Wednesday, April 23, 2014
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Les Gagnants (Relatifs) de la Nouvelle Economie Mondiale

CAMBRIDGE - L'économie mondiale fait face à une incertitude considérable à court terme. La zone euro parviendra-t-elle à régler ses problèmes et éviter l’effondrement ? Les Etats-Unis pourront-ils retrouver le chemin d’une croissance renouvelée? Est-ce que la Chine trouvera un moyen d’infléchir le ralentissement économique qui s’est emparé d’elle ?

Les réponses à ces questions détermineront l’évolution de l'économie mondiale au cours des prochaines années. Mais, quelle que soit la façon dont ces défis immédiats sont résolus, il est clair que l'économie mondiale est entrée dans une nouvelle phase également difficile à plus long terme – une phase qui sera nettement moins favorable à la croissance économique que potentiellement toute autre période depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Indépendamment de la manière dont ils gèrent leurs difficultés actuelles, l'Europe et l'Amérique s’en sortiront avec une dette élevée, un taux de croissance faible et des contentieux de politique intérieure. Même dans le meilleur des cas, si l'euro reste intact, l'Europe restera embourbée dans la lourde tâche de reconstruire son union effilochée. Et, aux États-Unis, la polarisation idéologique entre démocrates et républicains continuera à paralyser la politique économique.

En effet, dans pratiquement toutes les économies avancées, des niveaux élevés d'inégalité, des pressions sur la classe moyenne et un vieillissement des populations alimenteront de nombreux conflits politiques, dans un contexte de chômage élevé et de ressources fiscales limitées. Ces vieilles démocraties tendront alors à se replier de plus en plus sur elles-mêmes ; elles deviendront des partenaires moins utiles au niveau international - moins disposés à soutenir le système commercial multilatéral et davantage enclins à répondre de façon unilatérale à des politiques économiques d’un autre pays qu'ils percevraient comme préjudiciables à leurs intérêts.

Pendant ce temps, les grands marchés émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil sont peu susceptibles de combler le vide, car ils restent déterminés à protéger leur souveraineté nationale et leur marge de manœuvre. En conséquence, les possibilités de coopération mondiale sur les questions économiques et d'autres s’amenuiseront encore un peu plus.

C'est le genre d'environnement global qui diminue le potentiel de croissance de chaque pays. Le pari sûr, c'est que nous ne retrouverons jamais une croissance telle que le monde – et en particulier les pays en développement - a connu au cours des deux décennies qui ont précédé la crise financière. Il s’agit d’un environnement qui va produire de profondes disparités dans les performances économiques à travers le monde. Certains pays seront beaucoup plus affectés que d'autres.

Ceux qui s’en sortiront relativement mieux partageront trois caractéristiques. Tout d'abord, ils ne seront pas alourdis par des niveaux élevés de dette publique. Deuxièmement, ils ne dépendront pas excessivement de l'économie mondiale et leur moteur de croissance économique sera interne plutôt qu'externe. Enfin, ils seront des démocraties solides.

Une dette publique modérée est importante, parce que des niveaux d'endettement qui atteignent 80-90% du PIB deviennent un frein sérieux à la croissance économique. Ils immobilisent la politique budgétaire, entraîner de graves distorsions dans le système financier, déclenchent des combats politiques en matière de fiscalité et incitent de coûteux conflits de répartition. Les gouvernements préoccupés par la réduction de la dette sont peu susceptibles de réaliser les investissements nécessaires pour encourager des changements structurels à long terme. À quelques exceptions près (comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande), la grande majorité des économies avancées du monde entrent ou entreront bientôt dans cette catégorie.

De nombreuses économies émergentes, comme le Brésil et la Turquie, ont réussi à freiner la croissance de la dette publique cette fois-ci. Cependant, ils n'ont pas empêché une frénésie d'emprunt dans leurs secteurs privés. Dès lors que les dettes privées peuvent se transformer en dette publique, la faible dette du gouvernement pourrait en fait représenter un coussin plus limité que ce que ces pays n’imaginent.

Les pays qui dépendent de manière excessive des marchés mondiaux et de la finance mondiale pour alimenter leur croissance économique se retrouveront également dans une situation désavantageuse. Une économie mondiale fragile ne sera guère favorable aux grands emprunteurs nets étrangers (ni aux grands prêteurs nets étrangers). Les pays présentant de larges déficits du compte courant (comme la Turquie) resteront l'otage des caprices des sentiments de marché. Ceux qui disposent d'importants excédents (comme la Chine) seront sous la pression croissante - y compris la menace de représailles - de contenir leurs politiques « mercantilistes ».

Une croissance tirée par la demande intérieure sera une stratégie plus fiable qu’une croissance basée sur les exportations. Cela signifie que les pays disposant d’un grand marché intérieur et d’une classe moyenne prospère auront un avantage important.

