Friday, October 31, 2014
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Quantifier l’espoir

SEATTLE – La vie des plus pauvres de ce monde a connu plus d’améliorations ces quinze dernières années que jamais auparavant, mais je pense, avec optimisme, que nous pouvons faire encore mieux dans les quinze ans à venir. Après tout, les connaissances humaines se développent sans cesse. Nous le voyons concrètement dans la mise au point, et le coût en baisse, de nouveaux médicaments comme ceux utilisés pour soigner le VIH, et dans la création de nouvelles semences qui permettent aux paysans pauvres d’accroître leur productivité. Une fois que ces outils sont inventés, ils ne sont jamais « désinventés », seulement améliorés.

Les sceptiques diront qu’il est difficile de faire parvenir de nouveaux outils à ceux qui en ont besoin. C’est à ce stade que l’évaluation des performances philanthropiques et gouvernementales fait la différence. Ce processus – définir des objectifs clairs, choisir la bonne approche et ensuite mesurer les résultats pour avoir un retour et ainsi affiner sans cesse l’approche choisie – nous aide à fournir les outils et les services à tous ceux qui peuvent en bénéficier.

Les innovations permettant de résorber le goulet d’étranglement au niveau de la mise à disposition des outils et services sont essentielles. Tout comme le destin de la machine à vapeur autrefois, le progrès n’est pas « condamné à être rare et erratique ». En fait, nous pouvons le généraliser.

Bien que je sois d’un naturel optimiste, je vois clairement les problèmes auxquels nous sommes confrontés, et les défis à relever, pour accélérer le progrès dans les quinze prochaines années. Les deux qui me préoccupent le plus sont, d’une part, la possibilité que nous ne puissions recueillir les fonds suffisants pour les projets de santé et de développement, et de l’autre, que nous échouions à nous aligner sur des objectifs clairs pour venir en aide aux plus démunis.

La bonne nouvelle est que plusieurs pays en développement connaissent une forte croissance économique qui leur permet de consacrer plus de ressources aux programmes d’aide pour les pauvres. L’Inde, par exemple, devient moins dépendante de l’aide étrangère et tôt ou tard, n’en aura plus besoin.

Certains pays, comme le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, la Corée du Sud et l’Australie, augmentent leur budget consacré à l’aide extérieure ; d’autres, pourtant des donateurs traditionnellement généreux, comme le Japon et les Pays-Bas, ont réduit le leur. La tendance de plusieurs autres pays, dont les Etats-Unis, la France, l’Allemagne et le Canada, n’est pas claire.

Et pourtant, l’aide est cruciale. Elle permet aux populations des pays les plus pauvres de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Elle finance l’innovation dans la création de nouveaux outils et services, et leur mise en œuvre. Malheureusement, les budgets alloués à l’aide extérieure sont menacés par les restrictions budgétaires dans presque tous les pays avancés. A moins que les citoyens soient informés des effets positifs de leur générosité, ils se consacreront inévitablement à des questions qui leur sont plus proches.

Une seule histoire, vraie ou fausse, sur la mauvaise utilisation des fonds de l’aide extérieure suffit à assombrir tout le tableau. Comment envisageriez-vous un investissement si chaque article que vous lisez ne parle que des actions dont les cours sont à la baisse, sans jamais parler de celles qui rapportent des dividendes conséquents ?

Habituellement, l’aide extérieure a surtout été discutée en termes des sommes investies. Mais comme nous mesurons plus précisément aujourd’hui des indicateurs comme la mortalité infantile, il est possible de voir en termes plus crus les effets de l’aide – la différence qu’elle fait par exemple entre donner aux malades un accès au traitement contre le VIH plutôt que de les laisser mourir. Présentée ainsi, l’aide a de meilleures chances d’être prioritaire.

Mais la communauté internationale saura-t-elle s’aligner sur des objectifs précis au cours des quinze prochaines années ? Les Nations unies ont commencé à définir une nouvelle série d’objectifs pour l’après 2015, date à laquelle les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) arriveront à échéance.  Comme cela a été le cas avec les OMD, les nouveaux objectifs pourraient contribuer à aligner les groupes impliqués dans le travail humanitaire, à rappeler aux électeurs que ce travail est rendu possible par leur générosité  et à nous faire voir que nous progressons dans les solutions apportées aux problèmes des plus pauvres.

Le succès des OMD nous dit qu’il est absolument nécessaire de les élargir pour inclure un éventail plus large de questions. Mais plusieurs des nouveaux objectifs potentiels ne sont pas unanimement soutenus et ajouter un nombre trop important d’objectifs nouveaux – ou des objectifs qui ne sont aisément quantifiables – pourrait briser l’élan actuel.

Les OMD étaient cohérents parce qu’ils visaient essentiellement à venir en aide aux plus pauvres de ce monde. Il était facile de cibler les groupes qui devaient coopérer pour atteindre ces objectifs et qui pouvaient être tenus pour responsables de la coopération et des progrès accomplis. Lorsque les Nations unies parviendront à un accord sur d’autres objectifs importants, comme l’atténuation du changement climatique, il leur sera nécessaire d’évaluer si un groupe différent d’acteurs et un processus séparé sont préférables pour faire aboutir ces efforts.

