Tuesday, September 2, 2014
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La campagne présidentielle américaine : la politique au plus bas !

CAMBRIDGE – L'élection présidentielle étant derrière eux, les USA peuvent reprendre leur souffle. Néanmoins, reste une question embarrassante : comment se fait-il qu'au sein du pays le plus puissant de la planète et de la démocratie la plus ancienne de l'ère moderne, le débat politique soit digne d'un pays africain en déliquescence ?

Au vu du débat politique en Amérique, cette comparaison peut apparaître trop sévère à l'égard des démocraties naissantes du continent africain. Lors des dernières élections, l'importance accordée aux groupes extrémistes, le rejet de la science, les mensonges les plus gros, la déformation de la réalité et l'absence des véritables questions ont entraîné la démocratie américaine au plus bas.

Ce sont les républicains qui sont allés le plus loin dans cette direction, avec des idées qui n'auraient aucune chance d'être retenues dans tout autre pays avancé. Des 12 candidats aux primaires du parti républicain pour l'élection présidentielle, seuls deux (Mitt Romney et Jon Huntsman) acceptent les preuves scientifiques du réchauffement climatique et de ses causes humaines. Mais Romney n'a pas une position très claire sur la question.

De même, la théorie de Darwin sur l'évolution des espèces est souvent rejetée par les républicains. Rick Perry, le gouverneur du Texas et l'un des premiers candidats aux primaires chez les républicains, en parle comme d'une théorie parmi d'autres, tandis que Romney lui-même  déclare qu'elle n'est pas en contradiction avec le créationnisme - l'idée que c'est une force intelligente qui a conçu l'univers.

Une autre idée archaïque (dans le domaine de l'économie), à savoir que les USA devraient en revenir à l'étalon-or, bénéficie d'un soutien important au sein du parti républicain - sous la conduite de Ron Paul, un autre candidat aux primaires. Personne n'a été surpris que le parti prône le retour à l'étalon-or lors de sa Convention en août dernier.

Hors des USA, presque tout le monde est stupéfait de constater que ni Romney ni Obama  ne se sont exprimés en faveur d'un contrôle plus strict des armes à feu (Obama a cependant fait une exception pour les armes d'assaut tels que le AK-47) dans un pays où il est plus facile d'acheter un fusil que d'aller voter. La plupart des Européens ne comprennent pas comment il se fait que dans un pays civilisé, les deux candidats sont favorables à la peine de mort. Et je ne vais pas évoquer le débat sur l'avortement.

Romney a été tellement intimidé par l'obsession de son parti sur les baisses d'impôt qu'il n'a jamais présenté un projet de budget qui résiste à l'examen. Pour ne pas perdre la voix des fanatiques qui participent aux primaires dans son parti, il a laissé à ses conseillers la responsabilité d'expliquer que ses propositions budgétaires n'étaient qu'un coup de bluff (ainsi que le rapporte le magazine The Economist).

Obama de son coté a satisfait les partisans du nationalisme économique en qualifiant Romney de champion des délocalisations et de "délocalisateur en chef" - comme si la délocalisation était l'incarnation du mal qui devait être arrêtée et comme si lui-même avait beaucoup fait pour s'y opposer.

Dans les deux camps, ambiguïtés, inexactitudes et mensonges ont été si fréquents que de nombreux médias et groupes non partisans en ont dressé la liste. Les analystes de l'un des sites les plus connus pour les répertorier, FactCheck.org, qui dépend du Centre de politique publique Annenberg à l'université de Pennsylvanie, disent que rarement une campagne leur a donné autant de travail.

La déclaration d'Obama selon laquelle Romney prévoyait une hausse d'impôts de 2000 dollars pour les classes moyens et/ou qu'il diminuerait de 5000 milliards les revenus fiscaux du pays et qu'il voulait interdire "tout avortement, même en cas de viol ou d'inceste" en constitue l'un des exemples les plus fameux. Romney a fait encore mieux en prétendant qu'Obama allait augmenter  de 4000 dollars les impôts des ménages des classes moyennes, qu'il allait faire sombrer la réforme de la protection sociale en supprimant toute exigence en matière de travail et que Chrysler, entreprise sauvée par Obama, allait délocaliser sa fabrication de Jeep en Chine. Toutes ces assertions sont fausses !

