Saturday, July 26, 2014
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Hollande au Mali

PARIS – Pendant qu’à Paris des centaines de milliers de Français manifestaient leur opposition au droit des conjoints homosexuels de se marier ou d’adopter des enfants, les troupes françaises étaient envoyées au Mali pour empêcher une coalition de troupes islamistes et rebelles de marcher sur Bamako, sa capitale, et de créer un nouveau havre de terroristes au Sahel.

Les temps sont plutôt difficiles pour François Hollande, le président de la République. Assailli de problèmes économiques intérieurs, où sa popularité est à son plus bas depuis son élection l’an dernier, est-il possible pour lui de redorer son blason, voire regagner l’appui de la population, comme commandant en chef de l’armée française ?

Il y a peut-être eu une époque en France ou le « J’interviens, donc je suis » était la devise de la France, surtout en Afrique. Mais même si l’identité nationale des Français est intimement liée à l’influence internationale de la France et comment elle est perçue dans le monde – l’enthousiasme pour les interventions militaires s’est étiolé. Les avantages sont devenus plus que douteux, tandis que les coûts et les risques sont de plus en plus évidents.

Si la France est redevenue un gendarme régional par défaut, c’est principalement pour trois raisons. L’enthousiasme des Américains pour des interventions armées en Afrique s’est grandement estompé depuis l’opération en Somalie de 1992 à 1993 – ainsi que pour les opérations menées à l’échelle internationale après les longs conflits en Iraq et en Afghanistan. L’intérêt de l’Europe dans une intervention militaire en Afrique n’a jamais été plus bas. Et pour ce qui est des États de la région même, ce serait un euphémisme de dire qu’ils ne sont pas encore prêts militairement à prendre leur sort entre leurs mains.

Même si la France n’est pas laissée à elle-même – car les manifestations de soutien sont venues de ses alliés occidentaux et africains, et aussi du Moyen-Orient – c’est elle qui porte la responsabilité première et qui coure les risques. Pour les fondamentalistes islamiques, c’est maintenant la France qui incarne le « Grand Satan ».

Il est vrai que le théâtre des opérations au Mali se déroule en Afrique, mais à maints égards il tire sa source du Moyen-Orient la région qui en porte aussi ses conséquences. Le risque d’attaques terroristes sur le territoire de la France ou sur ses citoyens à l’étranger était inexistant lors de ses interventions passées en pays africains. Ce n’est plus le cas.

Il est trop tôt pour se prononcer sur ce qui arrivera au Mali ou au Sahel – ni, d’ailleurs, en France même. Pour le moment, la grande majorité des Français se rangent derrière Hollande. Ils l’auraient en fait critiqué s’il n’avait rien fait pour empêcher Bamako de tomber éventuellement entre les mains des terroristes. Pourtant cet appui pourrait bien être fragile et s’effondrer si les évènements tournent au vinaigre sur le terrain – ou, pis encore, en France.

Avant l’intervention, le Mali n’était pas une priorité de la France. La hausse du chômage au pays semblait être une tâche plus urgente que de régler l’instabilité en Afrique. Même si le public français reconnaît que le Mali ne doit pas devenir un refuge de terroristes, comme l’Afghanistan l’est devenu dans l’année 1990, les attitudes à l’égard des incursions militaires à l’étranger ont évolué dans les dernières décennies. Au début des années 1980, après une attaque terroriste particulièrement sanglante qu'ont essuyée les forces françaises et américaines au Liban, le seuil de tolérance de la France envers les pertes militaires semblait beaucoup plus élevé que celui des États-Unis. Mais les temps ont changé. Les Français se trouvent maintenant en première ligne à un moment où leur enthousiasme pour les aventures militaires est passablement refroidi.

En outre, les restrictions budgétaires ont sérieusement limité la force de frappe de l’armée française. L’intervention, en 2011, de l’armée britannique et française n’a pu réussir en Libye qu’avec l’aide de l’appareil militaire des États-Unis.

Évidemment, d’un point de vue français, le rôle des Américains est pour le moins ironique. Dans les années qui ont succédé aux attaques terroristes du 11 septembre 2001, les Américains étaient toujours les premiers envoyés au front – combattant l’ennemi à l’étranger afin de ne pas avoir à le combattre sur son propre terrain, selon l’adage de l’époque – tandis que les alliés européens étaient vus comme l’équipe qui nettoyait les pots cassés. Mais la fatigue de l’empire américain après l’Iraq et l’Afghanistan a laissé des traces. Les Américains commencent à apprécier – probablement trop au goût de leurs alliés – ce que le président Barack Obama a décrit comme le rôle des États-Unis en Libye, sous le vocable du « diriger en arrière-plan ».

La guerre au Mali représente pour Hollande une occasion qui comporte aussi des risques. Si Nicolas Sarkozy, qu’il a défait, était largement considéré comme « trop » présidentiel, Hollande donne plutôt l’impression de ne pas l’être « assez ». La lune de miel de son gouvernement auprès de l’électorat français a été plus la plus brève que pour tout autre président de la Ve République, car trop étatiste et fiscalement intrusif pour la droite, mais aussi trop modéré et social-démocrate pour la gauche authentique. Bien sûr, avec un chômage qui poursuit sa hausse mois après mois, il est difficile de rester populaire bien longtemps.

En tant que commandant suprême d’une armée en guerre, Hollande a le loisir de se redéfinir. Pourtant, une succession de présidents depuis Jacques Chirac n’a pas su redonner aux Français le goût de la politique. Les citoyens français attendent en général trop de choses de l’État, et maintenant ils n’attendent pas grand-chose de la politique et des politiciens à un moment où la fracture idéologique sur les questions économiques et sociales fondamentales issues divisent non seulement la droite traditionnelle de la gauche classique, mais se répand aussi au sein de chaque camp.

L’intervention militaire à l’étranger rassemblera-t-elle davantage les Français ? La guerre en Afrique sera-t-elle le moment décisif de la présidence de Hollande ?  Est-ce qu’on se souviendra de lui comme d’un Harry Truman français – discret, un homme sans grand charisme qui, lorsque confronté à des urgences et des circonstances dramatiques, a fini par faire ce qu’il fallait, faute d’une meilleure alternative ?

Ceci est un moment solennel tant pour le Mali que pour la sécurité au Sahel et en Europe. Il n’est pas moins important pour François Hollande et la France.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

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