Thursday, November 27, 2014
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Les Philippines entrent dans la course asiatique

MANILA – Mon père est arrivé en 1980 aux Etats-Unis pour y subir un pontage coronarien, conséquence des difficiles conditions de son emprisonnement infligé par la dictature de Ferdinand Marcos. La dictature lui avait offert un répit, mais, fidèle à elle-même, au gré de ses lubies. Ayant déjà été condamné par un tribunal de pacotille à la peine de mort par balle, mon père avait refusé de hisser le drapeau blanc. « Les Philippins, » insistait-il, « méritent que l’on meurt pour eux. »  

Trois années plus tard, mon père est rentré à la maison, non pour y mourir, mais pour infuser une nouvelle vie aux rangs démoralisés de l’opposition à la dictature. Son assassinat, perpétré dès son arrivée à l’aéroport de Manille, a été la preuve ultime de la sincérité dont il avait fait preuve tout au long de sa vie.

En 1986, mes concitoyens ont pacifiquement défié les tanks de Marcos et donné la preuve de leur foi en eux-mêmes. Marcos s’est enfui, et la démocratie fut restaurée sans effusion de sang.

Ma mère, devenue alors présidente, avait aussi un message très fort: la démocratie, récupérée au prix fort, ne pouvait perdurer que par un engagement sans concession à remettre les institutions en ordre de marche.

En 2009, mes concitoyens sont redescendus dans la rue pour accompagner ma mère jusqu’à sa dernière demeure. Cette expression massive de solidarité s’est ensuite traduite par un effort pour me convaincre de me présenter aux présidentielles en 2010. Par les urnes, mes concitoyens m’ont confié un mandat solennel pour faire de la démocratie le moyen d’éliminer la corruption et de réduire la pauvreté.

Notre administration s’est engagée à faire en sorte que ce pays dans lequel les bons sont souvent relégués à la dernière place, devienne un pays où quiconque se détourne du droit chemin soit puni pour ses crimes. Notre objectif est de donner les moyens aux citoyens d’exiger l’autorité de la loi, quelle que soit la personne au pouvoir. Mes collègues du gouvernement devront faire la preuve de cela par la mise en place de réformes qui encourageront la méritocratie, la transparence et le sens des responsabilités.

Nous avons commencé avec la National Food Authority (NFA,) l’agence gouvernementale responsable d’assurer des réserves de riz suffisantes. De 1972 à 2000, la NFA a accumulé 12,9 milliards de pesos de dettes (290 millions de dollars). Dans l’année qui a suivi l’arrivée au pouvoir de mon prédécesseur, la dette de la NFA a atteint 18 milliards de pesos. Dans les huit années et demi qui ont suivi, son administration a importé plus de riz que nécessaire, entrainant une dette de 177 milliards de pesos au moment de son départ.

Nous démarquant de cette politique absurde d’importation du passé, nous avons concentré nos énergies à améliorer l’irrigation des terres agraires, ce qui a permis d’obtenir d’excellents résultats dès la récolte de saison sèche suivante. Cette année, les importations de riz effectuées par notre gouvernement seront inférieures de 64% à celles de 2010.

Mon père m’a appris que la plus importante des libertés est celle qui vous libère de la faim. Sans sécurité alimentaire, les individus n’ont aucune chance d’accéder à la mobilité sociale. C’est pour cela que nous investissons dans nos concitoyens par un programme de facilité financière appelé Pantawid Pamilya à Tagalog, conçu selon le modèle brésilien de la Bolsa Familia.

Nous apportons aussi une assistance financière aux familles pauvres éligibles, sous réserve que les mères enceintes et les enfants se soumettent à des soins de santé préventifs, et que les enfants fréquentent régulièrement l’école. Ce programme soutient déjà 2,3 millions de familles pauvres, les munissant d’une autre clé vers la mobilité sociale.

Mobiliser les ressources pour ces programmes implique de réduire les programmes dispendieux et d’éliminer la corruption de notre bureaucratie. Une agence traditionnellement gangrénée par les pots-de-vin et la corruption à grande échelle était le ministère des Travaux Publics et des Autoroutes. En mettant en place une politique des marchés publics ouverte, compétitive et transparente, le ministère a économisé 2,5 milliards de pesos sur 3 692 projets d’ordre national dans l’année écoulée. Nous comptons réaliser une économie de 6 à 7 milliards de pesos d’ici la fin de cette année - des fonds qui pourront être imputés à d’autres projets de développement prioritaire.

Pour encourager la transparence fiscale, notre ministère des Finances a créé un site internet appelé « Pera ng Bayan, » ou « L’Argent du Peuple. » Il permet aux citoyens de dénoncer anonymement les fraudes fiscales, trafics, ou escroqueries constatés. Le gouvernement, pour sa part, soumet les responsables politiques à des contrôles de style de vie et mènent des enquêtes approfondies sur leurs situations financières afin de vérifier si leurs biens acquis sont en phase avec leurs revenus déclarés.

Ces campagnes commencent à donner des résultats. Soixante-sept cas d’évasion fiscale et quarante-trois cas de trafics de contrebande, représentant respectivement 26 milliards et 58 milliards de pesos, ont fait l’objet de poursuites contres des groupes et des individus.

Mais ce n’est pas suffisant pour garantir l’efficacité et l’intégrité des finances publiques. Nous devons aussi attirer les investissements étrangers, malgré les difficultés auxquelles sont confrontés l’Europe, les Etats-Unis et le Japon. Notre diplomatie économique a trois objectifs clé : l’un d’eux étant d’assurer plus de marchés pour nos exportations et de développer le tourisme dans notre pays.

Notre diplomatie se concentre aussi sur la protection du bien-être des quelques dix millions de Philippins travaillant à l’étranger. Mais attirer des investissements pour créer des emplois dans le pays et soulager la pauvreté est la meilleure façon de garantir que nos concitoyens ne soient pas dans l’obligation de partir travailler à l’étranger.

Les investissements sont arrivés, mais il en faudrait plus. Notre industrie d’impartition des processus commerciaux est aujourd’hui la seconde plus importante au monde, derrière l’Inde. Elle a rapporté 8,9 milliards de dollars en 2010, et devrait atteindre 11 milliards de dollars en 2011. Les Philippines sont aussi au quatrième rang mondial dans le domaine de la construction navale.

Notre gestion budgétaire saine est désormais largement reconnue : les principales agences de notations remontent régulièrement la note des Philippines depuis notre arrivée au gouvernement il y a un an. Et le Forum Economique Mondial nous a classé en 75ème position dans son dernier rapport sur la compétitivité globale – en hausse de dix places depuis l’année dernière, et le meilleur résultat des Philippines depuis l’entrée de notre pays dans ce classement.

Les Philippines se sont replacés dans la course avec une nouvelle gestion il y a peine un peu plus d’un an. Le pays se porte plutôt bien – et est en bonne voie pour devenir de plus en plus rentable.

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