Thursday, July 31, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
0

Les Gredins du patriotisme économique

Samuel Johnson parlait du patriotisme comme du « dernier refuge du gredin ». Si cela est vrai, que devons-nous penser du nationalisme économique montant d’aujourd’hui, parfois décrit par l'euphémisme de « patriotisme économique » ?

En effet, le nationalisme économique est exceptionnellement dynamique en ce moment. L’opposition intense et générale contre l’entreprise de Dubaï qui se préparait à prendre le contrôle de certains ports américains a choqué le gouvernement américain. En Pologne, ce sont les prises de contrôle étrangères des banques qui suscitent des réactions générales défavorables. {0>France is blocking the acquisition of French utilities by the Italian electricity company Enel.<}0{>La France quant à elle s’oppose à l’acquisition de services publics français par l’entreprise italienne Enel, spécialiste de l’électricité.<0} Soutenue par d’autres gouvernements européens, la France s’agite également contre la prise de contrôle d’Arcelor, société aciériste luxembourgeoise, par une société néerlandaise contrôlée en grande partie par un magnat de l’acier indien.

Les défenseurs de ces malheureuses prises de contrôle transfrontalières s’inquiètent qu’un sinistre relent des pires moments du vingtième siècle flotte dans l’air. C’est un ministre italien hors de lui qui a lancé un avertissement contre une nouvelle mobilisation du nationalisme populiste relevant d’un scénario à la manière « d’août 1914 ». Les années 1930 offrent une meilleure analogie : en 1933, l’année de l’accession au pouvoir d’Hitler, l’économiste le plus réputé au monde, John Maynard Keynes, a publié un appel pour une « autonomie nationale ».

Les analogies des années 1914 et 1933 mettent en lumière la caractéristique la plus étonnante du débat actuel : le rôle essentiel que jouent les questions de sécurité dans la justification du protectionnisme. Personne ne s’inquiétait du contrôle étranger des ports américains tant que le propriétaire était une société britannique et ces nouvelles craintes reflètent la conviction que Dubaï pourrait être un intermédiaire pour le fondamentalisme islamiste et le terrorisme.

Pareillement, la détérioration des relations internationales qui précéda la première et la seconde guerre mondiale fut marquée par une propension accentuée chez les gouvernements à utiliser l’économie comme outil de la politique de la force. En 1911, la crise diplomatique déclenchée au sujet du Maroc fut accompagnée par une attaque spéculative française contre les marchés financiers allemands. {0>In the 1930’s, both France and Germany used this kind of technique as a way to bolster their own security.<}0{>Dans les années 1930, la France et l’Allemagne utilisèrent ce genre de technique comme le moyen de renforcer leur propre sécurité.<0} Les États-Unis essayèrent de contrôler l’expansion japonaise en Asie en limitant les importations énergétiques du Japon (particulièrement les importations pétrolières).

La raison la plus évidente de l’inquiétude montante en Amérique sur les questions de sécurité reste le défi à relever face à la menace terrorisme après les attaques terroristes de septembre 2001. Mais cela peut à peine justifier la nervosité européenne et les réactions de protectionnisme.

Dans le cas de l’Europe, il existe deux explications opposées. La première explication tient au fait que les nouvelles inquiétudes représentent un étrange cas de transfert psychologique. Ceux qui, dans certains pays comme la France ou la Pologne, s’inquiètent du déclin national cherchent à rejeter la faute sur des éléments étrangers à leur pays.

Dans les années 1930, de tels sentiments prirent assurément une certaine importance, quand la réponse populiste à la Grande dépression l’attribua aux forces malfaisantes du « capitalisme international ». La version moderne de cette explication soutient que le monde change si rapidement que la sécurité nationale et de ce fait l’identité nationale sont menacées.

Un autre scénario suggère que ces craintes sont nées d’un problème réel. La croissance économique moderne dépend toujours dans presque tous les pays industrialisés de sources d’énergies importées (le cas de la Norvège est une exception). Du fait des craintes qu’entraînent la pollution ou les questions de sécurité en matière d’énergie atomique, la plupart de ces pays ont négligé d'accroître leurs propres capacités énergétiques.

Il en résulte une certaine vulnérabilité, comme le démontra la crise qui suivit la réduction des livraisons de gaz russe en Ukraine en janvier qui entraîna une réduction des flux vers l'Europe centrale et l'Europe de l'ouest. L’expérience a rendu les Polonais particulièrement susceptibles et a poussé le gouvernement populiste de droite sur la route du nationalisme économique. Mais les Européens de l’ouest n’ont pas oublié leur propre traumatisme, notamment les pannes du réseau électrique et les pannes d’électricité générales. Une société italienne devant faire face à des pannes de réseau ne préférerait-elle pas fermer le réseau français plutôt que celui des consommateurs italiens ?

Ces deux scénarios visant à expliquer l’origine du nationalisme économique, l’un rationnel l’autre pas, ne sont pas réellement différents, mais ils décrivent des réponses entrelacées : plus la crainte est rationnelle, mieux peut-elle être utilisée comme instrument politique.

La crainte crée l’exigence d’une action gouvernementale. Les responsables politiques apprécient ce phénomène car cela crée une demande à leur endroit. Ils soulignent le problème éventuel, puis tentent alors d’en vendre la solution, qui se situe dans leurs sphères de compétence définies au plan national.

Un responsable politique moderne s’est montré particulièrement efficace à jouer de cette nervosité vis-à-vis des approvisionnements énergétiques pour la placer au centre de sa nouvelle vision politique. Selon Vladimir Poutine, le besoin de contrôler et de s’approprier des sources d’énergie justifie une extension massive de l’intervention d’État dans l’économie.

La vision de Poutine aurait apparemment été justifiée par les conséquences des attaques terroristes sur les États-Unis. Depuis lors, Poutine a projeté sa vision d’une politisation des questions d’énergie de sorte à rendre nerveux tous les Européens et pas uniquement les Russes. Cela renforce sa position sur la scène russe. Mais un Poutine dans un pays a tendance à entraîner la création d’imitateurs de Poutine ailleurs.

Nous devons tous nous sentir concernés par les pertes d'efficacité sur les marchés où les restrictions nées du nationalisme économique ont été jusqu’à présent imposées. Mais nous devrions nous inquiéter bien plus que la crainte de l’effondrement ou de la manipulation des marchés ne crée une demande d’action politique qui rendrait cet effondrement plus probable qu’il ne pourrait l’être. La crainte génère une demande pour une plus grande sécurité qui devient vite paralysante.

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured