The Human Rights Revolution
America Keeping Haiti Down
Loune Viaud and Monika Kalra Varma
Actuellement la plus grande banque régionale de développement au monde, la BID oeuvre avec l'Amérique latine et des Caraïbes prétendument pour « contribuer à l'accélération du développement économique et social ». Mais les agissements de la Banque en Haïti ont nuit gravement à la réalisation de ses objectifs.
Les 54 millions de dollars environ de prêts de la BID, pour construire un réseau d’eau potable à Haïti, où l'on trouve la pire eau au monde, permettraient de prévenir les maladies mortelles transmises par l'eau. Conçus pour que le droit à l’eau potable devienne réalité dans la nation la plus pauvre de l'hémisphère occidental, ces prêts et les vies qu'ils auraient pu sauver sont devenus les pions d’un jeu de pouvoir politique.
En 2001, les représentants américains menaçaient d’utiliser leur influence pour faire cesser des financements déjà approuvés par la BID si les partis politiques haïtiens au pouvoir se soumettaient aux demandes politiques d’accepter une répartition spéciale des sièges au sein d'un organe électoral haïtien de surveillance. Peu après, sur l’ordre des États-Unis, au lieu de verser les prêts comme prévu, la BID et ses membres ont fait la démarche sans précédent d'ajouter implicitement des conditions pour exiger une action politique de la part de l’île avant de débloquer les fonds. Cette façon de faire va à l’encontre de la charte de la BID, qui interdit strictement à la Banque et à ses membres de s’immiscer dans les affaires politiques intérieures des États membres.
Il ressort d’e-mails internes que le conseiller juridique américain de la Banque a proposé au Ministère des finances, même si aucun obstacle technique légitime n’entravait les prêts, que les États-Unis les bloquent en « ralentissant » le processus. En fait, compte tenu de la demande d’examiner les prêts en détail, Haïti aurait dû procéder aux remboursements avant même que les fonds ne soient déboursés. « Cette démarche n’empêchera pas les versements de la BID », a écrit le conseiller, « mais elle mettra quelques obstacles de plus sur la route ».
En 2001, Dean Curran, ambassadeur américain de l'époque à Haïti, a publiquement et expressément lié la suspension des prêts de la BID à la demande des partis politiques de l'île de parvenir à un compromis voulu par l'Amérique.
Ces manoeuvres ont fonctionné. Privés de fonds déjà engagés et attendus, Haïti s’est retrouvé avec des arriérés sur l’argent dû pour le remboursement des prêts, ce qui a déclenché des mesures d’intervention à la BID l’empêchant de débloquer les fonds. Les années suivantes, les États-Unis usèrent d’une toute autre stratégie pour retarder l'échéance, en concertation avec la BID, reculant la ligne d’arrivée chaque fois que Haïti semblait satisfaire aux exigences.
Les résultats sont dévastateurs. La ville de Port-de-Paix, choisie il y a 10 ans par la BID comme premier site de projet en raison de sa situation déplorable en matière d’eau potable, attend toujours la mise en oeuvre de quelque projet que ce soit. Selon une étude menée par Zanmi Lasante, Partners In Health, le Robert F. Kennedy Memorial Center for Human Rights et le Center for Human Rights and Global Justice de l'université de New York, la ville ne compte aucune source d'eau publique exploitable.
Des chercheurs ont montré que trois-quarts des sources d'eau de la ville contenaient des taux élevés de bactéries coliformes, indicateur clé de la contamination de l'eau par des matières fécales. Il est effrayant de constater que 15 % des foyers présenteraient les symptômes de la typhoïde.
Si les États-Unis et d'autres États membres rejoignent la BID et assument la responsabilité d’améliorer les conditions de vie aux Amériques, ils ne peuvent donc se servir de leur statut de membres pour enfreindre les droits fondamentaux des personnes qu'ils disent servir, simplement pour faire progresser leurs propres priorités politiques.
La BID et le gouvernement américain doivent assumer leurs gestes et mettre en oeuvre les mécanismes de transparence nécessaires pour garantir que de tels abus ne se reproduiront pas. Les enquêtes du Congrès et les études annuelles du Ministère des finances menées par le Government Accountability Office pourraient apporter suffisamment de transparence et empêcher tout détournement de la politique future de la BID et de ses fonds. Le peuple haïtien, de même que les contribuables américains, mérite un système qui rend publics les prêts et projets de la BID en Haïti, pour s’assurer que les États-Unis et les États membres de la Banque tiennent leurs engagements envers le développement et les droits de l'homme.
Copyright: Project Syndicate, 2008.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Magali Adams
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