Thursday, July 31, 2014
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Europe : Manifeste pour le changement

LONDRES – Interpréter le résultat d'une élection, notamment en cas de faible participation, est toujours délicat. Dans le cas des récentes élections au Parlement européen, les résultats sont hétérogènes. C'est en Italie qu'ils sont le plus spectaculaire. Le parti pro-européen et réformiste du Premier ministre Matteo Renzi a remporté plus de 40% des suffrages. En Allemagne les chrétiens-démocrates de la chancelière Angela Merkel arrivent en tête et les sociaux-démocrates ont réalisé un bon score. Dans certains cas, la politique intérieure a joué un rôle décisif dans le choix des électeurs.

Mais on ne peut ignorer la victoire du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et celle du Front National en France, ainsi que le succès de partis explicitement hostiles au statu quo à travers le continent. Cela traduit une profonde inquiétude, un manque de confiance et une désaffection à l'égard des institutions de l'UE et des principes de base de la construction européenne.

Aussi l'UE doit-elle considérer soigneusement la direction qu'elle va prendre, ce qu'elle va faire pour se mettre véritablement à l'écoute des citoyens et concrétiser les idéaux européens dans un monde en plein changement. L'indifférence à l'égard du score de l'extrême-droite du fait que la majorité reste pro-européenne est une attitude dangereuse. Même les plus fervents partisans de l'Europe estiment qu'un changement est nécessaire.

Beaucoup de facteurs se combinent pour augmenter le nombre et la complexité des défis auxquels l'Europe est confrontée, ainsi que l'incertitude quant à sa capacité à y faire face. On y trouve la grande ambition d'une monnaie unique plombée dès le début par un défaut de conception, et la crise financière qui sont en partie à l'origine de la crise de la dette souveraine. Il faut aussi compter avec l'élargissement de l'UE de 15 à 28 membres en une décennie - décennie marquée par une évolution rapide en matière de technologie, de commerce et de géopolitique.

Brusquement et aux yeux de tous, l'UE est passée de l'état d'entité importante à celui d'entité déterminante pour les choix budgétaires et la politique économique des pays membres de la zone euro. Etant donné les coupes douloureuses réalisées dans les dépenses sans la flexibilité que donne la possibilité d'agir sur le taux de change, la véritable surprise est qu'il n'y ait pas eu davantage de protestations. Les institutions européennes étant devenues plus visibles tout en étant soumises au feu de la critique, même les pays européens hors de la zone euro ont été profondément affectés par l'austérité.

Dans un monde de plus en plus multipolaire, où PIB la croissance démographique sont de plus en plus corrélés, le besoin d'Europe est plus fort que jamais. Unis, les peuples d'Europe peuvent exercer une influence importante. Seuls, leur importance relative va diminuer peu à peu. L'ordre mondial du 21° siècle sera très différent de celui du 20° siècle. Aujourd'hui, l'objectif de l'Europe, ce n'est pas la paix, c'est le pouvoir.

Pour réaliser le potentiel européen et éviter de marginaliser la Grande-Bretagne, il faut reconsidérer entièrement l'équilibre entre l'UE et ses pays membres et réformer les institutions européennes pour les rapprocher des citoyens et qu'elles soient davantage responsables devant eux.

Il est compréhensible que les fragiles gouvernements des différents pays membres qui se débattent dans des difficultés économiques (et subissent une énorme pression politique pour qu'ils réussissent) préfèrent pour l'instant éviter un débat de fond sur ce sujet. Il faut donc distinguer les mesures à prendre dans l'immédiat et celles à plus long terme. Le défi immédiat consiste à réformer au maximum dans le cadre institutionnel et législatif actuel de l'UE. Cela suppose une nouvelle politique et un programme.

Il faut commencer par le Conseil européen qui devrait afficher clairement sa volonté de donner une direction à l'Europe au moyen d'un programme de réformes précis et convaincant qui réponde aux préoccupations des citoyens européens et montre que l'Europe pourra désormais prendre l'initiative plutôt que de réagir aux événements. Le Conseil doit aussi répondre aux ambitions politiques de l'UE par un ensemble de propositions concrètes et charger la Commission européenne de les mettre en oeuvre.

Le Parlement européen débattra des mesures nécessaires et de la législation correspondante. Le Conseil et la Commission doivent travailler à l'unisson et adopter une méthode de travail avec le Parlement qui n'abandonne pas les commissaires européens seuls face à leurs adversaires.

Le programme de réformes doit inclure les problèmes que les pays membres ne peuvent résoudre individuellement. Cela signifie d'adopter au sein de la zone euro une stratégie explicite pour encourager la croissance et éviter la déflation : une plus grande flexibilité budgétaire et une politique monétaire adaptée en échange de la continuation et de l'approfondissement des réformes structurelles par les Etats membres.

Les pays membre de l'UE adopteront plus facilement le programme de réformes si elles interviennent dans le cadre d'une politique dans laquelle bénéfices et sacrifices apparaissent équilibrés. Il faut encore consolider le marché unique, notamment dans le secteur des services, tandis que les responsables politiques européens doivent accomplir d'importantes avancées dans la direction du Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (TTIP). Par ailleurs, il faut intégrer dans le programme de réformes les meilleures idées concernant les infrastructures et un plan pour l'emploi au niveau européen. Toutes ces mesures doivent montrer qu'une politique européenne concertée permettra de modeler l'industrie et les emplois du futur.