Enfin, les démocraties s’en sortiront mieux parce qu'elles disposent des mécanismes institutionnalisés de gestion des conflits que les régimes autoritaires n'ont pas. Des démocraties telles que l'Inde peuvent parfois sembler se déplacer trop lentement et être sujettes à la paralysie. Mais elles fournissent les arènes de consultation, de coopération et de va-et-vient entre des groupes sociaux opposés, qui sont essentielles en période de turbulences et de chocs.

En l'absence de telles institutions, les conflits de répartition peuvent facilement dégénérer en manifestations, émeutes et troubles civils. C'est à ce niveau que l'Inde et l'Afrique du Sud démocratiques ont un avantage sur la Chine ou la Russie. Les pays qui sont tombés sous le contrôle de dirigeants autocratiques - par exemple, l'Argentine et la Turquie - sont également de plus en plus dans une situation désavantageuse.

Un indicateur important de l'ampleur des défis de la nouvelle économie mondiale est le fait que tellement peu de pays satisfont l’ensemble de ces trois exigences. En effet, plusieurs des histoires de succès économiques les plus spectaculaires de notre temps - la Chine en particulier - ne parviennent pas à répondre à plus d'un d’entre eux. Ce sera un moment difficile pour tous. Mais certains - entendez le Brésil, l'Inde et la Corée du Sud - seront dans une meilleure position que le reste.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

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  1. CommentedZsolt Hermann

    I think the key to the question the article tries to answer is in the understanding what a global, interdependent world means.
    Can we talk about individual nations, countries succeeding, or losing independently from others in an integral, interdependent system?
    Today we exist in such a tightly interlocked network that our fate is totally tied together.
    The three characteristics mentioned in the article do not work in this system.
    Due to the excessive overproduction/over consumption economic, that fully relies on credit, everybody, individuals and nations alike are already in debt or are heading that way.
    Our finances, economies and other human institutions are so much interdependent, globalization is so deep that there is no country that would not be dependent on world economy, nobody is capable of being independent, sustaining itself today.
    Regarding "democracies" we also learn that western style democracy is also basically serving a small dominant minority, probably in a less obvious way than other governing structures, but still causing the same or even bigger social inequality than other structures inevitably leading to tensions, breaking points within society.
    As many times mentioned these days, we are all sitting on the same boat. Either we all figure out what caused this global crisis and how we all need to change, working together, each element supporting the others and the whole system corresponding to the laws of integral systems, or we are all going to sink deeper into crisis until the intolerable suffering will force us to start changing ourselves.

  2. CommentedMoctar Aboubacar

    This point looks like it could use a little more support. What specifically about recent changes in the global economy makes democracy a critical factor in determining which countries will do relatively better down the road?

    Are distributive conflicts that much more intense? And if so, are democratic processes currently showing good results in curbing these conflicts and civil disorder?

    Are the spaces of discussion that strong democracies provide crucial... in overcoming turbulence and shocks?

    I have a hard time seeing on one hand, countries with democratic traditions using them to overcome the current financial crisis, and also, that same space managing to play a crucial role in recovery from crises. In the South Korean case it seems that the rapid recovery from crisis 15 years ago was done in large part at the expense of principles of consultation and cooperation. I wish nothing more than to be convinced.

  3. CommentedPaul A. Myers

    I disagree with the "three characteristics" hypothesis. Rather the relative winners tomorrow will be those countries that are able to borrow today publicly and privately to fund infrastructure and social investments in tomorrow's international comparative advantages for their countries. These countries will come out of this slow growth period with tremendously strengthened international trade advantages that can power strong domestic growth.

    Today is a time when shrewd countries will place down large investments on tomorrow's opportunities.

    Which countries "see" their opportunities and how they invest in them will be fascinating to watch.

    Yes, countries mired down in high levels of public consumption will wallow around and fall behind. One can guess who they will be. But who will win? Much harder to discern.

    1. CommentedDaniel Samsic

      Interesting point, I totally agree with Mr. Myers:

      'Today is a time when shrewd countries will place down large investments on tomorrow's opportunities.
      Which countries "see" their opportunities and how they invest in them will be fascinating to watch.'

      By risking a lot of boo-ing from the P-S audience because all the economists have learned in the university the principle of the "big bang for the buck" NOW, not tomorrow or next generation, by contrary, a "sustainable development" (sorry to use this cliché hated by the economists) is based on another principle: "a half buck for the bang now and a half buck tomorrow or next generation".

      The good news is that addressing the long-term "sustainable" problems would actually help to solve the short-term economic problems.
      Indeed... 'Which countries "see" their opportunities and how they invest in them will be fascinating to watch'.
      See:
      http://world-at-a-crossroads.blogspot.ca/

      Thanks.
      ds

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