest limits, and the practice of mutual aid has attained the greatest development, are invariably the most numerous, the most prosperous and the most open to further progress.”

    The world would have been a different place if Kropotkin’s theme could have progressed more amongst the people than the more insidious argument about selfish nature of our existence that go against the historicity of human progress that achieved more through cooperation than through the narrowness of plundering and pillaging for furthering self-appropriation and power. The vacuous nature of our understanding of what entails human skills, expertise and prowess, has the final test in the battle field where human endurance rests on the shoulders of fellow-brethrens who must collaborate seamlessly for survival; there can be no other better example that could refute or explain why survival is so innately associated with mutual aid.



  6. Commenteddonna jorgo

    human mind is complication IS HOW OTHERS UNDERSTANTED ..HOW YOU SAID ...PLAYING ORGAN MUSICE IS TALENT EVEN SOME ONE LEARN IN FACULTET THIS IS NOT THE SAME WITH ONE IS FENOMENAL ..BUT BECAUSE YOUR COLUMN HAVE OTHER SIDE OF MEANING i have to say again is ..how understanding ..TRY TO UNDERSTAND THE HUMAN MINDE (BETTER BEFFOR CONCLUTION WRITING)
    I AM NOT AGREE WITH YOUR ARTICLE ..

  7. CommentedVineet Bewtra

    The piece reminded me a lot about Kropotkin's Mutual Aid argument which I think has been overlooked by too many (especially among the market- or competition- ideologues, which did indeed include Thatcher et al).

    The call for rescuing morality from science seems nice in principle, but seems to be based on assuming a valued position for homo sapiens. If we work on the basis that nature is indifferent to which species survive or not, then there does not need to be an ethical value for survival - indeed, a norm-driven calling for something "superior" may then seem, well, self-indulgent for any species.

    Perhaps I misinterpret it, but Mutual Aid always seemed like showing why co-operation is also vitally important. That may seem instrumentalist, but I don't see why that takes away from the beauty or resonance (or normative value) of ethics, empathy or co-operation. Certainly co-operation needs to be brought back in to the tent - pure competition is not enough and seems like an evolutionarily-foolish strategy to use exclusively?

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