Monday, April 21, 2014
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La dette publique, ce n'est pas l'ennemi public !

BERKELEY – A travers le monde euro-atlantique, le redressement reste poussif et cahoteux après la récession de 2008-2009. Il transforme en chômage structurel un cycle de hausse du chômage que l'on pouvait facilement arrêter et génère une diminution prolongée des investissements à partir d'un simple incident dans le processus d'accumulation du capital. Il en résulte une baisse des capitaux sociaux et du PIB réel qui pourrait s'étendre sur des décennies.

Il y a une leçon à tirer de l'expérience de l'Europe de l'Ouest dans les années 1980. Une baisse de production de 100 milliards de dollars due à une baisse des investissements (ainsi qu'à une diminution de l'emploi et des capitaux sociaux qui en sont la conséquence) se traduit par une baisse de 10 milliards de dollars du potentiel productif à plein emploi.

Les conséquences budgétaires de cette situation sont impressionnantes. Supposons que les USA ou les principaux pays d'Europe de l'Ouest accroissent les dépenses publiques de 100 milliards de dollars l'année prochaine. Supposons également que leurs banques centrales ne veulent ni s'engager davantage dans une politique monétaire non orthodoxe, ni s'opposer à la politique des gouvernements élus en contrant leurs mesures de stimulation économique. Dans ce cas, à conditions monétaires constantes, on peut s'attendre à une hausse de 150 milliards de leur PIB. Il en résultera une augmentation de 50 milliards des recettes fiscales ; par conséquent leur dette publique n'augmentera pas de 100 milliards, mais de seulement 50 milliards de dollars.

Quel est le taux d'intérêt réel (ajusté en fonction de l'inflation) que les USA ou les grandes économies européenne devront payer pour ces 50 milliards de dette supplémentaire ? S'il est de 1%, leur politique de stimulation de la demande et de la production à hauteur de 150 milliards de dollars l'année prochaine leur coûtera 500 millions chaque année pour éviter que la dette n'augmente en termes réels. S'il est de 3%, il faudra que la fiscalité sur les revenus augmente de 1,5 milliards de dollars par an. Et s'il est de 5%, l'Etat aura besoin de 2,5 milliards supplémentaire chaque année.

En raison du bas niveau actuel de la production, les prévisions sont minorées de 10%. Aussi lorsque l'économie aura redémarré, la production devrait atteindre non pas 150 milliards mais 165 milliards, et les impôts rapporter 55 milliards au lieu de 50 milliards. Les Etats n'auront pas besoin d'augmenter les impôts pour financer le supplément de dette lié à la politique de relance économique. La stimulation de la demande devrait permettre non seulement de rembourser le supplément de dette lié à cette politique, mais aussi de baisser les impôts sans compromettre l'équilibre budgétaire.

C'est pour le moins que l'on puisse dire une situation inhabituelle. Normalement le coefficient multiplicateur appliqué aux dépenses de relance gouvernementale est bien inférieur à 1,5. En général sa valeur est comprise entre 0,5 et 0 parce que les banques centrales, cherchant à maintenir l'économie sur les rails pour atteindre leur objectif en matière d'inflation, ne gardent pas des conditions monétaires constantes lorsque les dépenses publiques augmentent.

Dans une situation normale, les gouvernements - même ceux des USA et d'Europe  de l'Ouest - ne peuvent laisser grossir la dette publique et en même temps verser des intérêts au taux de 1%, ou même de 3%. Habituellement, une politique de stimulation de la production, même faible, se transforme ultérieurement en un fardeau financier important. C'est pourquoi financer l'expansion budgétaire par la dette est une mauvaise idée.

Mais la situation actuelle n'est absolument pas normale. Ainsi que le souligne Ricardo Caballero du MIT, aujourd'hui l'économie mondiale manque cruellement d'actifs sûrs. Partout dans le monde les investisseurs sont prêts à les payer très cher et à accepter des taux d'intérêt extraordinairement bas sur la dette des grandes économies, car ils attribuent une valeur énorme à un actif sûr qu'ils peuvent utiliser à titre de garantie.

Actuellement, du fait de la préférence des investisseurs en faveur de la sécurité, le financement d'un surcroît de dette publique est anormalement faible. Par ailleurs les risques à long terme que font courir une production inférieure à la normale et le sous-emploi de la main d'oeuvre sur la difficile reprise en cours vont probablement renchérir fortement cette dernière.

Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor américain l'avait déjà dit : étant donné la nécessité de mobiliser des ressources inemployées à court terme pour maintenir la capacité productive à long terme, une augmentation de la dette publique serait une bénédiction pour le pays.

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  1. Portrait of Gregor Schubert

    CommentedGregor Schubert

    The thrust of the argument proposed here can be summarised as saying the following: Fiscal policy is very effective at bringing GDP back to trend in a situation where central banks are "unwilling to extend themselves further in unconventional monetary policy". While the rest of the article further details the exact implications of this situation, this is the crux of the argument, as otherwise, the central bank would "act to keep the economy on track to meet the monetary authority’s inflation target".

    Unfortunately, this is also where the argument is most lacking: It presents hardly any evidence that the special situation it relies on is currently in existence: Central banks seem as concerned as ever about their inflation target. In Europe, the ECB is notorious for raising its interest rates last spring even in the face of a severe financial crisis unfolding in the sputhern countries, because it was concerned about inflation. At the same time, statements by FOMC members and the public discourse in the US attribute great importance to recent upticks in headline inflation, often blaming the Fed for what is (incorrectly) viewed as a negative development. Why blame the Fed if inflation was out of its control?

    To summarize: there seems little evidence that central banks have stopped caring about, or are unable to influence, inflation. Thus, their response to fiscal policy attempts to raise output and inflation still matters, making fiscal attempts to raise inflation and output futile unless they are accommodated by complementary loosening of monetary policy. Consequently, in the face of a reluctant central bank the "more usual multiplier is the monetary-policy offset multiplier of 0.5 or zero". Thus the relevance of DeLong's argument in the current environment is questionable.

  2. CommentedProcyon Mukherjee

    The article strikes a chord on tweaking with multipliers while the world of investors would be watching with baited breath on the denouement as one would bet against the other; the jury is still out on the very definition of a safe asset. Every investor is also a consumer-spender, while every consumer is also an investor. The behavior as an investor cannot be completely out of sync with the behavior that we demonstrate as a consumer. This belies the rhetoric that the theory of ‘drawing from the future’ with multipliers of our choice envisions; how so ever efficient the markets are, or inefficient, whether as a herd or as an outlier, we the consumers-investors of the future must make a choice that is based on sustainable principles and we cannot draw from the future without an insurance that future generations can rely on. This insurance perhaps lies in our ability to make shared sacrifice and in investing in those assets that create sustainable long term value for the entire humanity; safe or unsafe is a myopic view.

    Procyon Mukherjee

  3. CommentedZsolt Hermann

    I hope we arrive to the point as soon as possible, when respected experts, political and financial leaders stop repeating their own mantras, and pull their heads out of their subjective, introverted boxes and start looking around.

    We are talking about highly qualified, educated, experienced people but since they are buried under their own subjective opinion they are simply incapable of seeing the true reality around us.

    Of course we are in unusual conditions as the article suggest, since we have run into such a dead end we have never been before. We are not in a crisis, but our whole human, political, economical system is collapsing as it has become unsustainable.

    The whole foundation of the expansive constant growth system is false. It is based on producing excessive amount of unnecessary goods, products that masses of people are brainwashed, tricked to consume through the marketing machinery, forcing people to take on credit way above their means making them slaves to the system on multiple count. On the other hand manufacturing is based on "near slave" labour, exploiting less developed countries as long as possible, also exploiting our natural resources and environment beyond tipping points.

    This is all objectively, well documented today.

    Beyond the false foundations we have also evolved into a closed, interdependent system, where all the above mentioned practices are now blowing up in our face as in such an integral system any negative effect I introduce into the system comes back at me with multiple force.

    So why are there still experts suggesting even more spending, stimulus or bailout, pretending further growth is still possible exhausting even our last assessts we could use for a recovery?

    Instead of stubbornly pushing on with the dead horse, we should stop, examine, analize our situation, the system we live in and then adapt to the new conditions and start building a new system that is suitable for the global world of the 21st century.

    We are badly in need of visionary people, who are capable of sharing the available factual, scientific information with the public, helping them to understand the need for change so people could enter a new system willingly, without any coercion, where these visionary leaders could create such a mutually responsible, equal, and considerate governing system that couldelevate all 7 billion people to a sustainable level.

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