Monday, July 28, 2014
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L'Amérique va mener le

SINGAPOUR – Pratiquement pas une semaine ne passe sans qu'un soi-disant grand spécialiste ne publie un gros livre ou ne fasse un long sermon qui décrit l'éclipse de l'hégémonie américaine en Asie. Certes, la puissance américaine va inévitablement décliner en termes relatifs face à la montée des géants asiatiques que sont la Chine et l'Inde. Mais au moins en ce qui concerne l'Asie, les arguments relatifs à la fin de l'hégémonie américaine sonnent creux.

Tout d'abord les USA n'ont jamais été une puissance hégémonique en Asie. Seule une poignée de triomphalistes américains de l'après-Guerre froide l'ont cru. La nature de la puissance américaine et l'exercice de son influence ont toujours été plus subtiles que l'on ne le croit. En fait, avec la montée de l'Inde et de la Chine, les USA pourraient se retrouver en meilleure position.

Pourquoi ? La puissance et l'influence reposent sur la réussite économique. L'économie chinoise double de taille chaque 10 ans depuis 1978 et l'économie indienne fait de même depuis 1991, à l'opposé, il a fallu prés de 20 ans à l'économie américaine pour aboutir au même résultat. Cela ne signifie-t-il pas que l'Asie évolue rapidement vers une situation de multipolarité - une configuration dans laquelle de grandes puissances d'importance similaire s'équilibrent les unes les autres - tandis que l'influence américaine diminue  progressivement ? Cette conclusion à première vue évidente serait vraie sans l'existence du système de sécurité hiérarchisé propre à l'Asie qui s'est construit en parti par hasard, en parti par choix.

Pour dominer, un pouvoir doit d'abord dominer ses rivaux sur le plan militaire. Or si les dépenses militaires de l'Amérique dépassent celles de l'ensemble des 10 puissances qui la suivent, elle n'a jamais été en position d'hégémonie régionale parce qu'elle s'appuie sur la coopération des autres pays pour assurer sa prédominance.  Sans coopération avec ses alliés tels que le Japon, la Corée du Sud, Singapour et les Philippines, elle ne pourrait maintenir sa prédominance militaire à l'ouest du Pacifique. De la même manière, elle a besoin de la coopération de l'Indonésie, de la Malaisie et de la Thaïlande pour y maintenir ses installations radar de toute première importance.

Par ailleurs, pour maintenir sa prédominance, il lui faut entretenir des accords de sécurité avec les principaux pays et organisations régionales tels que l'ASEAN. Aussi les alliances des USA avec le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et l'Inde bénéficient-elles d'une large approbation au niveau régional. La clé de la réussite de ces relations bilatérales tient dans le large soutien (et par conséquent la légitimité) dont elles bénéficient dans la région en tant que facteur de stabilisation. L'ensemble représente davantage que la somme de ses composants.

Si l'on y ajoute la puissance de feu que l'Amérique met sur la table, cette dernière est suffisamment puissante pour maintenir la paix et la stabilité nécessaire au développement des échanges commerciaux. Sa présence et les partenariats bilatéraux qu'elle a noués répondent à l'obsession des pays asiatiques d'un équilibre des pouvoirs et de non-interférence dans la région.

Cet ordre dynamique "libéral" (largement équitable, flexible et suffisamment ouvert pour accueillir de nouveaux pays entrants qui montent en puissance) va continuer à bénéficier à l'Asie. Ainsi, même la Chine a largement bénéficié des avantages de ce système hiérarchique mené par les USA.

Ces relations d'interdépendance montrent que les USA ne sont pas puissants au point de pouvoir ignorer délibérément la volonté des pays clés, et c'est ici que leur faiblesse apparente est en réalité une force. L'Etat américain n'exerce pas une autorité et n'impose pas un pouvoir absolu tel que le décrit Thomas Hobbes. Au point que les stratèges chinois sont souvent surpris par le déséquilibre en faveur des USA dans la région. Mais c'est surprenant seulement si l'on pense que l'Asie a une structure multipolaire plutôt que hiérarchique.

Quand un équilibre se met en place, il tend à préserver la hiérarchie, non à la remplacer ou à la renverser. Certains pays veulent résister à toute tentative hégémonique d'une puissance asiatique, quelle qu'elle soit - qu'il s'agisse du Japon, de la Chine ou de l'Inde. En tant que puissance étrangère, les USA ont besoin de la coopération de leurs partenaires asiatiques, ce qui permet de brider toute tentative hégémonique. Si un pays asiatique comme la Chine s'y essaye, elle n'aura pas besoin d'autant de coopération régionale et de reconnaissance pour avancer ses pions et affirmer sa puissance militaire. 

La Chine et l'Inde montent en puissance tandis que le Japon devient un pays comme les autres.  Dans ce contexte, ces trois pays tendent à se neutraliser les uns les autres de manière à ce qu'aucun d'eux ne domine la hiérarchie, laissant ce rôle aux USA. Si la Chine veut établir une hégémonie régionale, elle aura du mal à résister aux contraintes structurelles auxquelles elle devra faire face à l'intérieur de cette hiérarchie.

Le pouvoir américain est en déclin relatif, mais ce n'est pas une mauvaise chose. Le triomphalisme à mauvais escient engendre le désordre, alors que le sens de la vulnérabilité stratégique ouvre la voie à l'interdépendance - depuis toujours la clé de la réussite du leadership américain en Asie.

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