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Latin America

La question militaire en Amérique latine

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2010-01-12

BUENOS AIRES – En 2009 l’Amérique latine a réussi une prouesse pourtant passée inaperçue : la crise économique mondiale l’a touchée de manière moins radicale que les autres régions. Mais les dangers et les points faibles de cette région ont empiré d’un point de vue politique et institutionnel.

En effet, cependant que les diverses élections présidentielles et législatives tenues dans cette région ont confirmé – à chaque fois au-delà du résultat – l’engagement de la population pour le pluralisme et la démocratie, elles ont aussi souligné une polarisation accrue de la politique et les défauts constants des institutions. Cela met à jour l’un des paradoxes de la démocratie en Amérique latine : même si les gouvernements minoritaires et exclusifs qui dévaluent et affaiblissent l’état sont désormais inacceptables, la montée du personalismo – la concentration du pouvoir associée à des tactiques politiques réfractaires – entraîne une gouvernance fragmentée et désordonnée.

Pour ce qui est des relations internationales, la région a montré des signes à la fois encourageants et décevants. D’une part, le Brésil a poursuivi son ascension triomphale en tant que puissance émergeante sur la scène internationale. D’autre part, des fractures dans la région même se faisaient le reflet de la détérioration du pouvoir de négociation collectif en cours, malgré la participation de l’Argentine, du Brésil et du Mexique au G20. Dans son ensemble, l’Amérique latine continue de perdre du poids sur la scène internationale, principalement pour son manque d’initiatives communes et cohérentes.

Toutefois, le plus gros sujet de préoccupation est la question militaire qui vient de refaire surface. Ainsi, le coup d’état qui a déposé le président du Honduras Manuel Zelaya a fait de ce pays le premier exemple de néo-putchisme en Amérique centrale au xxi e siècle. Si d’autres putchistes en herbe dans la région – tout du moins en Amérique centrale – viennent à interpréter la réaction erratique et contradictoire des Etats-Unis comme un encouragement tacite, les répercussions de ce coup pourraient être considérables.

Qui plus est, les tensions régionales se sont accrues de manière alarmante. Dans certains cas, le différend porte sur les frontières (Pérou et Chili, Bolivie et Chili et Colombie et Nicaragua). Il concerne parfois des factions armées (Colombie et Venezuela, Colombie et Equateur), l’environnement (Argentine et Uruguay, Colombie et Equateur), les flux migratoires (Mexique et Guatemala), les droits de l’homme (Haïti et la République Dominicaine) ou encore l’énergie (Brésil et Bolivie, Brésil et Paraguay, Argentine et Chili).

A quelques exceptions près (comme en Argentine, au Chili et en Uruguay), la « guerre contre la drogue » s’est fortement militarisée. Le rôle des forces armées dans la lutte contre le narcotrafic – pourtant inefficaces partout où elles ont été postées – est renforcé par la stratégie bipartisane américaine, à la fois coercitive et peu judicieuse.

Le renforcement de Plan Colombie, la mise en œuvre de l’initiative Merida au Mexique et en Amérique centrale, la réintroduction de la Flotte IV de la marine américaine (désactivée en 1950) et l’importance croissance du Southern Military Command de la politique étrangère états-unienne dans la région sont des exemples inquiétants de la place de plus en plus grande que le militaire prend dans les affaires politiques latino-américaines.

Le budget consacré à la défense et à l’armement a considérablement augmenté, notamment au Brésil, en Colombie, au Chili et au Venezuela. Ce qui pourrait raviver des dilemmes en matière de sécurité et tourner au conflit non maîtrisable.

A cela s’ajoute la question nucléaire réintroduite par le vice-président brésilien José Alencar et le président du vénézuelien Hugo Chávez par le biais de déclarations indiquant, semble-t-il, le souhait d’avoir recours à l’énergie nucléaire au-delà de son utilisation pacifique légitime. Alencar a suggéré que le Brésil devait « progresser dans le développement d’armes nucléaires ». Chávez a pour sa part renforcé son alliance avec l’Iran.

Enfin, le conflit cruel qui sévit en Colombie ne trouve pas de solution. En outre, de par un accord bilatéral, les Etats-Unis ont accès aux sept bases militaires colombiennes, où ils ont déployé jusqu’à 1 400 hommes (800 militaires et 600 simples soldats) bénéficiant d’une immunité légale au regard de la loi colombienne. Au-delà des arguments en faveur du traité pour sa sagesse, cet accord risque très sûrement de susciter une internationalisation négative des problèmes de la Colombie.

En somme, en Amérique latine, l’année 2009 s’est terminée sur un panorama mitigé, pétri de progrès économiques, politiques et internationaux accompagnés toutefois de traits régressifs et inquiétants. La question militaire – que l’on a cru résolue suite à la transition de la région vers la démocratie survenue à la fin de la guerre froide, l’effort de réussir une intégration régionale et la poussée vers la mondialisation – a refait surface. En effet, il est désormais évident que l’un des défis principaux de la région est d’éviter que l’armée ne contrôle les citoyens. Pour ce faire, l’élite latino-américaine devra s’efforcer de ne pas succomber à la tentation de renforcer de manière disproportionnée la place des forces armées dans les affaires nationales et internationales.

Si elle n’y parvient pas, 2010 sera l’année de tous les dangers pour l’Amérique latine. La situation économique et sociale est à un stade critique. La performance de la région au cours de la crise financière mondiale ne masque pas les problèmes de fond : le lourd fardeau des objectifs non atteints en matière d’intégration sociale et le mélange d’inégalité et d’injustice qui pourraient bien s'avérer délétères dans un futur proche.

Juan Gabriel Tokatlian enseigne les relations internationales à l’université Di Tella en Argentine.

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Nico 02:22 13 Jan 10

A well written and argued article. Regional tensions are on the rise and I would argue this stems--the independent variable--from the more conservative powers in the region that is stoking reactions from 'ALBA' nations. First, in Chile we saw that with the rise in copper prices, part of which goes directly to the military, the Chilean military was able to spend billions on upgrading, well-beyond the needs of the country, e.g. F-16's, PHALCON radars, Leopard II tanks, etc. This allowed the Chilean armed forces, a relatively powerful force in domestic politics, to be quiescent post-Pinochet. This has exacterbated tensions with Peru and Bolivia, both of which are unable to match Chile's resources. The situation is similar in Venezuela, where Hugo Chavez 'revolution' is possible, in part, due to the fact that the military is de-facto in control of the country's institutions. In order to make them quiescent he has bought advanced Russian and Chinese weaponry. This shift towards Russia and China, instead of Brazil or Europe, which is where he initially wanted to buy arms, is due to American sanctions.

However, the tensions with Colombia and her neighbours was started by Colombia. Firstly, with the illegal bombing inside of Ecuador of a FARC camp,  a camp that to my knowledge, no one argues was materially supported by Correa. This exacerbated tensions with Correa and Chavez, then Uribe went further to escalate the tensions by accepting US military bases and, as the article stated, "with legal immunity under Colombian law", which will lead to "a negative internationalization of Colombia‘s problems". Lastly, the reinstatement of the IV fleet is an obvious sign that the US is increasingly uneasy about the rise of counter-hegemonic forces in the region. However, with the ascendency of Russia and China as world powers, the lack of legitimacy that the US has internationally post-Bush, the ability of the United States to actually go forth and do something is severely limited.

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