Thursday, October 30, 2014
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Le prix du 11 septembre

NEW YORK - Le 11 Septembre 2011, les attentats terroristes d'Al Qaïda étaient censés nuire aux États-Unis, et ils l’ont fait, mais d'une manière que Oussama ben Laden n'avait probablement jamais imaginée. La réponse du président George W. Bush aux attentats ont compromis les principes fondamentaux de l'Amérique, sapé son économie et affaibli sa sécurité.

L'attaque sur l'Afghanistan qui a suivi les attentats du 11 septembre était compréhensible, mais l'invasion de l'Irak qui s'ensuivit était totalement étrangère à Al-Qaïda - pour autant que Bush ait tenté d'établir un lien. Cette guerre choisie est vite devenue très coûteuse - des ordres de grandeur au-delà des 60 milliards de dollars revendiqués au début - d'autant que l'incompétence colossale est allée de pair avec une déformation malhonnête de la réalité.

En effet, lorsque Linda Bilmes et moi avons calculé le coût de la guerre de l'Amérique il y a trois ans, le décompte a minima se situait entre 3 et 5 milliards de dollars. Depuis lors, les coûts ont encore augmenté. Avec près de 50% des troupes de retour admissibles à recevoir un certain niveau de prestations d'invalidité et plus de 600.000 soldats traités jusqu'ici dans les installations médicales des vétérans, nous estimons que les coûts totaux des prestations d'invalidité et des soins de santé à venir s'élèveront entre 600 et 900 milliards de dollars. Mais les coûts sociaux, tels que les suicides des vétérans (qui ont dépassé 18 par jour ces dernières années) et les ruptures des cellules familiales, sont incalculables.

Même si Bush pouvait être pardonné d’avoir enrôlé l'Amérique et la plupart du reste du monde dans une guerre sous de faux prétextes et d’avoir sous-estimé le coût de l'entreprise, il n'a en revanche aucune excuse pour la façon dont il a choisi de la financer. Sa guerre a été la première guerre de l'histoire entièrement payée à crédit. Alors que l'Amérique est entrée dans la bataille, avec des déficits déjà en hausse suite à ses réductions d'impôts de 2001 (tax cut), Bush a décidé de s’enfoncer davantage avec un autre cycle de « soulagement d’impôt » (tax relief) pour les plus riches.

Aujourd'hui, l'Amérique est concentrée sur le chômage et le déficit. Les deux menaces pour l'avenir de l'Amérique peuvent dans une large mesure être imputés aux des guerres en Afghanistan et en Irak. L'augmentation des dépenses militaires, liée aux réductions fiscales de Bush, est une des principales raisons pour lesquelles l'Amérique est passée d'un excédent budgétaire de 2% du PIB quand Bush a été élu, à un déficit et à l'état précaire de la dette actuelle. Les dépenses directes du gouvernement dans ces guerres s'élèvent à présent à environ 2000 milliards de dollars - 17000 dollars pour chaque ménage américain – sans compter les factures à venir qui vont augmenter ce montant de plus de 50%.

Par ailleurs, comme Bilmes et moi l'avons soutenu dans notre livre La guerre à trois mille milliards de dollars, les guerres ont contribué à la faiblesse macro-économique de l'Amérique, en  exacerbant ses déficits et son endettement. De plus, les perturbations actuelles au Moyen-Orient ont conduit à la hausse des produits pétroliers, ce qui oblige les Américains à dépenser pour des importations de pétrole alors qu'ils auraient pu dépenser pour l'achat de marchandises produites aux États-Unis.

Mais alors, la Réserve fédérale américaine a caché ces faiblesses en concevant une bulle immobilière qui a conduit à un boom de la consommation. Il faudra des années pour surmonter l'endettement excessif et l'excédent immobilier qui en ont résulté.

Ironiquement, les guerres ont sapé la sécurité de  l'Amérique (et du monde), à nouveau d'une façon que Ben Laden n'aurait pas pu imaginer. Une guerre impopulaire aurait rendu difficile le recrutement militaire en toutes circonstances. Mais, comme Bush a voulu duper l'Amérique sur les coûts des guerres, il a sous-financé les troupes, refusant même les dépenses de base - disons, pour des véhicules blindés anti-mines nécessaires à la protection des vies américaines, ou pour les soins de santé adéquats pour le retour des anciens combattants. Un tribunal américain a récemment statué que les droits des anciens combattants ont été violés. (Il faut noter que  l'administration Obama affirme que le droit des anciens combattants de faire appel aux tribunaux doit être limité !)

Le fait d'avoir fixé des objectifs militaires trop hauts a conduit à la nervosité prévisible sur l'utilisation de la puissance militaire, ainsi que la connaissance de cette menace par d’autres ont  contribué à l'affaiblissement de la sécurité de l'Amérique. Mais la force réelle de l'Amérique, plus que sa puissance militaire et économique, est son «soft power», son autorité morale. Et cela, aussi a été affaibli : les États-Unis violaient les droits humains fondamentaux tels que l'habeas corpus  et le droit de ne pas être torturé. Son engagement de longue date pour le droit international a été remis en question.

En Afghanistan et en Irak, les États-Unis et ses alliés savaient que la victoire à long terme était nécessaire pour gagner les cours et les esprits. Mais des erreurs dans les premières années de ces guerres ont compliqué cette bataille déjà difficile en elle-même. Les dommages collatéraux des guerres ont été massifs : selon certaines sources, plus d'un million d'Irakiens sont morts, directement ou indirectement, à cause de la guerre. Selon certaines études, au moins 137 000 civils ont trouvé une mort violente en Afghanistan et en Irak au cours des dix dernières années; parmi les seuls Irakiens, il y a 1,8 million de réfugiés et 1,7 million de personnes déplacées à l'intérieur du pays.

