Friday, October 24, 2014
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Le sommet des intentions mitigées

MEXICO – Le Sommet des Amériques, qui se réunit environ tous les trois ans, pourrait être vu comme une sorte de farce latino-américaine réunissant des chefs d’état pour quelques jours, soit au sud, soit au nord du Rio Grande, pour faire des discours sans fin qui ne mènent nulle part. Mais ce sommet – une initiative américaine lancée par le président américain Bill Clinton en 1994 – permet parfois de réellement soulever d’importantes questions dans le débat continental.

Parmi celles-ci, la mise en place d’une zone de libre-échange des Amériques, proposée par l’ancien président américain George H.W. Bush en 1990, mais abandonnée lors du sommet de Mar del Plata en Argentine en 2005. Scandalisé par la présence du fils de son père, le président George W. Bush, le président vénézuélien Hugo Chávez avait réuni des milliers de manifestants anti-américains pour protester contre cet accord.

Le Sommet des Amériques est donc un baromètre des relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine, même s’il n’accomplit rien de très significatif.

Le sommet de cette année, qui se tiendra à Carthagène en Colombie à la mi-avril, est déjà source de controverse. Deux dossiers brulants seront au cœur des échangesamp : Cuba et la drogue.

Cuba n’a jamais été invitée au Sommet des Amériques dans la mesure où cette tribune a été conçue pour n’accueillir que les membres de l’Organisation des Etats Américains (OEA) et des présidents démocratiquement élus (bien que le président péruvien de l’époque, Alberto Fujimori, y ait assisté en 1998, ayant pourtant suspendu la constitution de son pays à la suite du renversement de son propre gouvernement en 1992.)

En février, le président équatorien Rafael Correa a déclaré que les pays ALBA (Cuba, Equateur, Nicaragua, Bolivie, et certaines îles caribéennes) n’y assisteraient pas si le président cubain Raúl Castro n’était pas invité au sommet. Un acte clair de provocation envers les Etats-Unis, le Canada, et une poignée d’autres pays opposés à sa présence.

Plusieurs dirigeants et observateurs latino-américains se sont exprimés en faveur de la présence de Barack Obama à ce sommet, malgré la présence de Castro, et ce pour le confronter à la faiblesse démocratique de Cuba. Obama n’a pas mordu à l’hameçonamp : une photo de groupe accidentelle ou un débat public avec Castro en plein dans une campagne électorale n’est pas la meilleure manière pour un président américain de remporter un second mandat.

Le président colombien Juan Manuel Santos a voulu désamorcer le problème en tentant dans un premier temps de jauger la volonté des Cubains d’y être invité. Il a donc envoyé son ministre des Affaires Etrangères à la Havane, et reçut une réponse étonnanteamp : Cuba désirait y assister, malgré son refus en 2009 de revenir au sein de l’OEA.

Il était clair aux yeux de Santos que la présence de Castro au sommet de Carthagène impliquerait l’absence d’Obama, du Premier ministre canadien Stephen Harper, et peut être d’autres chefs d’état. Si, par contre, Castro n’y assistait pas, certains membres de l’ALBA, dont deux voisins avec lesquels la Colombie souhaite améliorer ses relations – l’Equateur et le Venezuela – pourraient ne pas s’y montrer non plus.

En fin de compte, Santos, tout comme les précédents hôtes du sommet, n’a eu d’autre choix que d’informer les Cubains personnellement qu’ils n’étaient pas les bienvenus, dans la mesure où «amp il n’y avait pas de consensus sur leur participation.amp » Malgré les discussions sur l’indépendance grandissante de l’Amérique Latine et les récentes réformes de Castro, la plupart des pays, lorsque forcés de choisir entre Cuba et les Etats-Unis, préfèrent ces derniers. En effet, même les alliés supposés de Cuba dans la région ne se sont pas précipités pour insister que Santos invite Castro.

Castro n’y assistera donc pas, Obama siamp ; et les dirigeants de l’ALBA seront probablement divisés. Les participants feront en sorte que Cuba soit invitée au prochain sommet en 2015, mais il est difficile de prédire l’avenir. Cuba reste donc encore le mouton noir de l’Amérique Latine.

Du fait de la présence d’Obama, certains dirigeants pourraient saisir l’opportunité de partager avec lui leurs points de vue sur ce que l’on qualifie de plus en plus «amp d’échec de la guerre contre la drogue,amp » le programme anti-drogue lancé à l’origine par le président Richard Nixon en 1971. Le tout nouveau président guatémaltèque Otto Pérez Molina, de concert avec Santos et d’autres chefs d’état, remettent en question l’approche prohibitionniste et punitive, dont les coûts démesurés apportent de piètres résultats, et proposent une stratégie différenteamp : la légalisation.

Il y a quelques semaines, Obama a envoyé son vice-président Joe Biden à Mexico et en Amérique Centrale pour neutraliser cette orientation, et y est partiellement parvenu. Néanmoins, alors que seuls quelques dirigeants politiques et intellectuels s’étaient par le passé exprimés en faveur de la légalisation, il semble aujourd’hui que les officiels «amp sortent du placardamp » massivement au sujet de la drogue. Ceux qui se déclaraient en faveur d’un débat sur le sujet soutiennent aujourd’hui la légalisationamp ; ceux qui s’y opposaient admettent aujourd’hui la nécessité de ce débatamp ; et ceux qui continuent de s’opposer à la légalisation le font pour des raisons morales, plutôt que nationales.

Mais Obama a d’autres priorités. La santé de l’économie américaine, et son impact sur sa réélection priment sur les enjeux de politique étrangère, à l’exception du programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran et de la réaction d’Israël à ce dernier. L’Amérique Latine – même Mexico – n’est pas sa priorité du moment.

Néanmoins, Obama ira à Carthagène, ainsi qu’il le doit. Les Etats-Unis ont désormais appris qu’il est dans les meilleurs intérêts du pays de porter une attention toute particulière à ses voisins méridionaux.

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