De la même manière, la politique énergétique est maintenant d'une importance vitale, non seulement pour la compétitivité de l'Europe, mais aussi du fait de la situation en Ukraine et à l'est de l'UE. Cette dernière n'a jamais mené une politique énergétique commune avec tout le volontarisme que cela suppose, pourtant elle serait très bénéfique. Une politique énergétique commune et un marché de l'énergie intégré seraient profitables pour les entreprises et les consommateurs (notamment au Royaume-Uni) et réduirait la dépendance énergétique de l'Europe.

Finalement, si l'Europe veut exercer une influence correspondant à son poids économique, elle doit avoir la capacité de tenir son rôle dans les opérations militaires et dans le rétablissement de la sécurité chez ses partenaires potentiels qui sortent d'un conflit ou d'une période troublée - une tâche de toute première importance. Ce n'est pas seulement une question d'argent, mais de synergie. Le passé récent en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne montre comment cette capacité peut être employée.

La subsidiarité devra occuper une place centrale dans ces réformes et répondre aux souhaits de la Grande-Bretagne et d'autres pays. Je le redis, il existe une myriade de propositions pour sa mise en œuvre. Le climat et le moment sont favorables, et agir dans ce domaine de gouvernance permettrait de répondre à l'une des causes du mécontentement de tout l'éventail politique.

Je veux être clair quant à ce programme de réformes pour l'Europe. Il ne s'agit pas de rassembler à la dernière minute les conclusions d'une réunion de routine du Conseil. Je parle d'un programme approprié extrêmement précis - appelons le Manifeste pour le changement - qui dise explicitement à la Commission ce qu'elle est supposée faire et donne aux Commissaires tout le soutien dont ils ont besoin pour cela.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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  1. Commentedslightly optimistic

    Nations in the EU that are heavily dependent on international trade will be worried: "In an increasingly multipolar world GDP and population will increasingly be correlated."
    This suggests more self-sufficiency and fewer exports and imports - of concern especially to Germany and UK. Common policies will unwind and new ones are unlikely. The EU is finished, never mind a transatlantic trade and investment partnership.

  2. CommentedAlasdair MacLean

    There is a great irony in the post. Blair and Brown kept Britain out of the Eurozone much to their credit and foresight. Another irony from the other side is the Eurozone lobby were and are not best pleased that Britain stayed out of the common currency. One less to help with the bailouts. Same points also apply to Maastricht.
    The last sentence in paragraph two does suggest the root causes of the problem. Not a popular presentation of Europe amongst the elite driving the institutions and philosophy. The plebs will have their day despite what the elite think is good for the plebs.

    The Germans are stuck with Europe. Totally done in by it and they know that there is no way out. So they stick with Merkel at al.

    The solution is to let it break up slowly as it will does so inevitably. The people will be glad to see the back of it. What started as a deal to protect steel production has become a octopus choking everything around it and itself also. It is dying a slow death.

  3. Commentedmarkets aurelius

    What, exactly, is the "explicit arrangement by which, in exchange for member states' continuation and deepening of structural reform, there will be greater fiscal flexibility and monetary-policy action to allow stronger growth and avoid deflation," Mr. Blair?

    The only correlation between GDP and population is that states lacking basic institutions -- rule of law, sanctity of contracts, real political systems that hold elected officials accountable, individual rights -- is that cartels within the states, and their leaders, become wildly rich and control the evolution of their states. Real GDP per capita, the true measure of economic development, contracts as wealth becomes increasingly concentrated among the elites of the various cartels. (Read up on your Hayek, Mr. Blair.)

    Europe as an idea is disintegrating because its leaders, like those in the USA, are venal to a degree that could scarcely be imagined until it was exposed in the lead-up to and aftermath the global financial crisis. This is playing out exactly as Hayek described it in The Road to Serfdom.

    Europe's been down this road before. This go-round of European dysfunction is reminiscent of what was observed in the lead-up to the Great Depression and WW2, so close are the parallels with 1920s Europe, as chronicled by Guido de Ruggiero (a classic Euro liberal, in the way you use the term) and translated by Robin Collingwood. In "The History of European Liberalism" (1927), Ruggiero notes: "These economic elements in the crisis of Liberalism have an indirect action; they work by modifying the social structure of the middle classes, on which Liberalism is essentially based. During the period when the middle classes were increasing in strength, their central position gave them an advantage, because it enabled them to attract elements both from above and from below, and, once consolidated, to confer stability on the whole fabric. But it became a disadvantage when industrial evolution polarized the interests of Society, and gave rise to a reverse attractive tendency towards the extremes of plutocracy and social democracy. Thus began a slow but constant erosion of the middle classes, whose fragments were thrown by this centrifugal action partly into the proletariate, and partly into the new bourgeois aristrocracy, leaving the central nucleus reduced both in bulk and in coherence. ...The true greatness of this Liberalism appeared in the innumerable cases in which the bourgeoisie was able to postpone or even to sacrifice its own private interests to the public good, and accept the verdict of freedom even when given against itself." (p. 425)

    Ruggiero opens his concluding chapter, "The conclusion of the foregoing analysis is that the crisis of Liberalism, grave and deep-seated as it is, is not so irreparable as it may appear to superficial observers and impatient heirs." (p. 434)

    Alas, we know how that story ended in Italy; same-same in Germany, France, Greece, ..., Europe. England had Churchill; sadly his like no longer walks upon the world stage. History may not repeat, but it certainly does reprise. We are living thru such a polarization between plutocracy and social democracy as practiced in Europe now in the US, as unlikely as that seems, given our own history.