Selon les analystes de FactCheck.org, du début à la fin cette campagne a donné lieu à une prolifération d'attaques et de contre-attaques basées sur des inexactitudes et des affirmations trompeuses.

Par contre, ni le réchauffement climatique (le problème central de notre époque), ni les problèmes les plus graves à l'échelle mondiale n'ont été évoquées une seule fois lors des débats entre les deux candidats à la présidence et entre les deux candidats à la vice-présidence.

On peut en tirer deux conclusions différentes. La première est que la piètre qualité du débat démocratique aux USA va entraîner leur délitement et qu'ils en sont seulement au début d'un déclin inévitable. Les symptômes sont là, même si le pays n'en est pas encore trop affecté.

La deuxième conclusion possible est que ce qui se dit lors d'une campagne électorale est sans conséquence pour la suite. Les campagnes sont toujours un moment de démagogie et de soumission aux obsessions des fondamentalistes. Ce qui compte, c'est ce qui se passe une fois que le candidat élu entame son mandat : la qualité de l'équilibre des pouvoirs qu'il instaure, les conseils offerts, les décisions prises et en fin de compte la politique adoptée.

Mais si les élections américaines ne sont rien d'autre qu'un jeu, pourquoi tant d'argent dépensé à leur occasion et pourquoi tant de gens mobilisés ? Peut-être parce que ce serait pire sans élection.

Pour paraphraser Churchill, les élections sont le pire moyen de choisir un dirigeant politique.. à part tous les autres. Et ce n'est nulle part aussi vrai qu'aux USA.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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  1. CommentedCarol Maczinsky

    For an educated politician it seems irrelevant what people think about Darwinism. It only undermines their credibility and demands flexibility. Actually there are places in the world where elections are less worse and the excesses of American political entertainment would be unthinkable. But certainly there citizens do not elect politicians into office who robo kill individuals in other nations with drones. Their politicians also don't talk moral values and national ideas, like wet African dictators, but they do their duty. Thank's god their nations are not deceasing world powers but functional states.

  2. Portrait of Fernando Giuliano

    CommentedFernando Giuliano

    I think the problem is not limited to cheap campaign populism. The stubborn Congress gridlock has been going on for two years and there's no end in sight. I think what is going on in the US is a good reminder that "good institutions" are to a large extent endogenous. All it took for good institutions to look more like third-world ones was a huge financial crisis with persistent economic effects. Just like the ones third world countries are too used to witnessing.

  3. Commentedjames durante

    Rodrik appears to accept the the premise that the USA is supposed to be, in some way, a "democracy." The Constitution centralized economic and political power in the federal government and set up a whole host of barriers to democratic governance. As the wealthy, Constitutional framer Governeur Morris put it, "the evils experienced under the Articles of Confederation resulted from an excess of democracy." Or, as Hamilton opined, "the masses are asses."

    So a Roman style Republic was fashioned that would secure aristocratic rule in the Senate, separate the executive from the people via the electoral college, and confine the House to the fewest powers and shortest terms.
    Strict voting requirements would prevent the rabble from participating.

    Now much has been amended so new barriers to "people power" have become necessary. Total corporate control over media, unlimited corporate spending, a lobbying industry that freezes out anyone without serious money, etc.

    The elections do not live up to democratic ideals because we don't have democratic ideals. The purpose of the state is to secure unequal distribution of wealth and power. It does a reasonably good job of it (as it did in Rome until the inevitable collapse).

  4. CommentedWilliam Wallace

    The ugliness of politics, including the outright lies and zesty mudslinging, is nothing new to US politics. What is new and has been transforming democracy everywhere is the incorporation of new media, starting with television.

    Far from pondering written positions published in the local papers in order to deliberate over issues and candidates, we now have to decide who is the cutest on TV, has the catchiest sound-bites, or convinces us more in an emotionally laden mini-movie called a campaign ad. Couple all that with an internet that, unlike newspapers of old, will allow any crackpot viewpoint to be published and gain the traction it otherwise would never have had.

