Saturday, October 25, 2014
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Les têtes de mule du groupe BRICS

MEXICO – Lorsque les Nations Unies ont voté pour ce qui est plus connu sous le nom de partition et créé l'État d'Israël, il y a 64 ans, lui accordant par la suite un statut à part entière, plusieurs pays d'Amérique latine – le Brésil, la République du Salvador, l’Argentine, la Colombie, le Chili, le Honduras – se sont abstenus. Les représentants cubains sont même allés jusqu’à voter contre des résolutions pertinentes. Le Mexique s’est abstenu lors du vote sur la partition, même si quelques mois plus tard, ses représentants ont voté en faveur de l'admission d'Israël à l'ONU, et par la suite reconnu l'État juif, reconnaissant ainsi que son intérêt national serait mieux servi en ne prenant pas parti dans la crise qui secoue le Moyen-Orient.

Dans les semaines à venir, la plupart des pays latino-américains – mais pas tous – voteront en faveur d'une certaine forme d'adhésion à l'ONU, ou de la reconnaissance de l'État que l'Autorité palestinienne cherche à obtenir. La question n'est pas simple pour le Conseil de sécurité des deux membres latino-américains non permanents, le Brésil et la Colombie, ou encore pour Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, le Costa Rica, l’Argentine, la Bolivie, le Chili, l’Équateur, le Pérou, l’Uruguay et le Honduras, qui ont déjà reconnu la Palestine, mais n'ont pas encore voté pour lui accorder le statut d’observateur à l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Pour que la Palestine devienne membre à part entière de l'ONU, le Conseil de Sécurité devra recommander à l'Assemblée Générale de voter en ce sens, mais pour que l'Autorité palestinienne bénéficie du même statut que le Vatican – ce qui en théorie lui permettrait de collaborer avec de nombreuses agences des Nations Unies, y compris la Cour Pénale Internationale –, seuls deux tiers des votes de l'Assemblée Générale seront nécessaires. Dans tous les cas, les conséquences politiques éclipseront les questions juridiques ou bureaucratiques ; forcer les États-Unis à utiliser son droit de veto auprès du Conseil de Sécurité, ou à obtenir le soutien de plus de 150 des états membres de l'ONU sur les 193 siégeant à l'Assemblée Générale, serait une défaite de taille autant pour Israël que pour les États-Unis, ce qui explique pourquoi les votes latino-américains sont si importants.

Les représentants brésiliens ont déclaré qu’ils avaient l'intention de voter de manière à recommander l'admission de la Palestine à l'Assemblée Générale lors du prochain Conseil de Sécurité, mais les représentants colombiens ont déclaré qu'ils pensaient s'abstenir. La plupart des autres pays d'Amérique Latine vont probablement voter de manière à ce que l'Autorité palestinienne puisse jouir d'une sorte de statut renforcé.

La communauté juive des États-Unis, et dans une moindre mesure l'administration du Président Barack Obama, a tenté de convaincre le Chili et le Mexique – deux pays qui n'ont pas encore explicitement pris position –, qu’en excluant Israël (ou au demeurant, les États-Unis) de l’échiquier mondial, ils ne gagneraient rien. En effet, même si l’État palestinien était reconnu, hormis par Israël et les Etats-Unis, les changements sur le terrain resteraient minimes. De plus, le Mexique et le Chili auraient beaucoup à perdre en se distanciant d'un allié pour qui ce sujet revêt une grande importance.

En résumé, la région n'a pas parlé d'une seule voix sur ces questions cruciales, comme ce fut le cas il y a cinquante ans. Aujourd'hui, comme à l’époque, la plupart des pays latino-américains n'ont pas adopté une position de principe – pour ou contre Israël, ou pour ou contre les Palestiniens. Au lieu de cela, ils ont suivi la voie de l'opportunisme, ajustant leur opinion en fonction du poids et de la voix des communautés juives ou arabes de leurs pays, et de l’intimation de Washington ou du bloc de l’ALBA, dont les pays membres sont entre autres Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, la Bolivie, et le Paraguay.

Le manque de certitude des pays d’Amérique Latine face à des questions aussi sérieuses – à l'exception des pays de l'ALBA, mais leurs convictions, pratiquement élevées au rang de religion, sont irrecevables – a exclu toute la région des débats internationaux majeurs, comme celui portant sur la récente crise libyenne, et sur celle en cours en Syrie. Lors du vote pour ou contre la résolution de l'ONU visant à créer une zone d'exclusion aérienne et de protection des civils en Libye, le Brésil, ainsi que trois autres pays du BRICS (ou encore “aspirants à la gouvernance mondiale”) – La Russie, l'Inde et la Chine – se sont abstenus. Le quatrième, l'Afrique du Sud, a voté pour à contrecour.

Pour couronner le tout, depuis la tentative de l’Union européenne et des États-Unis d'imposer des sanctions mandatées par l'ONU contre la Syrie du président Bachar al-Assad, les pays du BRICS vont de mal en pis. Trois de ses membres (le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud) ont dépêché une mission à Damas, en vue de “convaincre” Assad de ne pas massacrer son peuple. Il va sans dire qu’il n’a pas répondu “Oui, j’ai bien tué quelques milliers de personnes par-ci par-là, mais maintenant que vous le dites, je vais essayer d'être plus prudent.”

Et puis, de déclaration en déclaration, ils ont affirmé que la Syrie n'était pas la Libye, et qu'ils ne permettraient pas qu’une nouvelle intervention occidentale soit orchestrée en vue de faire chuter un autre régime d’un pays arabe, sous le prétexte que son peuple semble contrarié par le dictateur local. Pour reprendre les propos du leader d’une O.N.G. de défense des droits de l’homme : “Ils punissent le peuple syrien, parce qu'ils n’ont pas aimé que l'OTAN prenne des dispositions en vue protéger les civils libyens, et de changer de régime par la même occasion. ”

Compte tenu de leur rôle croissant dans la sphère de l'économie mondiale, il est compréhensible que les principaux pays d'Amérique Latine, ainsi que les pays du BRICS, cherchent à jouer un rôle plus influent à l’échelle globale. Mais ce n'est pas ainsi qu’ils y parviendront

Les têtes de mules du groupe BRICS

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