Tuesday, July 29, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
1

Le choix de Nixon pour l'Iran ?

WASHINGTON, DC - Remettre en ordre les chaises longues sur le pont n'aurait pas suffi à sauver le Titanic. Les discussions à n'en plus finir pendant les négociations au Vietnam n’ont pas aidé davantage dans l'effort visant à mettre un terme à ce conflit diabolique. Néanmoins de nombreux présidents américains ont relancé avec succès les pourparlers avec leurs adversaires, vers de nouvelles manières audacieuses de renforcer la sécurité nationale sans guerre. Une telle hardiesse est maintenant nécessaire dans les négociations du programme nucléaire de l'Iran.

En 1933, Franklin D. Roosevelt était en pourparlers personnels avec le ministre soviétique des Affaires étrangères Maxim Litvinov sur l'ouverture des relations diplomatiques entre les deux pays. Dwight D. Eisenhower a invité Nikita Khrouchtchev aux États-Unis en 1959 pour ouvrir les yeux du premier dirigeant soviétique en visite aux États-Unis. Les entretiens bilatéraux entre les États-Unis et la Chine à Varsovie dans les années 1960 étaient stériles jusqu'à ce que Richard Nixon et le conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger ouvrent un débat sous les auspices du Pakistan.  

Les négociations internationales avec l'Iran sur son programme nucléaire nécessitent également un nouveau concept et un ordre du jour plus large. Le sommet d'Istanbul le mois dernier s'est conclu sur une note positive. Les deux partis ont décidé de trouver une manière d'éviter le modèle de la récrimination mutuelle et des échanges stériles. La voie est maintenant ouverte vers un premier accord sur des objectifs modestes.

Mais il ne faut pas s'attendre à une nouvelle ère sans une certaine forme de discussions directes entre les États-Unis et l'Iran. Les pourparlers avec les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies plus l'Allemagne (P5+1) sont purement protocolaires et inertes. Il est d’ailleurs peu probable qu'ils aboutissent par eux-mêmes à une percée. Les Iraniens se sentent dépassés en nombre par les divers participants aux ordres du jour variables. Les États-Unis doivent remodeler l'environnement pour faciliter le compromis avec l'Iran.

Les États-Unis doivent encourager les entretiens bilatéraux. Une leçon tirée des anciens présidents américains reste la valeur des contacts directs et à haut niveau avec leurs principaux adversaires. Naturellement, il semble absurde d'imaginer maintenant une rencontre en tête à tête entre le Président Barack Obama et l'Ayatollah Ali Khamenei - mais est-ce qu'une rencontre pouvait sembler plus absurde en 1969 que la celle de 1971 entre Nixon et Mao Zedong ? Les États-Unis et l'Iran doivent ouvrir la voie vers de larges discussions bilatérales sur leurs conceptions du monde, sur la sécurité régionale et sur les projets visant à améliorer la compréhension mutuelle pour minimiser les différences.

Même sans pourparlers directs entre les États-Unis et l'Iran aujourd'hui, les négociations actuelles doivent être reformulées. Le P5+1 doit continuer à être en pourparlers avec l'Iran sur son programme d'enrichissement de l'uranium, de même que l'Agence Internationale de l’Énergie Atomique doit être en pourparlers avec l'Iran sur le renforcement de la transparence de son programme nucléaire. Les Iraniens veulent résoudre leurs problèmes directement avec l'AIEA et éviter de négocier sous les auspices des résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui imposent des sanctions à l'Iran pour forcer la suspension de l'enrichissement.

Cette situation suggère une approche par étapes. Premièrement, pendant les pourparlers de Bagdad, le P5+1 pourrait chercher rapidement un accord de renforcement de la confiance par lequel l'Iran cesserait volontairement d'enrichir du contenu d'isotope fissile U-235 à 20% et dissocierait ou expédierait leur réserve de cet uranium, qui se rapproche d'une catégorie d'armement. Il pourrait également chercher un arrêt sur les installations d'enrichissement enfouies à grande profondeur à Fordow, en échange de fourniture de barres de combustible pour le réacteur de recherches scientifiques de l'Iran et un gel sur certaines sanctions.

Deuxièmement, le P5+1 pourrait alors accepter un accord sur un certain enrichissement iranien comme une incitation pour que l'Iran signe un accord parallèle avec l'AIEA sur une plus grande transparence. Ces étapes parallèles remodèleraient le processus pour atteindre un objectif clé pour les États-Unis : s'assurer que l'Iran respecte la propre fatwa (décret religieux) de Khamenei contre les armes nucléaires.

Troisièmement, les deux partis devront décrire les objectifs à long terme des négociations. Alors que l'AIEA presse l'Iran pour des accords sur une plus grande transparence, l'Iran veut savoir où de tels accords peuvent mener, en particulier sur la question des sanctions.

Les Iraniens prétendent que chaque fois qu'ils proposent une avancée vers la coopération avec les États-Unis, un nouveau problème émerge pour bloquer l'amélioration des relations. L'Iran veut savoir quelles sanctions pourraient être retardées, gelées ou levées en échange de concessions actuelles et futures, dans la crainte que les États-Unis ne continuent à imposer des sanctions sur les Droits de l'Homme, sur la sécurité ou sur d'autres fondements.

Les États-Unis, quant à eux, voient l'Iran comme un négociateur fourbe et peu fiable qui s'est engagé dans la fabrication d'armes nucléaires et qui ne prend pas les pourparlers au sérieux. Le temps est venu d'examiner les intentions de l'Iran en parvenant à quelque chose comme des accords en deux étapes décrits ici - un processus à plus long terme et étape par étape avec des actions réciproques, dans lesquelles chaque partie doit faire des concessions pour obtenir ce dont elle a besoin.

