Wednesday, April 16, 2014
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Les pourparlers avec l’Iran à deux doigts du précipice

GENÈVE – Le problème avec la stratégie de la corde raide, telle qu’elle est actuellement pratiquée dans le cadre des discussions sur le programme nucléaire de l’Iran, est qu’il est très facile de tomber dans le précipice. Lors des deux premiers cycles de négociations entre l’Iran et le groupe 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l’Allemagne), à Istanbul en avril et à Bagdad en mai, les deux parties trébuchaient au bord du gouffre. Aujourd’hui, après la troisième série de négociations à Moscou, elles ne tiennent plus que par le bout des doigts.

Aucune des parties n’a accepté de compromis sur les questions essentielles. Elles ont convenu – tout juste – de tenir une réunion d’experts début juillet, mais personne ne s’attend à ce que celle-ci débouche sur le moindre résultat. A cette date, de nouvelles sanctions européennes et américaines sur les exportations de pétrole iranien entreront en vigueur, tandis que le Congrès américain, où des voix influentes affirment que les négociations sont arrivées à leur terme, demande que les sanctions soient renforcées. L’option militaire est toujours envisagée par Israël et les craintes vont croissants concernant la possibilité, en cette année d’élection présidentielle américaine politiquement chargée, que l’escalade ne puisse être contenue.

Même si les positions des deux parties ne sont plus aussi éloignées aujourd’hui qu’elles l’étaient précédemment, leurs demandes fondamentales se sont révélées irréconciliables.

Les grandes puissances insistent sur trois points cruciaux. Premièrement, l’Iran doit cesser l’enrichissement de l’uranium à 20% (soit le niveau nécessaire au fonctionnement des réacteurs de recherche nucléaires, mais en termes pratiques, peu éloigné du taux nécessaire à la fabrication d’une arme atomique). Deuxièmement, l’Iran doit échanger ses réserves d’uranium enrichi à 20% contre du combustible nucléaire pour son réacteur de recherche médicale de Téhéran ou pour tout autre usage pacifique avéré. Enfin, l’Iran doit fermer son usine souterraine d’enrichissement hautement protégée de Qom-Fordow, dans le centre du pays.

En échange de ces concessions, aucune nouvelle sanction ne serait imposée et l’importation par l’Iran de pièces détachées d’avion serait facilitée. Mais l’Iran veut plus : à tout le moins, la reconnaissance de son « droit inaliénable à enrichir » de l’uranium, aucune fermeture des installations existantes, et la levée d’une partie significative des nombreuses sanctions qui le vise (pour le non-respect des résolutions du Conseil de sécurité l’enjoignant à suspendre toute activité d’enrichissement d’uranium).

Plusieurs points sous-jacents, finement analysés dans un rapport publié ce mois-ci par l’International Crisis Group, renforcent l’impasse actuelle. Du côté du groupe 5+1, les représentants américains et leurs partenaires européens sont persuadés que l’Iran subit les sanctions de plein fouet, que le pays est incapable d’en supporter de nouvelles et qu’il s’inquiète vraiment de l’éventualité des frappes militaires israéliennes imminentes.

Mais l’Iran estime de son côté que l’Occident – dans le contexte des troubles économiques en Europe et de la campagne du président Barack Obama en vue de sa réélection – cherche à tout prix à éviter un conflit qui ferait flamber le cours du brut. Les dirigeants iraniens se sentent confortés dans leur position par les nouvelles installations et le stock d’uranium dont dispose le pays et même si les sanctions sont douloureuses, trop de fierté est en jeu pour qu’ils s’inclinent devant elles.

La réalité est que chacune des parties exagère à la fois ses atouts et les faiblesses de l’adversaire. Les grandes puissances en particulier sous-estiment la résilience de l’Iran, tandis que l’Iran surestime la capacité des Etats-Unis, en une année électorale, à contenir l’éventuel aventurisme militaire israélien. Une correction de leurs positions respectives s’impose.

Il ne fait aucun doute que l’Iran – compte tenu de sa culture du secret et de la dissimulation – mérite l’hostilité et la profonde méfiance que son programme nucléaire continue à susciter. Mais le point de vue le plus répandu au sein des experts du renseignement et de la sécurité est que l’Iran, aussi désireux soit-il de posséder la capacité nucléaire lui permettant de construire une arme atomique similaire à celle dont s’est doté le Japon, a encore du chemin à faire pour assembler une ogive nucléaire opérationnelle et n’a de toute façon pas décidé de suivre cette voie. En fait, les autorités iraniennes, après avoir pesé le pour et le contre, ont de bonnes raisons pour ne pas franchir la ligne rouge.

Mais ces évaluations se révéleront naïves à moins que l’Iran ne suspende, au minimum et de manière vérifiable, l’enrichissement au-delà de 5%, n’utilise pas son stock d’uranium enrichi à 20% à des usages militaires et réponde aux préoccupations concernant le site de Fordow en modifiant sa finalité et en l’ouvrant à des inspections.

En échange, le groupe 5+1 doit être prêt à revoir ses demandes fondamentales actuelles, quelles que soient les difficultés politiques qui en découlent, en particulier pour Obama en cette année électorale. Les grandes puissances doivent clairement reconnaître que l’Iran a le droit, en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, d’enrichir de l’uranium à des fins pacifiques – qu’on apprécie ou non ce fait, ou qu’il s’agisse ou non d’une bonne politique. Et, plus important encore, le groupe 5+1 doit être déterminé non seulement à récuser de nouvelles sanctions, mais également à lever les sanctions existantes dès que l’Iran aura pris les mesures raisonnables demandées par les Occidentaux.

Cette approche ne signifie pas conclure un pacte avec le diable, mais reconnaître que la situation actuelle n’est pas viable, qu’un affrontement incendiaire est plus proche que nous ne le pensons et qu’une catastrophe ne peut être évitée que  grâce à une diplomatie réaliste et pondérée qui a cruellement fait défaut jusqu’à présent.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedPatrick Lietz

    It is reasonably astonishing that an advocate like Gareth Evans can still be found, as he proposes a softening of positions from both sides to reduce brinkmanship.

    It is my contention that the West, and the US in particular, has no intention to find a diplomatic solution for this quagmire.

    Why else would they attempt to deny Iran the ability to pursue its nuclear program as agreed within the framework of the NPT?

    US and Israeli intelligence agencies agree that Iran is not pursuing a nuclear weapon's program. There also seems to exist the understanding that the regime in Iran is behaving in a rational manner. Why else else would politicians dismiss the statements by their own intelligence services?

    My proposition is that the demands have been purposefully been formulated in such a way that they are unacceptable to the Iranian side. They thus serve the important function to allow for a steady increase in tensions in order to culminate in a military confrontation.

    The main two aspects for this rationale are geopolitics and hydrocarbons (oil and gas). A relatively independent Iran significantly reduces the dominance of the US and Israel in the Middle East. However, achieving control over its oil and gas resources may be an even more powerful incentive.

    China, India, Japan and other countries in Asia are highly dependent on the continuous flow of Iran's oil, forcing them to be more malleable towards demands if western control could be established. It would also fit nicely with the overall thrust behind the "pivot" towards Asia. It would also mark the next phase of escalation in the beginning era of Peak Oil.

    The single point of contention between Netanyahu and the Obama administration about Iran would then be the issue of timing.

    This development would not bode well for the Europe, Asia and Australia because of the implications it would have on the global economy.

    Nevertheless, it may be almost impossible for Europe or Australia to influence the decision making processes with regard to this issue, if the assumed motivations turn out to be correct. Short of an ultimatum delivered by either Russia or China a war with Iran appears to be inevitable.

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