Les progrès enregistrés par la communauté internationale pour venir en aide aux plus démunis ces quinze dernières années sont l’histoire d’une réussite qui s’accomplit une vie à la fois et qui n’a donc pas la même visibilité qu’un revers majeur, comme l’éruption d’une nouvelle épidémie. Il est judicieux, de temps en temps, de prendre du recul et de se réjouir des réalisations rendues possibles par des objectifs adéquats, la volonté politique nécessaire, la générosité de l’aide et les innovations apportées aux outils et à leur mise en oeuvre. Prendre ce recul et évaluer les progrès à contribuer à approfondir mon engagement envers ce travail.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. Commentedgeorge sos

    the setback is the epidemic?...right.....blind to the facts .If the 1% wanted to stop poverty on earth ,all they had to do is redistribute wealth ,equally with all.But with the excuse that people are not ready to manage their lives,you will endlesly earn,on the account of the poor.stealing resources,"buying" ,investing in water reserves,or minerals,is the way to go people!!mine the earth till you get rid of all the dirt...then ,start living your lives on a planet that is no more a planet .....what are we talking about?hope for 15 years down the line ,when people around the world will be already dead from hunfer?already dead from war ts that the US and other big powers cause in order to steal some more resources ,and secure them.....or just to sell some more weapons,to fight unemployment back home.....
    spare us the philosip[hical conquest...you are rich,you want to keep what you got and you dont give a shit about the poor.Lets play now charity....

  2. CommentedKathy Holland

    All we have done is shift the poor from one country to another. Innovation and measurement of the opportunities that lift greater numbers of lives up will lead to prosperity. Democratizing the tax code, charitable giving, etc. so there is greater economic participation with the intent to correct, adjust the laws in support of enterprise and each nation's citizenry. All inclusive information data needs to be massaged to answer the critical questions no one appears to be willing to ask.....well I am willing.

  3. CommentedFemi Awoyinfa

    Certainly some remarkable progress has been made in the last fifteen years, especially in relation to the world's poor across some indicators. The next fifteen years are critical and success will rely heavily on the crafting of new MDG goals and political will both in the north and south as Gates has suggested.

  4. CommentedLeo Arouet

    Es muy difícil mantener esa esperanza cuando se coloca en una balanza la realidad de la voluntad política y el deteriorio acuciante de la situación de los más desfavorecidos...

  5. Commentedsk khalid ali

    good article overall..vission is clear to help poor worldwide..i think the axis of all evil usa-israil & their role in conspiracy in world politics should be check by un to calm world..& will help people to do their work normally...people will live peacefully..economy will bounce back

  6. CommentedEdward Ponderer

    These are beautiful sentiments, only Murphy's law tends to outrank such beautiful sentiments. For example, see here on the problems with Mr. Gates push for an end to Polio:

    http://www.nytimes.com/2011/02/01/health/01polio.html?ref=world&_r=0

    It is going to take a lot more than the teamwork smarts of individuals to take on Murphy. Its going to take a singular global Humanity, with mutual concern and responsibility matching the economic and cultural interdependence rapidly evolving from globalization.

    Try completely getting rid of the dandelions on your front lawn without the concern of everyone to protect their neighbors front lawn with equal ferocity.

  7. CommentedGodfrey Barborous

    This "goal-oriented" approach only serves the interests of corporations and governments.

    Give it up Gates -- and I don't mean all your money.

  8. CommentedFrank O'Callaghan

    Gates is right that we can make a better world. He is also right that innovation is a major motor of this. He does not mention the great issue of inequality. Reducing that will be the other great motor.

  9. CommentedZsolt Hermann

    Even if we share Mr. Gates's optimism based on the present, the future does not look so optimistic.
    The global crisis, the disappearing middle class, growing unemployment is creating a new generation of "poor" people, and youth without future prospects.
    The main problem is humanity's stubborn persistence of pushing on with a socio-economic system that is unsustainable.
    Very soon even today's generous donors will stop giving as they will have nothing to give from.
    Gazing optimistically beyond the horizon without knowing where we stand, and who we are only yields disappointment.
    Instead we should be looking down the ground, ahead of our feet and try to build a new, natural and thus sustainable global human system, adapted to today's global, interconnected world, one in which mutual responsibility, truly global cooperation and consideration will make today's charity projects obsolete.

  10. CommentedJ St. Clair

    trade is monetary...life's journey require money....of which is not that easy to obtain...therefore.....the "advantages" of life are questionable...

  11. CommentedJ St. Clair

    when framed this way....we can frame it this way too.....the market of making drugs..needs a market of takers of drugs....what would a market of making drugs do...without a market of takers of drugs......who is the greater of benefitors...is it about life...or is it about trade...

  12. CommentedAyse Tezcan

    I, too, am an optimist that things are moving in the right direction. Thanks to information dissemination, people in the developed world have an access to information about where their aid monies go. Consequently, the recipients are being required to be more accountable, which may eventually help reducing corruption in the recipient countries and mediator organizations.
    I also believe that advancements in technologies such use of smart phones in delivering health care will expedite reaching these MDGs sooner than expected as well as measuring the process and outcomes more accurately than ever before. The important challenge is now identify the communities' assets to remedy these needs for sustainable progress and prioritizing the delivery for optimum impact. On the process end, I am still cautiously watching the great fraction in social enterprise whether this many small organizations has any utility, or they are redundant and/or impede progress.

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