Toutes les conséquences n'ont pas été désastreuses. Les déficits auxquels les guerres financées par la dette de l'Amérique ont contribué si puissamment, forcent maintenant les États-Unis à faire face à la réalité des contraintes budgétaires. Les dépenses militaires de l'Amérique restent presque égales à celles du reste du monde, deux décennies après la fin de la Guerre froide. Certaines de ces augmentations des dépenses sont liées à la guerre coûteuse en Irak et en Afghanistan et à l'ensemble de la Guerre contre le terrorisme, bien que celles-ci aient été gaspillées dans des armes qui ne fonctionnent pas, contre des ennemis qui n'existent pas. A présent, ces ressources sont finalement susceptibles d'être redéployées et les États-Unis vont probablement obtenir plus de sûreté en payant moins.

L'organisation Al-Qaïda, bien qu'elle n'ait pas été vaincue, ne semble plus être la menace qui pèse si lourd dans le sillage des attentats du 11 septembre. Mais le prix payé pour en arriver là, aux États-Unis et ailleurs, a été énorme - et surtout évitable. Cet héritage sera le nôtre pour une longue période. Il est toujours utile de réfléchir avant d'agir.

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  1. CommentedDavid Donovan

    CommentsView/Create comment on this paragraphBut then the US Federal Reserve hid these weaknesses by engineering a housing bubble that led to a consumption boom. It will take years to overcome the excessive indebtedness and real-estate overhang that resulted.

  2. CommentedPeter Buchi

    @Mark Pitts: Why do you lump socialist governments in with totalitarian communists? Isn't that a bit disingenuous? I would hardly call Sweden a murderous country, nor most of the rest of western Europe, yet these countries are mostly socialistic in their governing, in practice, if not always in theory. It's not helpful to the debate to have people on the Right continually misusing terms like "liberal" and "socialism".

  3. Commentedjohnny mac

    The article references a "war of choice." I'd agree. It was an American war of choice. The majority of the Democrats in the House voted "Yes" for the war, as did the majority of the Democrats in the Senate. When the bill for $100 billion to fund the war came up for vote, 37 of 49 Democrats in the Senate voted "Yes". Nancy Pelosi and Hillary Clinton were among the most outspoken supporters. Years later it's laid at Bush's feet by plotting souls such as yourself, and accepted as gospel by the willingly naive. Fortunately, facts are much easier to access today than they once were, making liberal hogwash easier to dispel. We collectively share responsibility for Iraq. A country, it should be noted, that is now free from the oppression of a sadistic dictator, and that has a representative government and a growing economy. Perspective, Mr. Stiglitz. Crank up the prescription on those coke-bottle lenses and get ya some.

  4. CommentedAly Kamadia

    Excellent article!! It's a nice reminder about the catastrophic mistakes that the Bush administration made in their foreign policy, something that many Republicans have forgotten about, not to mention many public commentators and the American electorate in general. - Kamadia.ca

  5. CommentedWilliam Wallace

    "... together with the Bush tax cuts, is a key reason why America went from a fiscal surplus of 2% of GDP when Bush was elected to its parlous deficit and debt position today."

    This is the glaring truth that the GOP manages to obfuscate, and gives the lie to the ability of the current Republican Party to be fiscally responsible. Indeed, if one accesses the GAO figures for 1980-present, the so-called Reagan Revolution of no-tax-and-spend-even-more is what has massively eroded government finances. That Obama has done so well in spite of inheriting this horrid mess is a testament to the value of reason and clear thinking over extreme partisan politicking.

      CommentedMark Pitts

      Also, keep in mind that Clinton left office just before the internet bubble burst so Bush, like Obama, inherited a burst bubble and rapidly falling asset prices. Then, there was 9/11 ...

      CommentedMark Pitts

      Obama actively worked to extend the Bush tax cuts. Without his efforts, the Bush tax cuts would have expired automatically.

      The Iraqi war cost are a relatively small part of the equation.

  6. CommentedThomas Haynie

    I’m mostly a fan of Stiglitz’s work but I just started reading the “Cost of Inequality”. I’ve not finished the preface yet but something comes to mind as Stiglitz discusses the shift to embracing a value set that is devoid of a moral compass. Somewhat recent work in psychology found that the concentration of sociopaths, those who lack empathy and simply don’t feel others pain as the rest of us do, increases the higher up the corporate ladder the samples were taken. This is discussed on a “Through the Wormhole” episode on the Science channel. Allegedly at least some of this behavior is genetic. This begs the question of whether or not top execs have dumped their moral values or are simply people following their own self interest and naturally finding their way to massive wealth and power. Though, perhaps the behavior can be learned as the rewards are witnessed.

      Commentedjames durante

      To Mark Pitts: do we still get to make John Bircher logical fallacies? "It's either capitalism or the commies, boys."

      I doubt a genetic predisposition to sociopathology. Most elites run in elite circles all their lives or adapted as they climb the ladder. There are no shortage of classic capitalist texts that proclaim the necessity of dismissing all personal considerations and letting the market and strategic decisions aimed at market dominance to guide ALL thinking. The is the ideological underpinning of the amorality rampant in today's economics and economic policy-making. There is a tax deductible, charitable contribution available to any rich person or corporation who still has some concern for others.

      Anyway, as economics is a subset of politics there are all manner of overarching policy directions that might restore a sense of fair play and public good to what has become a swamp of greed.

      CommentedMark Pitts

      And history shows that "caring" socialist / communist governments are the most murderous of all (Soviet Union, China, Cambodia - murdering many more than the Nazis).

      So, what should we conclude?

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