Saturday, April 19, 2014
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L’année du pessimisme rationnel

NEW YORK – Non sans esprit, quelqu’un a récemment déclaré que la meilleure chose à propos de 2011 est qu’elle sera probablement meilleure que 2012. De même, alors que l’impasse politique aux Etats-Unis a fait couler beaucoup d’encre, on a en fait évité quelque chose de pire pour le pays et le monde en général :  les Républicains auraient pu imposer leur programme d’austérité et de redistribution vers les plus riches. Les coupes automatiques n’arriveront pas avant 2013, ce qui veut dire que l’économie sera un tant soit peu épargnée en 2012.

Deux notes plus positives pour 2011 : les Etats-Unis semblent enfin s’être rendu compte de l’écart béant entre les riches et le reste – entre les 1% les plus riches et tous les autres. En outre, les mouvements de protestation menés par les jeunes, depuis le Printemps Arabe jusqu’aux indignados espagnols et l’action Occupy Wall Street, ont mis en évidence qu’il y a un grave problème avec le système capitaliste.

Pourtant, il est probable que les problèmes économiques et politiques qui étaient si manifestes aux USA et en Europe en 2011 – et qui ont été terriblement mal gérés jusqu’à présent – ne feront qu’empirer en 2012. Tout pronostic pour l’année à venir dépend, plus encore que d’habitude, des choix politiques qui seront pris ou non – de la solution le blocage politique américain ainsi que de la capacité des leaders européens à répondre à la crise de l’euro. Et, si les prévisions économiques sont difficiles, nos boules de cristal deviennent encore plus nuageuses lorsqu’il s’agit de prévoir les politiques. Ceci dit, voici ce que j’anticipe.

Les leaders européens ont proclamé à l’envi leur attachement à l’euro, mais ceux qui pouvaient le faire n’ont cessé de faire savoir qu’ils ne sont pas prêts à prendre les mesures qui s’imposent. Ils ont reconnu que l’austérité engendrera une croissance plus faible – de fait, une récession est de plus en plus probable – et que, sans croissance, les pays en difficulté de la zone euro ne seront pas capables de gérer leurs dettes. Cependant, ils n’ont rien fait pour stimuler la croissance. Ils sont entrés dans une spirale destructrice.

La seule chose qui sauve l’euro pour l’instant est la politique d’achat d’obligations souveraines de la Banque Centrale Européenne, qui a empêché l’explosion des taux d’intérêt. Qu’on le veuille ou non, la BCE est en fait en train de financer la dette des états. Les leaders allemands ont désapprouvé cet état de fait, et la BCE, de plus en plus inconfortable, a limité ses achats et exprimé sa volonté que les leaders politiques, et non les banques centrales, sauve l’euro.

Pourtant, la réponse politique a été trop faible et trop tardive, pour ne pas dire plus. Le scénario le plus probable est la reproduction à l’identique : austérité, affaiblissement des économies, plus de chômage et déficits persistants, alors que les leaders européens font le minimum pour combattre la crise actuellement. En bref : plus de troubles à venir.

Le jour du Jugement – lorsque l’euro s’effondrera ou l’Europe prendra le genre de mesures radicales et irrémédiables capables de faire fonctionner une monnaie unique – pourrait venir en 2012, mais, selon toute vraisemblance, les leaders européens feront tout ce qui est en leur pouvoir pour reculer ce jour. L’Europe, tout comme le reste du monde, souffrira.

Les Etats-Unis avaient espéré une reprise grâce aux exportations, mais le recul de la croissance en Europe, qui est leur plus grand client (et qui empêche une bonne partie du reste du monde de croître), l’a rendue improbable. En outre, avec les pires effets des coupes budgétaires potentiellement encore à venir, le blocage – et la rancune des Républicains – pourraient encourager l’administration Obama à ne pas prolonger ses diminutions de la taxation sur le revenu, ce qui affaiblirait la consommation des ménages.

En conséquence, et étant donné les coupes budgétaires au niveau des états et des villes, les premières manifestations réelles de l’impact de l’austérité apparaîtront en 2012. (Bien que l’emploi public soit d’ores et déjà environ de 700,000 sous son niveau d’avant crise ; le gouvernement, au lieu d’agir de manière anticyclique, compensant la faible demande privée, a prit des mesures procycliques, exacerbant les problèmes de l’économie.) Entretemps, les conséquences du manque de gestion de la crise immobilière – qui a provoqué le quasi effondrement des marchés financiers en 2008 – continuent à se faire sentir : nouveaux déclins des prix immobiliers, nouvelles faillites et donc encore plus de stress pour les ménages américains.

Aucun politicien américain semble prêt à reconnaître le fait que, réparer le système bancaire, bien que nécessaire, n’était pas suffisant pour restaurer la santé de l’économie (ou que le système financier n’a jamais été complètement réparé). L’économie américaine avant la crise était maintenue en vie artificiellement grâce à une bulle immobilière qui a mené à des niveaux de consommation insoutenables. Il est impossible de revenir à 2007.

Mais aucun parti n’a voulu admettre ce qui ne va vraiment pas, ni avancer un programme pour réformer les problèmes sous-jacents. L’année électorale à venir aux Etats-Unis sera caractérisée par des platitudes et placebos – des appels insipides en faveur de créations d’emploi, d’une modération fiscale, de contrôle des programmes sociaux, etc. Aucun des camps ne mettra en avant un programme pour restructurer l’économie et réduire l’inégalité qui sape la force du pays.

J’ai été un grand détracteur des marchés, mais même les participants du marché américain se rendent à présent compte que les leaders politiques ne sont pas à la hauteur. Si les investisseurs souffraient d’exubérance irrationnelle dans les années 1990, ils souffriront probablement de pessimisme rationnel l’an prochain. Après tout, les Américains devront choisir entre un leader qui a montré qu’il était incapable de faire sortir les USA de son marasme économique et un autre qui n’a pas encore démontré son incapacité à le faire – mais qui pourrait rendre les choses encore pires par des politiques qui augmentent l’inégalité et la faible croissance.

J’espère que les évènements me contrediront et que mon pessimisme sera jugé excessif. Mais j’ai bien peur que ce soit peu probable. En effet, 2012 pourrait se révéler être l’année au cours de laquelle l’expérience de l’euro, l’apogée de 50 années d’intégration économique et politique en Europe, prendra fin. 

Dans ce cas, au lieu d’apporter la fin tant attendue de la Grande Récession de 2008, une récession qui a duré trop longtemps et engendré trop de souffrances, 2012 pourrait marquer le début d’une phase nouvelle et plus effrayante de la pire calamité économique du monde en 75 ans.

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