Saturday, November 29, 2014
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Unifions les marines européennes

PARIS – Des 23 forces navales européennes, seule la France possède un porte-avions parfaitement opérationnel, le navire-amiral Charles de Gaulle, un bâtiment de 40 000 tonneaux. Le Royaume-Uni en a deux en construction, mais la Royal Navy est à des années d'avoir la capacité de pouvoir disposer dans l'instant d'une force aérienne en mer. Néanmoins l'Europe est correctement équipée pour se défendre contre des menaces extérieures. Mais elle n'a pas la même capacité pour résister aux coupes budgétaires qui s'annoncent.

Durant longtemps la stratégie de sécurité maritime européenne reposait sur deux principes : premièrement garantir la sécurité des voies commerciales maritimes qui comptent pour près de 85% du total des exportations et des importations de l'Union européenne ; et deuxièmement maintenir la capacité des pays européens à faire face à toute crise sécuritaire majeure.

La situation internationale illustre le bien-fondé de ces priorités. Ainsi la tension croissante avec l'Iran pourrait contraindre l'Europe à déployer ses bâtiments pour former un blocus autour du golfe persique afin de garantir le passage des pétroliers. De la même manière, la piraterie dans le golfe de Guinée et dans l'océan Indien, notamment le long des côtes de Somalie, menace l'activité maritime de l'Europe, en particulier son commerce maritime très intense.

L'inquiétude croissante suscitée par la piraterie a conduit en 2008 au lancement de la première opération navale de l'UE dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), l'opération Atlanta. Cette opération renouvelée annuellement, qui inclut cinq à dix navires de combats, un ou deux navires auxiliaires et deux à quatre avions de patrouille maritime, fait intervenir la marine de 26 pays européens et a sans aucun doute contribué à décourager, si ce n'est à mettre fin à la piraterie.

Le succès de cette mission, combiné avec le rôle essentiel des forces navales européennes lors des opérations en Libye l'année dernière, montre que l'Europe possède la plus grande partie de l'infrastructure nécessaire pour assurer sa sécurité maritime.

Mais la crise libyenne a aussi montré qu'en raison de leurs moyens restreints, les forces navales peuvent facilement atteindre leurs limites. Plus de la moitié des forces navales françaises a été déployée à l'occasion de la crise libyenne. Son taux d'activité a fait un bond de 10 à 40%, pour un coût de 40 millions d'euros, sans mentionner les perturbations dans l'entraînement et la maintenance.

Non seulement le coût de construction des navires destinés à la marine est très élevé, mais leur coût de fonctionnement l'est également, chaque unité nécessitant un équipement spécifique et un personnel parfaitement entraîné. C'est pourquoi la marine est souvent la première visée lors d'une baisse du budget de la défense.

Pour autant, si un déploiement maritime ne suffit pas toujours à mettre fin à un conflit, il constitue un composant essentiel de la réponse militaire à une crise et un élément fondamental pour garantir la sécurité de l'Europe. De ce fait, il est impératif qu'en réduisant leur budget, les pays européens ne mettent pas en danger leurs forces navales.

L'UE doit avoir un rôle moteur pour utiliser au mieux la marine de chaque pays membre en créant les mécanismes voulus pour faciliter l'échange d'informations entre Etats, agences maritimes et marines. Il est possible d'y parvenir en prenant les décisions politiques appropriées, plutôt qu'en achetant de nouveaux bâtiments - et à bien moindre coût.

L'adoption dans ce but d'un cadre légal d'envergure constituerait une première étape. Une meilleure coordination entre les pays membres contribuerait à diminuer le coût de l'utilisation des ressources et de l'équipement. Les stratégies de surveillance par exemple reviennent souvent plus cher que nécessaire en raison d'un manque de communication. Le partage de l'information entre les marines européennes permettrait aussi d'identifier et de combler les manques existants, ce qui ouvrirait la voie à une amélioration de l'efficacité des infrastructures dédiées à la sécurité maritime. 

Afin de maintenir le niveau de sécurité nécessaire pour faire face à toute menace concevable, les pays européens doivent aussi préserver tout l'éventail des moyens qu'offrent leurs marines. Retirer des navires du service actif pour réaliser des économies aurait de graves conséquences pour la sécurité de l'Europe.

Plutôt que de se focaliser sur la réduction de la taille des marines européennes, les dirigeants devraient chercher à les rentabiliser davantage. Pour cela, les marines et les agences maritimes européennes doivent unir leurs capacités, notamment celles liées aux missions de défense et de sécurité. Il en résulterait des économies considérables qui pourraient être réinvesties dans le progrès technologique, ce qui donnerait aux marines européennes les moyens de faire face aux menaces de demain. 

Evaluer correctement le succès d'une opération maritime exige du temps et beaucoup de soin, car il n'est pas possible de construire rapidement des capacités maritimes. Leur réduction peut sembler un moyen simple pour diminuer les coûts, mais les Etats européens ne doivent pas perdre de vue leurs priorités à long terme en matière de sécurité.

Avant tout, les dirigeants européens doivent intensifier leur coopération navale. Les capacités navales sont essentielles pour projeter la puissance européenne - et jouent un rôle crucial pour maintenir la stabilité géostratégique autour du monde.

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    1. CommentedPaulo Sérgio

      Europeans will need to pick up some of the peace-keeping carried by the US. The richest region in the world will have three operational aircraft carriers against the current twelve {!} currently operated by the United States Navy. The unique geography of the US did lend itself somewhat to the country establishing itself as a great military power.

      But what of aid? The United States Air Force has an incomparable quantity of operational aircraft capable of delivering humanitarian aid to disaster areas. Aircraft such as the C-130 Hercules and C-17 Globemaster deliver emergency aid directly to some of the worst affected disaster areas in a way that completely overshadows European soft power in quality and quantity. Europe simply can't hit that high - even unified, much less divided.

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