  4. Commentedhari naidu

    First, Tony is the wrong guy now to advise EU Council on the way out of austerity. It was Tony who, with political pressure from GWB (after Iraq invasion), got Council to accept Barroso - as a last minute solution.

    Second, Tony refused to support Maastricht Treaty and never under took to seriously involve UK in Euro and EMU.
    I can still see him riding out on bicycle in Maastricht while Kohl and Mitterrand looked on the youthful Tony....during signing ceremony.

    Third, EU doesn't need another Manifesto (from Haven!); all it needs is to refrain from dissembling new EP after voters decided on their Spitzenkandidaten (Schul/Juncker). Merkel & Co will surely commit political suicide if they now decide to manipulate the sovereigns decision. Under Lisbon Treaty - EP must finally act and behave on behalf of the sovereign and decide - even if conflict on substance is always inevitable with Council because of its weighted majority.

    In final analysis, Merkel has now felt the left-right-jab and will more or less reconcile with the division of labor (vote) in new EP.

  5. CommentedAnke Seidler

    The victories of UKIP and the National Front demonstrate that the "established" parties have failed to explain the values, benefits and achievements of the European Union.

    Why does no one ever talk about the ten rights EU citizens have, such as access to healthcare in any EU country, consumer protection, guaranteed reasonable quality of fixed telecoms service at affordable prices and low roaming prices and passenger rights while travelling. Add to that the values of democracy, freedom of expression and the achievement that European citizens have lived in peace and harmony for decades, and you would have had a strong case for Europe that citizens would have understood.

    Europe's people can indeed wield genuine influence but for that there must be strong political discourse by political parties courageous enough to bust the myths of the euroscpetics and engage their citizens in genuine debates.

    It is not "the EU" that "Must think carefully" about where it goes from here. The Commission, as part of the EU, has plenty of good legislative proposals that were watered down both by the European Parliament and the Council, such as the tobacco directive and the banking reforms. The Council in particular, needs to move away from national interests and act in the spirit of the European values instead of horse trading with the Parliament in "trilogies" behind closed doors.

    Finally, I fail to understand why the rest of the European Union needs to look after the British interests and "avoid a retreat by Britain" to the sidelines? What, other than pursue her own commercial interests and maintain the rebate, has Britain ever done to advance the European values?

    What we need is a positive discourse about Europe's diversity and strengths to challenge the right wing rhetoric and not more power to the Council!


  6. CommentedGerry Hofman

    There seems to be a strange disconnect between what Tony wants and what Tony can get. While I'm sure Tony would love to waltz into the Counsel, the Commission and the Parliament's offices and hand them a specific and precise program of action i doubt very much they would all see much benefit in it. Although Tony would probably take great pleasure in micro-managing the lot, mostly for the benefit of the UK government of course, the Commission will likely have a very different idea on how to approach all these important subjects. Best just stick with what we've got and not let Tony take it over.

  7. Commentedfrancesco totino

    This is what Italian PM Renzia should sustain at G8 meeting about reforms and Corruption
    What G8- G20 should do
    http://economicsandpolicy.blogspot.it/2013/06/i-capi-di-stato-al-g8-finalmente-hanno.html

  8. CommentedProcyon Mukherjee

    Harold James in a Project Syndicate article has discussed the nuances around a two currency approach, almost like the one California adopted when faced with the impossibility of access to funding, when IOUs were circulated; Greece for example could continue with a dual currency where the local currency immediately after introduction would trade at a discount and the parallel system could continue till a convergence could be reached, if at all. Workers paid in this currency would mean that real wages would decline and with lower wage cost competitiveness would return to the economy.

  9. CommentedPaul A. Myers

    Neither the European Union nor many of the national governments have performed. They are unlikely to do so.

    Mr Blair's analysis and recommendations could have been written by any artificial intelligence program.

    The euro zone is in an enduring slump because about a dozen countries with poor competitiveness profiles are yoked to about a half dozen Northern European powerhouses. There has been almost no constructive discussion of how this might be changed since the elections.

    Where to start? Simple. Start by discussing establishing a two-currency currency union, one for the countries that organize public finances around the concept of supporting an ever stronger currency, and a second zone for countries that will combine currency devaluation with other tools as a major method of adjusting to changing international economic conditions.

    "Keeping it all together" is probably a failed over strategy that will limp along until the politicians controlling the structure understand the need for fundamental change, not more of the same.

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