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Les Généraux barons de la drogue de Birmanie

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2005-10-05

Le black-out imposé aux organes de presse par la junte militaire birmane quand il fut décidé qu'elle renoncerait à prendre la direction de l’ANASE (Association des Nations de l'Asie du Sud-est) l’an prochain montre que son prestige est sérieusement remis en cause. En effet, cette décision fut loin d’être prise volontairement. Le leader de la junte, le général Than Shwe, « a perdu la face » et rapidement disparu de la scène publique si radicalement que certains Birmans ont cru qu’il était décédé.

Les leaders qui firent pression sur le régime pour qu’il renonce à la direction de l’ANASE n’étaient pas des militants des Droits de l’homme occidentaux mais ses voisins les plus proches au sein de l’ANASE. Cela a dû rendre la retraite encore plus douloureuse pour la junte et les généraux, l’ANASE ayant par le passé joué le rôle de leur meilleur bouclier contre la pression internationale.

Pour l’ANASE, cet épisode a représenté une leçon en assertivité. Cela démontre qu’une pression constante fonctionne mieux que les « efforts constructifs » qu’elle entreprit autrefois, sans résultat, durant huit ans, dès que la Birmanie rejoignit l’Association.

Ce changement a été amené par un petit groupe d’élus parlementaires régionaux, connus sous le nom d’AIPMC (Comité interparlementaire de l’ANASE pour la démocratie en Birmanie), auquel j’appartiens. Il fut créé en novembre dernier pour encourager les progrès de la démocratie en Birmanie. Des parlementaires thaïlandais, indonésiens, malaisiens, philippins, cambodgiens et de Singapour ont pris pour la première fois la décision d'ignorer les frontières nationales et les frontières politiques pour poser un regard critique sur la politique de l’ANASE à l’endroit de la Birmanie,  demander la libération d’Aung San Suu Kyi et disqualifier la Birmanie pour la présidence de l’Association.

Nous allons maintenant demander la suspension de la participation de la Birmanie à l’ANASE à moins que Aung San Suu Kyi et d’autres prisonniers politiques ne soient libérés et que de clairs progrès soient fait en direction de la démocratie grâce à l'ouverture de négociations avec la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung et des représentants de divers groupes ethniques.

Les membres de l’AIPMC, législateurs élus des démocraties en développement ou établies de l’ANASE, pensent que leur voix est légitime et a toute sa place à prendre. Nous savons que la destiné politique de la Birmanie est inextricablement liée à celle de nos propres pays.

Quand la Birmanie a rejoint l’ANASE en 1997, il n’y avait que 210 000 réfugiés et demandeurs d’asile birmans dans toute la région. Aujourd’hui, ils sont près d’un million à avoir fui le chaos politique et économique de la Birmanie pour se réfugier dans les pays voisins, sans parler du million de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Notre jeunesse est plus que jamais à la merci de la drogue du fait d’apports massifs de narcotiques, notamment des stimulants de type amphétamine (STA), en provenance de Birmanie, tandis que les généraux entretiennent des liens amicaux avec de célèbres barons de la drogue.

Mi-septembre, le bureau des Nations unies en charge des questions de la drogue et de la criminalité a admis que la Birmanie et la Chine faisaient partie des principaux producteurs mondiaux de STA. Les amphétamines produites dans l’est de la Birmanie semblent être transportées avec une telle facilité que de grosses quantités ont été trouvées dans le nord-est de l’Inde, sur la frontière occidentale de la Birmanie. Ce trafic, ainsi que le trafic d’héroïne en provenance de la Birmanie en direction de l’Inde, de la Chine, de la Thaïlande et d’autres pays de la région, pose une menace sérieuse pour notre sécurité économique et politique.

Il est tragique et inévitable que certaines régions de l’Inde et de la Chine, à la frontière birmane, souffrent maintenant des plus fortes concentrations de drogués et de personnes HIV positives dans ces pays. Mon propre pays, la Thaïlande, voit arriver plus de 900 millions de pilules amphétamines en provenance de la Birmanie, chaque année et un tiers environ des utilisateurs de drogue thaïlandais ont moins de 16 ans.

Si c’est là l’impact sur la Thaïlande, qu’en est-il des enfants et des jeunes de Birmanie, qui n’ont pas accès à l’éducation, l’information et la santé ? Il est scandaleux que les barons de la drogue jouissent d’une plus grande liberté d’opérer que les agences d’aide humanitaire, alors que le simple accès à la nourriture, l'éducation et la santé subit des restrictions et que 70 % des enfants de Birmanie souffrent de malnutrition chronique dans certaines zones frontalières.

En effet, en août, le directeur du Programme alimentaire mondial, James Morris, révélait que le PAM avait uniquement livré 430 tonnes de riz au lieu des 5 500 tonnes prévues pour les populations vulnérables d’Arakan, un État du nord de la Birmanie, à cause des restrictions imposées par le régime. Deux semaines plus tard, le Fonds mondial pour le sida, la tuberculose et le paludisme fermait ses programmes en Birmanie, les restrictions gouvernementales ayant créé « un environnement difficile et impossible ».

Il est déjà suffisamment abominable d’empêcher l’aide humanitaire d’arriver à ceux qui en ont besoin. Mais le régime birman perpétue en fait des conditions qui développent et aggravent l'épidémie de sida en restreignant l'accès aux informations, aux médicaments et à d'autres services de soutien. Pour que les programmes anti-sida soient efficaces et durables, les communautés affectées doivent être libres de s’organiser et d'exercer leur pouvoir. Ce n’est qu’à ce prix qu'elles pourront êtres sûres d’accéder aux ressources essentielles aux traitements médicaux.

Le plaidoyer éloquent d’Aung San Suu Kyi, « utilisez votre liberté pour défendre la notre », résonne tout particulièrement aux oreilles des membres de l’AIPMC, qui, eux, jouissent des bienfaits de la démocratie. C’est pourquoi nous nous sentons obligés d’en appeler aux plus hauts niveaux de la communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies, pour régler la question de la Birmanie, car nous devons montrer que nous sommes sérieux quand nous parlons de paix, de démocratie et de Droits de l’homme.  Le peuple courageux de Birmanie, comme tous les peuples du monde, méritent ce qu’un trop grand nombre d’entre nous considère comme acquis.

Jon Ungphakorn est un membre élu du sénat thaïlandais et membre du comité interparlementaire de l’ANASE pour la démocratie en Birmanie.

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AUTHOR INFO

Jon Ungphakorn is an elected member of the Thai Senate and committee member of the Asean Inter-Parliamentary Caucus on Democracy in Myanmar. He recently received the prestigious 2005 Ramon Magsaysay Award for Government Service for his work with communities affected by HIV/AIDS and for his work on human rights issues in Thailand.