Saturday, November 1, 2014
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Les Dernières nouveautés en économie

La Grande dépression propulsa John Maynard Keynes sur le devant de la scène de la pensée économique. Selon Keynes, l'investissement privé est par nature instable du fait des modes et des engouements passagers chez les investisseurs, du fait des changements dans « l'esprit animal » des hommes d'affaire ou encore parce que la chute des prix bouleverse le système économique.

Les keynésiens croyaient que les politiques monétaires prudentes (les banques centrales relevant ou baissant les taux d'intérêt pour diminuer les fluctuations de l'investissement privé) pouvaient participer à la stabilisation de l'économie. Mais ils croyaient aussi que le gouvernement devait accepter de s'impliquer directement, avec des politiques fiscales généreuses, pour maintenir le niveau général des dépenses dans une économie stable. Une telle politique, pensaient-ils, bannirait à jamais le spectre du chômage de masse à grande échelle, comme cela fut le cas durant la Grande dépression. De plus, elle pouvait aussi éventuellement garantir le plein emploi de manière efficace.

Ils prévoyaient que le quasi plein emploi ferait monter la menace de l'inflation. Après tout, pourquoi les ouvriers et les syndicats devraient-ils modérer leurs exigences salariales si les gouvernements soutiennent les dépenses à chaque fois que la menace du chômage gronde ? Une restriction importante des exigences pour des salaires élevés (la peur d'être licencié quand le chômage s'élèvera) avait ainsi sauté. Qu'est-ce qui pouvait la remplacer ?

Pour la première génération d'après-guerre, la réponse prédominante tenait que la social-démocratie corporatiste la remplacerait. Les syndicats se pliaient aux exigences du gouvernement pour modérer leurs propres exigences en matière d'augmentation de salaire et les gouvernements se plieraient aux exigences des syndicats en matière de dépenses publiques et de prestations sociales.

La pensée keynésienne nous assure que jamais la Grande dépression ne peut se produire à nouveau. Pourtant sa solution au problème de l'inflation rampante ne tenait pas la route et s'est complètement effondrée dans les années 1970. À la suite de la première crise inflationniste des années 1970 dans les principaux pays industrialisés, la pensée économique prédominante dans ces pays s'est tournée vers des voies « semi-monétaristes ».

La victoire de Milton Friedman n'a jamais été aussi complète que le fut celle des keynésiens. Cependant, au milieu des années 1980, les politiciens du monde entier s'accordaient sur les points suivants :

Les banques centrales doivent s'engager de manière crédible sur la stabilité des prix à long terme.

Les banques centrales doivent accepter que le taux moyen de chômage soit déterminé non pas par des facteurs « cycliques » mais par des facteurs structurels qu'elles ne doivent pas essayer de résoudre.

Annoncer et tenter de maintenir un objectif de croissance monétaire est un moyen facile pour la banque centrale de communiquer ses intentions principales, de gagner en crédibilité et de donner aux personnes extérieures un moyen de vérifier si des politiques saines sont bien suivies.

Le monétarisme n'était que l'image renversée du keynésianisme. Il semblait garantir que l'inflation des années 1970 ne pourrait jamais se reproduire. Mais il n'offrait aucune solution au problème du chômage structurel qui apparut en Europe occidentale. Ces quinze dernières années ont démontré que le monétarisme est mal équipé pour gérer les défis de la chute des prix dans le contexte d'entreprises et de banques fortement endettées tout comme la solution keynésienne n'était pas faite pour gérer les défis de l'inflation.

Dans les années 1970 et 1980, certains, dont moi-même, mettaient la faillite des systèmes sociaux-démocrates à contrôler l'inflation sur le compte de mauvaises décisions. Les politiciens n'avaient pas compris que l'augmentation des prestations sociales était le prix à payer inévitablement pour la réduction des salaires, tandis que les leaders syndicaux n'avaient pas compris que si la social-démocratie corporatiste ne limitait pas l'inflation, le pouvoir politique passerait à droite et la hausse du chômage serait utilisée pour la limiter.

Aujourd'hui, on met encore sur le compte d'autres mauvaises décisions les conditions économiques alarmantes actuelles au coeur du monde industrialisé (plus d'une décennie de stagnation au Japon, accompagnée de déflation, déflation aussi présente en Allemagne, accompagnée de récession). Les banques centrales européenne et japonaise n'ont pas baissé leurs taux d'intérêt suffisamment ni suffisamment tôt : les régulateurs du secteur bancaires se sont détournés des sautes d'humeur des prêts spéculatifs et les politiciens ont refusé d'étendre suffisamment les politiques fiscales.

Mais les politiciens et les gouverneurs des banques centrales ne peuvent pas être toujours considérés comme capables de prendre les bonnes décisions. Les bonnes politiques doivent être conçues pour fonctionner malgré le manque de vision et de bons conseils des leaders. L'inflation des années 70 n'était qu'un échec normal des économies politiques keynésiennes. La déflation qui menace le Japon, l'Europe et peut-être même les États-Unis d'une longue période d'irréconciliation entre la production potentielle et la production réelle est un échec normal de l'orthodoxie semi-monétariste qui a dominé les politiques macroéconomiques au coeur du monde industrialisé depuis le début des années 1980.

Nous tournons en rond. Sans pour autant former un cercle : aucun gouvernement ne permettrait la répétition de l'effondrement des liquidités tel qu'il se produisit dans les années 1930 ou la faillite des banques et des entreprises sur une échelle propre à mettre la totalité du système économique en danger. C'est une spirale montante. Les problèmes macroéconomiques du monde sont réels mais ne mèneront pas à une autre Grande dépression, en grande partie parce que les politiciens se souviennent de cette première Grande dépression.

Il nous faut une nouvelle révolution des politiques économiques à la mode keynésienne et semi-monétariste, une révolution qui ne perdra pas (totalement) de vue les réussites des révolutions précédentes mais éliminera leurs défauts intrinsèques.

D'où pourrait bien venir cette révolution ? Peut-être bien de Ben Bernanke, le nouveau gouverneur de la Réserve Fédérale, dont la longue carrière s'est toujours préoccupée du prix des actifs, du rôle de l'antisélection sur le marché du crédit et du besoin qu'ont les banques centrales en situation difficile de ne pas se limiter aux opérations courantes à court terme sur les marchés ouverts. Il croit fermement que les banques devraient essayer de paver le chemin des investissements à long terme en action. Bernankéisme avez-vous dit?

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