Tuesday, July 29, 2014
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Retour de la Nemesis au Mexique

MEXICO – Le 1er juillet, le Mexique votera très probablement en faveur du retour au pouvoir du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) qui a dirigé le pays pendant soixante dix ans. Le candidat du PRI, Enrique Peña Nieto, a dernièrement pris une très nette avance dans la campagne. De nombreux Mexicains, ainsi que les amis du pays à l’étranger, craignent que cet événement n’annonce un retrour à un passé autoritaire, corrompu et décrié, abandonné par le Mexique lors de l’élection du candidat du Parti d’Action National Vincent Fox en 2000.

Ayant contribué à la défaite du PRI, j’aurais préféré un vainqueur différent cette année : un candidat indépendant, un social démocrate de centre-gauche, ou un dirigeant de centre droit sur une plateforme politique reprenant les meilleurs éléments du bilan de Fox et du président sortant Felipe Calderón (tout en abandonnant la guerre sanglante et futile choisie par Calderón contre les barons de la drogue mexicains). Mais je rejette la notion selon laquelle la victoire du PRI impliquerait automatiquement un retour au status quo ante, comme si le Mexique, ses liens avec le monde, et le PRI lui-même n’avaient aucunement évolué au cours des douze dernières années.

Le Mexique a extrêmement changé depuis 1994, la dernière fois qu’un président issu du PRI a été élu. Si Peña Nieto remporte les élections, il se trouvera face à une forte opposition au Congrès, et très probablement avec un PRI minoritaire, du moins à la chambre basse. En outre, plus de dix des 32 gouverneurs d’état appartiendront à l’opposition, tandis que le Parti de la Révolution Démocratique de centre gauche continuera de contrôler les deuxièmes plus importants budget et position élue du pays : la mairie de la ville de Mexico, que le PRD détient depuis 1997.

Par ailleurs, les medias mexicains sont plus libres, meilleurs et plus forts que jamais, même si à l’occasion leur qualité peut laisser à désirer. La société civile du pays est mieux organisée, plus puissante et plus dynamique. Pour le meilleur ou pour le pire, le gouvernement ne peut plus faire ce qu’il veut.

De nombreuses institutions clé ont en effet acquis une plus grande autonomie vis-à-vis du gouvernement depuis 2000 : la Banque Centrale, l’Institut de la Transparence, le Bureau National des Statistiques, ainsi que le service des titres, celui des communications, et les autorités électorales, anti-trust et anti-drogue. Mais ce qui est peut-être le plus important est que, pour la première fois de son histoire, le Mexique s’est doté d’une Cour Suprême réellement efficace et indépendante. Elle a en certaines occasions passablement compliqué la vie de Fox et de Calderón, mais a contribué à améliorer, dans tous les domaines, le quotidien des Mexicains.

Les relations du Mexique avec le monde ont elles aussi changé depuis 2000. Le Mexique est aujourd’hui intégré à un réseau d’accords de libre-échange et d’instruments internationaux qui lui ont permis d’assurer une économie ouverte, des politiques macroéconomiques orthodoxes et un engagement au régime démocratique. Il est soumis à un examen constant, scrutateur et bienvenu de la part de la communauté internationale.

Le Mexique doit désormais prendre en considération la pression exercée par ses pairs. La voix du Mexique ne sera entendue que s’il respecte ses obligations relatives au respect du travail, de l’environnement, des élections libres et justes, de la propriété privée et des droits de l’homme. Aucun gouvernement ne pourrait s’en sortir avec des élections volées, des hommes jetés en prison, l’expropriation des biens privés étrangers et nationaux, la corruption généralisée, ou des dépenses immodérées. Le degré d’intégration économique avec les Etats-Unis et le Canada –  représentant 90% du commerce, du tourisme, de l’investissement étranger et des transferts financiers – fait qu’il est difficile pour le pays d’être imperméable à la critique étrangère.

Enfin, le PRI a évolué dans deux domaines fondamentaux depuis la dernière fois qu’il était au pouvoir. Je ne peux jurer des convictions démocratiques de Peña Nieto, mais, de par son âge, il a grandi dans un Mexique démocratique : il avait à peine deux ans à l’époque des heures les plus sombres du vieux système, le massacre des étudiants de 1968; il avait 28 ans en 1994, à l’époque des premières élections semi-démocratiques (que même le vainqueur Ernesto Zedillo avait par la suite qualifiées de libres, mais non justes) ; et il avait 34 ans en 2000.

Quelles que soient ses convictions personnelles, Peña Nieto sera donc le tout premier président PRI à avoir été élu démocratiquement – le premier à devenir chef d’état grâce aux votes obtenus dans les urnes et non parce qu’il aura été choisi par son prédécesseur. Il est difficile de dire si cela a de l’importance, mais moralement, politiquement, et personnellement, le sens des responsabilités compte ; en l’absence de ce sens des responsabilités, tout peut arriver. Et ce sens des responsabilités existe désormais au Mexique.

En fin de compte, on peut, ou pas, penser que des élections libres et justes, le respect des droits individuels et des libertés, et l’alternance du pouvoir sont l’essence de la démocratie. Le retour du PRI, selon les lois mexicaines actuellement en vigueur, n’est peut-être pas idéal pour le pays, mais ce n’est pas une restauration. 

Si le Mexique n’est pas prêt pour le retour au pouvoir du PRI, c’est que nous n’avons pas fait notre travail ; nous n’avons pas mis en place les institutions, la société civile, les partis politiques, et les conventions internationales qui auraient garanti que seuls les acteurs démocratiques restent dans le jeu politique. Mais je crois que nous avons effectivement accompli notre tâche, et craindre le retour d’un régime autoritaire reviendrait à nier tout ce que nous avons réalisé ces douze dernières années.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

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  1. Portrait of Michael Heller

    CommentedMichael Heller

    Jorge Castañeda:

    I hope you are right that Mexico's institutions have undergone fundamental change in 12 years and that PAN can be thanked for that. Perhaps there is now institutionalised capacity for compromise and a generalised procedural norm with more formal guarantees for transparency, fair dealing, honesty.

    The problem, I guess, is there has been too much negative policy compromise over reforms that are long overdue, and PAN-PRI would not cooperate. The advantage of the PRI is that it knows how to get things done in Mexico once it wants to. It could get done what PAN was unable to do (because of PRI-PAN rivalry).

    There was great promise for certain anti-monopolistic and market reforms in 1988 when I lived in Mexico doing research on Telmex and what I called "guerrilla deregulation". It appeared Salinas could deliver "lawful deregulation". Telecoms, oil, media, big industry, banking, etc.

    Sincerely hope Peña Nieto can finish the job cleanly under political pressure in a solid formal institutional framework.

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