Thursday, October 23, 2014
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Qu’est-ce qui arrive à l’économie américaine?

CAMBRIDGE – L’économie américaine a récemment accusé un ralentissement de grande ampleur, et la probabilité d’une nouvelle récession augmente à chaque nouvelle publication de données économiques. Il s’agit d’un changement radical par rapport à la situation économique de la fin de l’année dernière – et d’un retour au rythme d’expansion extrêmement faible du début de la reprise en été 2009.

La croissance économique aux Etats-Unis au cours des trois premiers trimestres de 2010 était non seulement lente, mais aussi dominée par les accumulations d’inventaires plutôt que les ventes aux consommateurs ou d’autres formes de ventes finales. Le dernier trimestre de 2010 a apporté un changement bienvenu : les dépenses de consommation ont augmenté à un taux annuel de 4%, assez que pour faire croître le PIB réel total de 3,1% entre le troisième et le quatrième trimestre. L’économie semblait avoir échappé à sa dépendance aux accumulations d’inventaires.

Cette performance favorable a amené les prévisionnistes privés et gouvernementaux à prédire une croissance forte pour l’ensemble de 2011, grâce aux rebonds de la production, de l’emploi et des revenus qui devaient engendrer une  nouvelle hausse des dépenses de consommation et ainsi une reprise durable et auto-entretenue. Afin d’ancrer cette perspective favorable, une diminution du taux de taxation sur les salaires de deux points de pourcentage a été décidée pour une durée d’un an.

Malheureusement, la reprise annoncée des dépenses de consommation ne s’est pas produite. L’augmentation des prix de la nourriture et de l’énergie a été plus rapide que le gain des salaires nominaux, menant à une diminution des revenus hebdomadaires moyens réels en janvier, alors que la chute constante des prix immobiliers réduisait la richesse de la majorité des ménages. En conséquence, les dépenses de consommation personnelle réelles ont augmenté à un taux annuel de seulement 1% en janvier, bien en dessous des 4% de croissance observés au trimestre précédent.

Ce scénario, prix en augmentation et revenus réels en diminution, s’est répété en février et en mars. Une forte hausse de l’indice des prix à la consommation a causé une chute des revenus hebdomadaires moyens réels de plus de 5% sur base annuelle. Sans surprise, la satisfaction des consommateurs s’est largement dégradée dans les sondages et les dépenses de consommation ont fait pratiquement du sur-place d’un mois à l’autre.

La chute des prix immobiliers a encouragé une diminution des ventes de maisons neuves et existantes et, à sa suite, un déclin impressionnant du nombre de nouveaux projets immobiliers et du secteur de la construction en général. Ce déclin est appelé à se poursuivre, parce que près de 30% des maisons financées par emprunt hypothécaire ont une valeur inférieure à celle de l’emprunt qu’elles garantissent. Cette situation crée un fort incitant à ne pas rembourser, puisque les emprunts hypothécaires aux USA ne présentent pas de possibilité de recours : si l’emprunteur ne paie pas, le créancier peut saisir la maison, mais ne peut saisir aucun autre avoir ou partie de salaire. Aujourd’hui, 10% des emprunts sont en défaut de remboursement ou sous procédure de saisie, représentant une masse de propriétés qui devront être vendues à des prix déjà en diminution.

Les entreprises ont répondu négativement à la faiblesse de la demande des ménages, comme l’indique la chute des indices publiés par l’Institute of Supply Management, que ce soit pour les entreprises manufacturières ou de services. Bien que le bilan des plus grandes entreprises affichent toujours un niveau de cash confortable, leur cash flow tiré des opérations courantes a diminué au cours du premier trimestre. Les estimations les plus récentes des commandes de biens d’équipement non militaire indiquent un déclin de l’investissement des entreprises.

Ces faiblesses se sont encore accélérées en avril et en mai. L’augmentation relativement rapide de l’emploi au cours des quatre premiers mois de l’année s’est arrêtée en mai, au cours duquel seuls 54 000 nouveaux emplois ont été créés, soit moins d’un tiers de la croissance moyenne de l’emploi des quatre premiers mois. En conséquence, le taux de chômage s’est élevé à 9,1% de la population active.

Le marché des obligations et le prix des actions ont répondu à toutes ces mauvaises nouvelles de manière prévisible. Le taux d’intérêt sur les obligations d’état à 10 ans est tombé à 3% et le marché boursier a chuté durant six semaines d’affilée, représentant la plus longue série baissière depuis 2002. La perte cumulée sur le prix des actions s’est élevée à plus de 6%. Les faibles prix boursiers vont maintenant avoir des répercussions négatives sur les dépenses des consommateurs et l’investissement des entreprises.

Les politiques monétaires et fiscales ne pourront renverser cette situation. La Réserve Fédérale américaine va continuer sa politique de maintien du taux au jour le jour proche de zéro mais, craignant la formation de bulles sur le prix des actifs, elle ne reviendra pas sur sa décision de mettre fin à sa politique de rachat de bons du Trésor – ce qu’on a appelé le « quantitative easing » - à la fin juin.

En outre, la politique fiscale sera en fait restrictive au cours des prochains mois. Le programme de stimulus fiscal décidé en 2009 touche à sa fin : les dépenses de stimulus sont passées de 400 milliards de dollars en 2010 à seulement 137 milliards de dollars cette année. De plus, on négocie en ce moment la possibilité de couper les dépenses encore davantage et d’augmenter les taxes, afin de réduire les déficits fiscaux prévus pour 2011 et au-delà.

En conclusion, la perspective à court terme pour l’économie américaine est, au mieux, faible. Des changements de politiques fondamentaux devront probablement attendre les prochaines élections présidentielles et du Congrès en novembre 2012.

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