    Just like misery, opinions love like-minded company, especially those opinions that are least thought out. The internet is making 99% of us "more stupider."

  5. Commentedlt lee

    "To paraphrase Winston Churchill, elections are the worst way to select a political leader, save for all other methods that have been tried – and nowhere more so than in America."
    I find it odd that people has to quote Churchill who is not any kind of god to reassure himself and the readers that western democracy is a better system.

  6. CommentedDuncan Green

    Hmmm. Oldest continuous democracy? US women got the vote in 1920, New Zealand women in 1893. Then there's Jim Crow, Native Americans, and what's still going on in Florida and elsewhere.....

  7. CommentedProcyon Mukherjee

    Rodrik is right in his analysis of what characterizes the system of constant denial of the glaring symptoms of a stark reality, which must be abhorred in such a manner that the unreal is believed by a whopping majority; this needs a constant whipping of misleading information that could be backed by theory as well. This whole ensemble resembles the wrong corporatization of the process, which is single minded in its pursuit of exceeding its objectives, at whatever costs. It also shows that for any victory, it could well mean the loss for democracy or vice versa, as margins are determined not by sheer might of the policy choices, but much more frills that is engineered through careful investment in the public square.

    Procyon Mukherjee

  8. CommentedZsolt Hermann

    Although everything the article is saying is true, we should not single out the Americans.
    The same sleepwalking is present everywhere we look from Europe to China, from Australia to Russia or the Middle East.
    And it all stems from the present human system which fails miserably on two counts.
    One hand we still remain as fragmented and polarized as ever, looking at everything in an angular, black and white fashion, enemy/friend, terrorist/freedom fighter, north/south, west/east, developed/ developing, communist/capitalist, conservative/liberal, stimulus/austerity and so on.
    In the meantime the world has become round, global and interconnected, we all overlap on so many levels that there is no way of separating nations or even individuals from each other in terms of influence and dependency.
    On the other hand we still stubbornly keep on pushing the constant quantitative growth economy despite all the clear signs that it has become self destructive, destroying individuals, nations and whole globe with it.
    When people are faced with such a distortion in between the external reality and the dreamlike system they imagine they live in they have no other option but to behave in an illogical, illusory sometimes ridiculous way to justify why they keep on doing the same unreasonable, stupid and downright destructive things.
    Any new state is a new opportunity to look into the mirror and finally start taking the present existential conditions seriously, and start adapting to them.
    I agree with the article that after this US election campaign, and in general how people handle the crisis, it is very doubtful if America and the rest of the world is ready for such a self examination and self adjustment.
    Unfortunately if we do not do it willingly, consciously then very unpredictable and volatile events would force us to do the same as the system with its absolute natural laws is not going to change, only we can change.

  9. CommentedPeter Thom

    The Romney economic plan specifically called for a 20% across the board tax reduction. The Tax Policy Center estimated this would amount to approximately $4.7 trillion. So what are you saying? Obama exaggerated by rounding up?

  10. CommentedMarc Freed

    While walking to vote yesterday it occurred to me that New York, which has 21 elected represetatives in Dc, has over 200 professional athletes (not counting the football players who play in New Jersey). So at a very simplisitic level, I am about 10x more likely to have a random encounter with New York Yankee than I am to meet any of my state's members of Congress. While I would much rather meet any Yankee than any member of Congress, this did not strike me as a particularly healthy measure of democracy.

    Perhaps, to the list of long-term remedies for our political malaise we ought to add the idea of increasing the number of our Congressional representatives by a factor of 3 or 4. Increasing the size of our Congressional delegations to reduce the number of people each one represents would enable more people to beome engaged in the political process. More importantly, it would make it less attractive for wealthy activists to donate vast sums to congressional candidates whose votes mattered only 1/3 or 1/4 as much as they do now.

    Only a live experiment would tell us if such a change would raise the level of our political discourse, but other democracies with lower ratios of voters to elected officials do not seem to suffer as many non-sensical arguments as we do.

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