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Comment faire gagner les perdants de la mondialisation

by Etienne Wasmer and Jakob von Weizsäcker

De chaque côté de l’Atlantique, beaucoup considèrent la mondialisation économique comme une menace pour les salariés gagnant moins que la moyenne. Selon un récent sondage du Fonds Marshall allemand, la majorité en France, en Allemagne et aux États-Unis préfèrent le maintien des barrières commerciales existantes, même si cela doit entraver la croissance économique. Clairement, les gros gains nets, conséquence de l’intégration économique européenne, ne suffisent pas à convaincre ceux qui ont perdu leur emploi et les nombreux autres qui se sentent en danger.

Le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation (FEM) nouvellement créé est une réponse à l’échelle de l’UE à ce défi. Le FEM peut dépenser jusqu’à 500 millions d’euros par an dans les États-membres en faveur de travailleurs touchés par des licenciements liés aux échanges commerciaux. Mais le partage des bénéfices de la mondialisation avec ses perdants est traditionnellement considéré comme une responsabilité nationale. Par exemple, l’ America’s Trade Adjustment Assistance , introduit par l’administration Kennedy en 1962, qui a inspiré le FEM, est un programme typiquement national. L’implication de l’UE est-elle réellement justifiée ?

La justification économique d’un fonds de mondialisation européen est que la politique commerciale a été déléguée à un niveau européen, bien que les membres de l’Union conservent la possibilité de bloquer les décisions. Prenons l’exemple hypothétique d’une totale libéralisation du secteur du textile, qui aurait des effets très asymétriques entre, disons, la Suède, dont l’industrie textile est quasiment inexistante, et le Portugal, où l’industrie textile est substantielle. La Suède serait nettement bénéficiaire alors que le Portugal serait durement touché, à cause du grand nombre d’ouvriers du textile qui perdraient leur emploi.

L’impact négatif de tels licenciements économiques est grave. Les statistiques de l’OCDE montrent que de 40 % à 50 % des ouvriers du secteur industriel licenciés de l’UE des 15 sont encore au chômage 24 mois après leur licenciement. Environ 30 % occupent un poste moins payé que celui d’avant. Seuls un quart d’entre eux retrouvent du travail au même niveau de salaire, ou avec un salaire supérieur à celui qu’ils avaient avant (voir le graphique).

Ouvriers du secteur industriel 24 mois après leur licenciement dans l’UE15

Source : OCDE

Avec le FEM, une partie du coût de l’aide aux employés du textiles licenciés serait supportée par tous les pays de l’UE, accréditant davantage l’éventualité d’une plus grande libéralisation du commerce. Bien que la Suède, par exemple, serait un donateur net au FEM, elle pourrait être un bénéficiaire net du système dans son ensemble. En principe, un réseau d’arrangements de transferts bilatéraux pourrait permettre un tel déblocage du commerce. En pratique, cependant, de tels transferts ne se produisent pratiquement jamais, par conséquent les gains potentiels de l’ouverture du commerce peuvent ne pas se matérialiser.

Quoi qu’il en soit, les règles de du FEM doivent être renforcées, si l’on ne veut pas que ce programme soit considéré comme une combine politique. La situation actuelle laisse trop de place à la discrétion, car les conditions nécessaires et suffisantes de l’aide ne sont pas clairement établies. Cette situation exposerait le FEM à des stratégies et à un lobbying politique inutiles par des pays et des secteurs. Les règles du FEM devraient être rectifiées pour s’assurer que les gouvernements et les travailleurs licenciés suite à des délocalisations reçoivent une assistance visible, transparente et fiable, et afin de répandre de meilleures pratiques en termes de politique active du marché du travail.

Les travailleurs licenciés doivent souvent subir le chômage, un travail moins payé ou un nouveau poste loin de chez eux. Parmi ces cas de figure, c’est le chômeur qui reçoit généralement le plus de soutien public. Afin de corriger cette distorsion, et de pouvoir être clair sur l’allocation des fonds, le FEM devrait concentrer ses fonds limités sur deux programmes simples du marché du travail actif : l’assurance de salaire et l’allocation de mobilité.

L’assurance de salaire pourrait offrir à ceux dont le salaire a été réduit après avoir été licencié une compensation qui pourrait durer jusqu’à deux ans, et qui se monterait à la moitié de la différence entre l’ancien et le nouveau salaire. L’allocation de mobilité pourrait proposer à ceux qui déménagent pour un nouvel emploi un forfait correspondant à deux mois de salaire brut de l’ancien emploi, ou quatre mois de salaire pour un déplacement à l’étranger. La simplicité même de ce programme assurera une grande visibilité et des taux raisonnables d’acceptation.

L’inconvénient d’une approche aussi ciblée est tout aussi clair : la marge de choix des membres de l’UE sur la manière dont l’argent du FEM devrait être dépensé dans leur pays serait minime. En prenant en compte les avantages probables, cela reste acceptable si les États-membres peuvent être assurés que, si le programme fonctionne, il sera étendu. Cela peut s’inscrire dans le cadre d’une réforme du fonds social européen, dont le budget annuel tourne autour de 10 milliards d’euros – dix fois le financement actuel du FEM.

Si le FEM ne s’avère pas efficace, l’argent pourra tout simplement être rendu au budget de l’UE ou aux États-membres. Mais si le FEM fonctionne, les bénéfices seront de loin supérieurs aux coûts.

Source : OCDE

Etienne Wasmer enseigne l’économie à Sciences-Po et à l’OFCE à Paris. Jakob von Weizsäcker est chercheur à Bruegel, think-tank basé à Bruxelles.

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