Wednesday, April 23, 2014
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Quel État palestinien ?

JÉRUSALEM – Les Israéliens et les Palestiniens se préparent à une confrontation en septembre prochain aux Nations unies, lorsque l’Autorité palestinienne déposera une demande d’adhésion à part entière d’un État de Palestine dans les frontières de 1967, avant la Guerre des Six jours (lorsque Israël a pris le contrôle des territoires occupés par la Jordanie). Les détails de l’acte de candidature ne sont pas encore entièrement connus et la démarche comporte des risques sérieux. Mais une évaluation réaliste de ce qui pourrait découler d’une acceptation des frontières palestiniennes par l’Onu invite à un optimisme prudent.

Compte tenu de l’impasse persistante dans laquelle se trouvent les négociations bilatérales avec Israël, la requête palestinienne pour un statut d’État non membre devant l’Assemblée générale des Nations unies a toutes les chances de relancer ce processus. Elle a déjà donné lieu à une frénésie diplomatique sans précédent. Tandis que les Palestiniens voyagent de par le monde pour rallier un soutien, les autorités israéliennes se sont lancées dans des efforts de dernière minute pour dissuader les pays de soutenir ce qu’elles perçoivent comme une démarche palestinienne unilatérale.

Ces manœuvres diplomatiques ont déjà produit des résultats relativement prévisibles. Alors que les Etats-Unis ont annoncé leur intention d’opposer leur droit de veto à une déclaration du Conseil de sécurité, plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne et la France, entendent appuyer l’acte de candidature de l’Autorité palestinienne si les négociations avec Israël restent au point mort. La majorité des États représentés à l’Assemblée générale des Nations unies, en une grande manifestation de solidarité des pays en développement, a clairement fait savoir qu’elle soutiendrait l’initiative palestinienne.

Ces divergences reflètent des évaluations opposées de l’attitude de l’Onu concernant Israël et les territoires palestiniens. À Jérusalem, le ministre de la Défense Ehud Barak a mis en garde à plusieurs reprises contre un « tsunami diplomatique » et une nouvelle vague de violences si les Palestiniens ne modifiaient pas leur approche. En même temps, des voix de la droite israélienne ont menacé de répondre au vote des Nations unies en annulant sur le champ les accords d’Oslo de 1993.

Jusqu’à présent, ces mises en garde n’ont eu que peu d’effet à Ramallah, le siège de l’Autorité palestinienne. Le président palestinien Mahmoud Abbas reste déterminé à aller de l’avant. Mercredi 17 août, Abbas a réaffirmé que la demande d’adhésion devant l’Onu serait maintenue « même si les négociations reprenaient ».

Du point de vue d’Abbas, le moment est propice. Les efforts de reconstruction de l’État ont permis de réformer des institutions palestiniennes moribondes et donné lieu à une croissance économique marquée. Le gouvernement connaît bien sûr des difficultés budgétaires sérieuses et peine à honorer ses engagements, non seulement parce qu'Israël tarde à transférer les revenus douaniers, mais aussi parce que souvent, l’aide promise par les pays arabes n’arrive pas.

La Banque mondiale a pourtant déclaré ce printemps que les institutions palestiniennes sont « bien préparées à l’établissement d’un État à tout moment dans un avenir proche ». Un vaste soutien de l’opinion publique palestinienne et des attentes considérables dans les territoires occupés font de tout changement d’orientation de dernière minute un choix politique risqué.

Actuellement, les Palestiniens oscillent entre deux options : déposer une demande d’adhésion à part entière aux Nations unies devant le Conseil de sécurité, ou faire appel à l’Assemblée générale si un veto des Etats-Unis faisait échouer cette requête devant le Conseil de sécurité. Alors que ce dernier est en mesure d’octroyer le statut de membre, un vote favorable de l’Assemblée générale ne pourrait que relever le statut de l’entité palestinienne à celui d’un « État non membre » - comme le Vatican.

Face à la probabilité d’un veto américain, un nombre croissant d’observateurs internationaux s’oppose nettement à la démarche palestinienne, sous prétexte qu’elle n’a que peu de chances de déboucher sur des gains politiques et qu’elle ne fait que détourner l’attention de la priorité du processus de paix au Proche-orient : le retour à la table de négociations.

Mais une résolution nuancée sur la Palestine, qui aille au-delà de l’idée fixe du zéro partout et qui tienne compte des préoccupations légitimes des Israéliens, reste possible et pourrait améliorer les chances d’un retour à des négociations constructives. Pour qu’une telle approche soit possible, il faudrait que le vote des Nations unis ne soit pas perçu comme une alternative à une solution négociée, mais comme une étape importante vers un processus de paix bilatéral viable. La semaine dernière, Abbas est allé dans cette direction en déclarant que les Palestiniens seraient « toujours prêts à reprendre les négociations, même après le vote des Nations unies ».

Le manque de précision actuel de la résolution des Nations unies permet une certaine marge de manœuvre. L’approche préconisée devrait commencer par éviter de faire passer en force un vote immédiat – et un veto radical des Etats-Unis – au Conseil de sécurité. Une motion rédigée avec soin sous forme d’une requête de statut d’État non membre devant l’Assemblée générale pourrait aller dans la bonne direction.

Rédigée en se référant la résolution 181 des Nations unies (votée en 1947 et recommandant le partage de la Palestine), une telle motion pourrait réaffirmer l’établissement d’un État palestinien et d’un État pour le peuple juif, dans les lignes de 1967, avec des accords de sécurité et des ajustements des frontières mutuellement convenus.

Bien qu’une telle approche ne réponde pas aux demandes palestiniennes les plus extrêmes, elle se conforme aux paramètres définis par le président américain Barack Obama en mai de cette année. Elle permettrait également de donner indirectement suite à la demande du gouvernement de l’État hébreu pour une reconnaissance par les Palestiniens d’un « État juif ».

Cette démarche pourrait également répondre aux demandes internationales pour une diplomatie bilatérale. Au lieu d’aboutir à une impasse, une telle redéfinition de l’État palestinien pourrait offrir un succès symbolique fort nécessaire à l’Autorité palestinienne, et un cadre au sein duquel reprendre les négociations – une demande de longue date des Palestiniens.

La demande d’adhésion auprès des Nations unies pourrait ainsi transformer une confrontation prévisible en un outil diplomatique potentiellement constructif. Prévoir l’épreuve de force de septembre prochain ne doit pas empêcher les décideurs de voir plus loin. Quel que soit le vote aux Nations unies, il sera suivi d’un lendemain. Les Palestiniens et les Israéliens doivent s’y préparer dès aujourd’hui.

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