Wednesday, September 3, 2014
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Turquie : une nation de confessions

ANKARA – Après des décennies de négligence et de méfiance de la part des autorités, la Turquie a adopté plusieurs mesures pour assurer leurs droits aux minorités religieuses non musulmanes du pays et pour garantir l’application équitable de l’autorité de la loi à tous les citoyens turcs, indépendamment de leur religion, de leur ethnie ou de leur langue.

Parmi ces minorités religieuses, on compte aujourd’hui des Grecs orthodoxes, des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens et d’autres confessions chrétiennes, ainsi que des Juifs, et toutes ces composantes font partie intégrante de la société turque. Pour souligner l’importance qu’accorde le gouvernement à cette nouvelle initiative visant à mettre fin à toute forme de discrimination contre les communautés non musulmanes, le président Abdullah Gül a reçu le patriarche de l’église grecque orthodoxe d’Istanbul, Bartholomew, et s’est rendu dans une église et dans une synagogue à Hatay – une première pour un président turc.

En août 2009, le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a rencontré les chefs religieux des minorités sur Büyükada, la plus grande des îles du Prince, en mer de Marmara, et a entendu leurs problèmes et leurs préoccupations ; un signe clair de l’intention de ce gouvernement de soutenir leur volonté d’inclusion. En tant que vice-Premier ministre, j’ai rencontré les représentants des minorités religieuses en mars 2010 et me suis rendu chez les Patriarcats arménien et grec orthodoxe en 2010 et 2011. Et le ministre turque des affaires européennes Egemen Bağış a lui aussi rencontré les représentants de ces communautés en diverses occasions.

Mais au-delà de cette volonté d’établir de chaleureuses relations entre le gouvernement turc et les minorités religieuses du pays, ce renouveau touche l’ensemble de la politique officielle. En mai 2010, le Premier ministre Erdoğan a, dans le cadre d’une déclaration officielle, mis en garde les fonctionnaires et les citoyens contre toute forme de discrimination à l’encontre des minorités religieuses et réaffirmé l’égalité absolue des citoyens non musulmans.

Mais les fondations de cette récente initiative sont plus anciennes. Déjà en août 2003, le gouvernement Erdoğan avait modifié la législation afin de résoudre les problèmes de droits de propriété concernant des associations de minorités religieuses. Pour la première fois dans l’histoire de la République, 365 terrains et immeubles appartenant aux minorités religieuses ont donc été légalement enregistrés à leurs noms. En 2008, le gouvernement, malgré la très vive opposition des autres partis politiques, a amendé la Loi sur les associations et autorisé les associations de minorités religieuses à acquérir des biens immobiliers (mais aussi à percevoir des contributions, quel que soit leur montant, de l’étranger.)

Puis en août 2011, un important amendement à la Loi des associations a permis la restitution de plus de 350 propriétés aux minorités religieuses. Un amendement qui a aussi permis d’octroyer un statut légal à l’Ecole de filles grecque orthodoxe de Beyoğlu à Istanbul et au Centre communautaire juif d’Izmir, mettant ainsi fin à un siècle de litiges.

En novembre 2010, l’orphelinat grec orthodoxe de l’île de Halki avait aussi été rendu au Patriarcat grec orthodoxe. La citoyenneté turque a été accordée aux métropolitains orthodoxes afin qu’ils puissent plus facilement accomplir leurs devoirs religieux. De plus, le Conseil des Associations, la plus haute autorité du pays en matière d’associations religieuses, a pour la première fois admis un membre non musulman pour représenter les minorités religieuses.

En outre, la Direction  générale des Associations a été chargée de rénover les maisons de culte utilisées par les minorités religieuses, dont l’église historique Aya Nikola à Gökçeada Çanakkale, et l’église catholique assyrienne et l’église grecque orthodoxe d’Iskenderun. Un certain nombre d’autres églises et de synagogues sont aussi en cours de rénovation.

Les autorités ont aussi adopté de nombreuses autres mesures aussi symboliques qu’historiques. Le ministère de la Culture et du Tourisme a rénové le monastère Panagia Sümela, une église vieille de 1600 ans située à Trabzon en bordure de la Mer Morte. Bartholomew y a célébré la première messe depuis des dizaines d’années devant des centaines de fidèles venus de Grèce, de Russie, de Géorgie, d’Europe, des Etats-Unis et de Turquie en août 2010.

Une autre étape clé a été la rénovation et la réouverture en mars 2007 de l’église arménienne Aghtamar, vieille de 1100 ans. La première messe en 95 ans y a été célébrée par l’Archevêque Aram Ateşyan devant des milliers de fidèles.

Ces mesures ont été prises afin de trouver des solutions aux problèmes de longue date des minorités non musulmanes de la Turquie. Les turcs musulmans vivent avec les communautés juives et chrétiennes depuis des siècles et les considèrent avec respect et compassion. Nous sommes déterminés à résoudre les problèmes qui subsistent, et nous croyons que nous pouvons y parvenir dans la confiance et la coopération mutuelles. Les Juifs et les Chrétiens de Turquie sont des citoyens à part entière, avec les mêmes droits, et nous ferons en sorte que cette réalité soit reconnue dans tous les aspects de la vie du pays.

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  1. CommentedPaulo Sérgio

    It certainly polishes the Turkish image in the European Community. Of course, Turkey now emerges as the leading moderate Muslim nation in the Middle East, as Egypt's light begins to fade.

    Turkey's overtures to minorities within in its borders should include some kind of interest in preserving a moderate Egypt -- they should engage these Arab Spring countries, just the same as South Africa should have played a more proactive role in Africa - in Zimbabwe and the Ivory Coast. Lost opportunities for soft power..

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