Enfin, même avec le progrès étape par étape sur le programme nucléaire de l'Iran, de plus larges discussions sont nécessaires pour traiter les nombreux problèmes non nucléaires qui menacent la stabilité régionale. Il n'y a actuellement aucun débat public pour discuter de l'Afghanistan, de l'Irak, du trafic de drogue, de la sécurité dans le Golfe Persique, des communications d'urgence pour éviter les conflits accidentels, ni des sources de méfiance profonde et de malentendu.

Certaines de ces discussions pourraient impliquer des représentants de pays qui ne font pas une partie du P5+1, y compris les gouvernements qui ont des relations plus étroites avec l'Iran. Pour organiser la discussion sur ces questions plus larges, les États-Unis et d'autres pays doivent explorer la nomination éventuelle d'un délégué spécial - peut-être un ancien chef d'Etat sous les auspices de l'ONU - pour engager l'Iran vers de nouvelles ouvertures.

Si Obama doit prendre la tête de la reformulation du compromis et du processus par lesquels les États-Unis et d'autres pays dialoguent avec l'Iran, les avancées pourraient s'en trouver facilitées. Les entretiens d’Istanbul ont ouvert la voie à une première percée vers un accord. Les États-Unis ont maintenant l'occasion d'établir un nouveau terrain propice à la discussion et de parvenir à une solution politique plus durable.

Traduit de l’anglais par Stéphan Garnier.

William H. Luers a été ambassadeur des États-Unis en Tchécoslovaquie et au Venezuela et président de l'Association des Nations Unies de 1999 à 2009.

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (1)

Please login or register to post a comment

  1. CommentedIvan Azymov

    '..progress would become easier.'

    Progress in what, exactly?  And for whom?

    Iranians are NOT interested in conquest disguised as 'Democracy'.  They are not interested in occupation disguised as 'help'.  And they are not interested in becoming a colony disguised as yet another addition to an 'alliance'.

    The IAEA has not found n iota of weapons-grade material despite numerous inspections to every location deemed suspect. Yet, the U.S. insists Iran is lacking in cooperation.

    Logic dictates the conflict is not about the thinly veiled argument of non-cooperation, but instead, it is about control.

    Iran understands this, and clearly sees past the subterfuge purported by the U.S., and thus maintains itself on guard (and rightly so). Regardless of attempts at reconciliation, if the philosophies on both sides remain the same (a likely possibility), the end solution will also amount to the same: confrontation.

    It is surprising to see the same errors repeated time and again to this day--should the U.S. keep pressing for control in the Middle East, despite the existing differences amongst the arab-speaking countries, said push for dominance may have the opposite effect: unification in order to prevent conquest by a foreign power.

    In the 1960s, an initiative to permanently limit nuclear armament to a few 'select' countries was launched. The initiative was flawed from the beginning, given that Russia was included as a matter of consequence.

    I recall being astonished at the arrogance of such an initiative. Knowledge cannot be systematically and indefinitely supressed--humanity simply does not function in that manner.

    Numerous present (and past) 'world leaders' subscribe to the fallacy of absolute control. They refuse to accept the fact that provided time, discoveries and accomplishments are duplicated--even in isolation. They also purport to respect sovereignty, though their actions speak volumes to the contrary. Unless the U.S. and allied countries accept these facts (and subsequently conduct themselves in a manner which accommodates the actuality and right of sovereign states), the end result will always be conflict. Regrettably, in light of the unchanging pattern, the inevitable escalation may prove to be catastrophic--for all involved.


      CommentedKevin Lim

      You suggest the real issue is control. Arguable. But you then suggest that we should not aim for total control.

      If ever there was an area of knowledge for which total control is required, it is the technology behind building a nuclear weapon.

      Your objections are both philisophical (we must respect state sovereignty) and practical (they are gonna figure it out sooner or later). Your philosophical argument assumes that state sovereignty is inviolate. But international law has never recognised state sovereignty as something so absolute e.g. A state can not hide behind state sovereignty to perpetuate genocide. When it comes to nuclear weapons, the stakes are so large that state sovereignty should not, cannot be a defence. You object to the hypocrisy that some states are permitted such weapons. Granted, but that is a practical concession not a philosophical one. Once a state develops a significant nuclear arsenal, in the ultimate analysis who has the leverage to compel it to relinquish it? So is it hypocritical? Yes, but you are just gonna have to get over it because every new state that possesses such weapons results in creating more flash points and more global instability as power relationships try to reach a new equilibrium.

      As for your practical argument, that is simply countered. The development of nuclear weapons is not something that governments accidentally stumble upon. It is a deliberate choice. And like all deliberate choices it can be influenced. Iran is seeking such weapons because it fears (rightly) that the US is seeking regime change. It is of course not entirely innocent in that affair but thats an argument for another time. With the right incentives e.g. assurances of non-interference, ending of sanctions, and the right disincentives e.g. further sanctions, perhaps it can be convinced that it can reach an accomodation with the West that does not involve having the Bomb. We may already be seeing the beginnings of that accomodation - Khamanei has recently declared possession of such weapons as a "grave sin" a position that it will be hard to back track from, and in Israel policy makers are openly saying that Iran is not seeking the Bomb. A face-saving accomodation can be reached which would allow Iran to have nuclear energy with the assurances that the world needs that it cannot easily turn that technology to warlike ends.

Featured