Tuesday, September 16, 2014
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Où va la Corée du Nord ?

SEOUL – Selon la télévision d’état nord coréenne, la crise cardiaque qui a causé la mort de Kim Jong-il le 17 décembre dernier est « due à un stress mental et physique causé par la surcharge de travail. » A l’écoute de cette information, une question m’est tout de suite venue à l’esprit : si nous acceptons ce diagnostique officiel, pourquoi Kim avait-il besoin de travailler autant, malgré une santé fragile ? Dans un certain sens, sa mort soudaine semble symboliser l’impuissance d’un dirigeant désespéré confronté à d’écrasants défis.

Vu sous cet angle, la question la plus importante est de savoir si le « Grand Successeur, » le fils inexpérimenté de Kim âgé d’une vingtaine d’années, Kim Jong-un, sera capable de consolider le pouvoir et d’une manière ou d’une autre, de sortir le pays de son profond malaise. Jusqu’à présent, la succession à Pyongyang semble se dérouler de manière réglée. Mais, et en dépit des apparences, peu de régimes totalitaires, à l’exception de ceux de Hitler, de Staline et de Mao, sont parvenus à maintenir un cercle interne monolithique de pouvoir. La Corée du Nord ne devrait probablement pas échapper à cette règle.

La légitimité de la revendication du pouvoir de Kim Jong-un est faible, malgré ses liens de sang avec son père et son grand-père, la dynastie régnant sur la Corée du Nord depuis son origine. Le « Grand Successeur » n’a eu que deux ans de formation en place, comparé aux quatorze années que son père a passé à étudier directement sous l’égide de Kim Il-sung. Bien sûr, la sœur de Kim Jong-il, Kim Kyung-hee, et sa belle-sœur, Jang Seong-taek, assumeront une sorte de régence, agissant à la fois comme protectrices du Grand Successeur et pour mobiliser l’armée afin qu’elle resserre ses rangs autour de la dynastie Kim.

Mais rien n’indique combien de temps et avec quelle fidélité, Kim Kyung-hee et Jang assureront leur soutien à Kim Jong-un. Elles pourraient même essayer de supplanter Kim en revendiquant son pouvoir.

Un autre défi pourrait venir des responsables plus anciens du pays, principalement les militaires. Resteront-ils fidèles à Kim, qui est 40 à 50 ans plus jeune qu’eux ?

On sait que certains hauts gradés ont discrètement reproché l’échec de Kim Jong-il à gérer les relations du pays avec les Etats-Unis et le Japon. Ils espéraient peut-être que la Corée du Nord serait en mesure d’améliorer ses relations avec les Etats-Unis tout en gardant leurs armes nucléaires mais moyennant l’arrêt du développement de leurs missiles de longue portée. Après tout, si le Pakistan y est parvenu, pourquoi pas la Corée du Nord ?

Si cela avait été le cas, l’assistance économique américaine et japonaise aurait afflué en Corée du Nord, permettant au régime de bien mieux gérer l’économie moribonde du pays sans avoir à initier des réformes, ce que l’armée semble considérer comme dangereux. Mais compte tenu d’une économie perpétuellement chancelante, particulièrement la production alimentaire, peut-être un tiers de la population du pays vit au niveau ou en deçà des niveaux de famine. Le leader Kim Jong-un sera-t-il capable de faire mieux ?

Dans les premières étapes de cette succession précaire, la Chine s’est comportée comme attendu, tentant de soutenir le régime de manière à sécuriser la stabilité chez son voisin possédant l’arme nucléaire. Le ministre chinois des affaires étrangères a envoyé un message fort de soutien à Kim Jong-un, et encouragé les Nord-Coréens à s’unir derrière leur nouveau dirigeant.

Mais le facteur central clé pour assurer une succession pacifique sera la réaction de la Corée du Sud et des Etats-Unis, qui doivent décider s’ils seront en mesure de travailler avec le Nord dans l’ère post-Kim Jong-il. Attendront-ils de voir ce qui arrivera au nouveau dirigeant, et poursuivront-ils donc leur politique de « patience stratégique », principalement focalisée sur la dénucléarisation, ce qui revient à dire qu’ils n’évoqueront pas d’autres dossiers avant que le Nord n’agisse d’abord ? Dans ce cas, la Corée du Nord connaitrait une instabilité croissante, malgré le soutien de la Chine, dans la mesure où l’effondrement économique sapera la presque-légitimité de son dirigeant.

Il se peut aussi que la Corée du Sud et les Etats-Unis tentent de prendre avantage de la disparition de Kim Jong-il avec de nouvelles initiatives politiques. S’ils parviennent à développer un cadre politique double destiné à faciliter la réforme économique en Corée du Nord tout en maintenant les pressions internationales en faveur de la dénucléarisation, un engagement constructif peut être possible.

Hélas, l’année prochaine est une année électorale en Corée du Sud et aux Etats-Unis. Dans l’atmosphère fiévreuse de haute saison politique, il ne sera pas facile pour les prochaines administrations de poursuivre des politiques audacieuses, mais risquées. C’est l’agonie de la démocratie, et c’est pourquoi l’année prochaine pourrait s’avérer la période la plus instable, et même la plus dangereuse, pour la péninsule coréenne et la région depuis des décennies.

Que se passerait-il si le vent tourne du mauvais côté ? Que se passerait-il si, par exemple, Kim Jong-un ne parvient pas à consolider son pouvoir, réalise que la situation de politique intérieure empire, en raison de luttes de pouvoir entre les élites ou du mécontentement populaire, et juge l’environnement extérieur, surtout la Corée du Sud et les Etats-Unis, encore plus hostile ? Dans ce cas, Kim III pourrait recourir à la provocation, sous quelque forme que se soit, comme le fit son père ces dernières années avec ses attaques intermittentes sur la Corée du Sud.

Si les choses devaient s’aggraver plus encore, le monde, qu’il le veuille ou non, doit se préparer à gérer – et même à faire face – à un scénario dans lequel la dynastie Kim, et avec elle, l’Etat nord-coréen, s’effondreront. Malheureusement, compte tenu du manque de préparation de la coordination internationale, la confusion, l’incompréhension et une réaction excessive, risquent de gagner la Corée du Sud, les Etats-Unis, et la Chine en conséquence des agissements d’autres acteurs. Il est donc grand temps pour ses trois puissances, conjointement au Japon et à la Russie, de commencer à dialoguer et de se préparer, ensemble. Une Corée du Nord chaotique et implosive n’est dans l’intérêt de personne.

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