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Urgence du désarmement nucléaire

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2009-04-03

VARSOVIE – L'accord entre les présidents américain et russe visant à renouveler l'accord de réduction stratégique de l'armement redonne l'espoir de parvenir à une abolition générale de l'armement nucléaire. Il est difficile d'en exagérer l'urgence : des pays susceptibles d'utiliser l'arme nucléaire pourraient bientôt l'acquérir, de même que des terroristes internationaux – créant de nouvelles menaces de proportion inimaginable.

Ce qui était un beau rêve il y a seulement quelques années, l'élimination de la bombe atomique, n'est plus l'apanage des populistes et des pacifistes, car l'idée a été reprise par des gens très bien placés - hommes politiques connus pour leur réalisme et universitaires connus pour leur sens des responsabilités.

L'invention de la bombe atomique – qui a permis la dissuasion durant la Guerre froide, quand le monde était divisé en deux blocs opposés – répondait aux besoins et aux risques de l'époque. La sécurité reposait sur l'équilibre de la terreur, autrement dit la certitude de la destruction mutuelle en cas de conflit.

Dans ce monde bipolaire, seules cinq grandes puissances, toutes membres permanents du Conseil de sécurité, détenaient la bombe atomique. Aujourd'hui la situation est différente. Un mouvement amorcé par le mouvement polonais Solidarité a conduit à la dissolution du Pacte de Varsovie, l'Union soviétique s'est désintégrée et le monde bipolaire avec son clivage Est/Ouest a disparu.

L'ordre basé sur la dangereuse doctrine de la dissuasion nucléaire n'a cependant pas été remplacé par un système basé sur la coopération et l'interdépendance. Il s'en est suivi déstabilisation et chaos, dans une atmosphère d'incertitude.

Trois pays détenteurs de la bombe sont maintenant engagés dans des conflits : l'Inde, le Pakistan et Israël. Et compte tenu du développement de leur programme nucléaire, la Corée du Nord et l'Iran pourraient bientôt en disposer aussi. Il y a un risque réel de voir le groupe des pays détenteurs de la bombe s'élargir jusqu'à inclure des pays qui ne sont pas toujours guidés par des considérations rationnelles - sans compter le risque de voir la bombe tomber dans les mains d'acteurs non étatiques, des groupes terroristes par exemple.

On ne parviendra à la non-prolifération que si les principales puissances nucléaires, notamment les USA et la Russie, prennent de toute urgence des mesures en faveur du désarmement. Ensemble, ils détiennent prés de 25 000 ogives nucléaires – 96% de l'arsenal nucléaire mondial.

Nous espérons que le président américain Barack Obama a conscience de ces dangers. Nous notons avec satisfaction que le nouveau gouvernement américain ne fait pas la sourde oreille aux hommes d'Etat et aux scientifiques responsables qui demandent l'abolition de l'armement nucléaire. L'objectif d'un monde dénucléarisé figure dans le programme de désarmement et de contrôle de l'armement du gouvernement américain. Nous apprécions à sa juste valeur les propositions du Royaume-Uni, de la France et de l'Allemagne, tandis que la Russie a indiqué récemment à Genève qu'elle était disposée à s'engager sur la voie du désarmement nucléaire.

Les opposants au désarmement nucléaire disent que cet objectif n'est pas réalisable en l'absence d'un système efficace de contrôle et de vérification. Mais la communauté internationale peut disposer aujourd'hui des moyens de contrôle voulus. Les garanties que peut apporter l'Agence internationale pour l'énergie atomique sont de toute première importance.

Le monde doit pouvoir être assuré que les réacteurs nucléaires civils ne seront pas détournés vers des objectifs militaires – une condition pour que les pays non-détenteurs de l'arme nucléaire aient un accès sans restriction à la technologie nucléaire, ainsi que l'a proposé récemment le Premier ministre britannique Gordon Brown dans son initiative en faveur d'un pacte nucléaire mondial pour notre époque. C'est particulièrement urgent actuellement, avec la recherche de nouvelles sources d'énergie et la "renaissance" de l'énergie nucléaire.

La conférence 2010 de réexamen du Traité de non-prolifération appelle de toute urgence à une reformulation des priorités. Son Comité préparatoire va se réunir en mai à New-York. C'est à ce moment-là que les décisions nécessaires devraient être prises. On peut espérer que la réunion débouche sur une réduction de l'armement nucléaire, une diminution du nombre d'ogives nucléaires en état d'alerte ( de-alerting ), ainsi que sur des négociations portant sur un Traité d'interdiction de la production de matières fissiles, sur la ratification d'un traité mondial d'interdiction des tests nucléaires et sur d'autres moyens pour renforcer l'application du traité de non-prolifération nucléaire, notamment son adoption universelle.

Le temps est venu d'un changement fondamental dans le déroulement de la Conférence sur le désarmement à Genève qui depuis des années ne parvient pas à répondre à l'attente de la communauté internationale. Nous partageons le point de vue des universitaires, des responsables politiques et des experts internationaux du Groupe de réflexion international de Varsovie qui estiment que l'option zéro doit être prise en considération comme base éventuelle d'un futur accord sur le désarmement nucléaire multilatéral.

Rédigé par l'universitaire britannique Ian Anthony du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) le rapport qu'a élaboré ce Groupe sous la présidence du Polonais Adam D. Rotfeld est basé sur les travaux de spécialistes en matière de sécurité de pays qui ont déjà détenu l'arme nucléaire (l'Afrique du Sud) et de pays post-soviétiques où elles furent stockées dans le passé (Biélorussie, Kazakhstan et Ukraine). Le fait que ces pays aient été dénucléarisés dans le cadre d'un programme de désarmement constitue un exemple précieux.

Il faut amorcer le processus de désarmement nucléaire progressif. Cela ne donnera pas des résultats du jour au lendemain, mais cela indiquera une direction, fournira une occasion de renforcer les mécanismes de non-prolifération et sera l'occasion d'établir un système de sécurité non-nucléaire mondial fondé sur la coopération.

La menace la plus grave à l'égard de la sécurité mondiale vient d'un nouveau type de prolifération nucléaire. Les puissances qui disposent de l'arsenal le plus important portent la principale responsabilité. Nous pensons que les présidents américain et russe, ainsi que les dirigeants des autres puissances nucléaires, en tant qu'hommes d'Etat auront assez de sagesse et de courage pour engager le processus consistant à libérer le monde de la menace nucléaire. Néanmoins, tout aussi important pour l'ordre et la sécurité internationale sont le respect des droits de l'homme et des droits des minorités et l'avènement de la démocratie et de l'Etat de droit à l'échelle mondiale.

Aleksander Kwasniewski a été président de la Pologne de 1995 à 2005.

Tadeusz Mazowiecki a été Premier ministre du premier gouvernement non communiste de Pologne entre 1989 et 1990.

 Lech Wałesa, ancien dirigeant de Solidarité et prix Nobel de la paix 1983 a été président de la Pologne entre 1990 et 1995.

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AUTHOR INFO

Aleksander Kwaśniewski was Poland’s president from 1995 to 2005.
Tadeusz Mazowiecki was prime minister in Poland’s first non-communist government (1989-1990).
Lech Wałęsa, leader of the Solidarity movement and Nobel Peace Prize laureate (1983), was Poland’s president from 1990 to 1995.