Monday, November 24, 2014
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Le mythe de l’Ownership Society

“ Non ”. C’est la réponse de Tony Snow, ancien journaliste de Fox News qui vient d’être nommé attaché de presse de George W. Bush, interrogé récemment sur son épargne retraite : “ Pour tout vous dire, j’étais tellement abruti que je n’ai même pas ouvert de 401(k). Donc pas de pension de la Fox. La seule retraite des médias dont je bénéficierai est celle de l’AFTRA ”.

Un 401(k) est un compte bénéficiant d’un statut fiscal très favorable, sur lequel les employés peuvent épargner pour leur retraite. Généralement, l’employeur – c’est le cas de Fox News – contribue au même niveau que l’employé. C’est donc une offre irrésistible. Et pourtant, Tony Snow n’en a pas profité. C’est le syndicat auquel il a été obligé d’adhérer, l’ American Federation of Television and Radio Artists , qui constitue des réserves pour sa retraite.

Il me semble qu’il y a là d’importantes leçons à retenir. Dans la mesure où le gouvernement Bush a une philosophie cohérente en politique intérieure, c’est celle de l’ Ownership Society (une société où chacun est partie prenante), qui préconise que les institutions intermédiaires, gouvernements, syndicats ou services des prestations dans les entreprises, devraient cesser de fournir une assurance sociale. Les individus devraient assurer eux-mêmes leur sécurité financière en prévision de la retraite ou d’une maladie grave. Selon cette théorie, si l’on incite les individus à se soucier de leur avenir, ils le feront.

A son nouveau poste, Tony Snow va devoir prendre la parole dans la salle de réunion de la Maison blanche pour défendre les différentes propositions du Président Bush dans ce domaine. Il devra vanter les mérites des Health Security Accounts , et soutenir que les Américains continueront de consulter pour des soins préventifs, même si leur assurance HSA ne couvre pas ces frais. Il devra faire l’éloge de la privatisation de la Sécurité sociale, et soutenir que les Américains investiront avec prudence et sagesse cette tranche initiale de leurs ressources pour la retraite. Il devra dire du bien du déclin des syndicats et de la suppression des prestations sociales dans les entreprises, et soutenir que les Américains sauront prendre de meilleures décisions que les experts ou les services spécialisés.

Dans l’assistance, les journalistes le regarderont, se souviendront qu’il a dit “ non ” à une opération financière extrêmement avantageuse, parce qu’il était trop “ abruti ”, et ils en concluront en toute légitimité qu’on ne peut guère accorder de crédit à ses propos.

La question n’est pas simple pour autant. Beaucoup d’Américains n’ouvrent pas de compte 401(k), malgré des incitations considérables. D’autres ouvrent un compte 401(k) mais l’utilisent mal : ainsi, les employés d’Enron, qui avaient investi la plus grande partie de leur capital 401(k) dans des actions de la société, ont perdu à la fois leur emploi et leur épargne retraite. On connaît aussi des exemples de fonds de pension gérés par des syndicats fortement corrompus, comme Teamsters, dont la direction a détourné de l’argent pendant des années.

Enfin, il y existe des politiciens comme George W. Bush, qui a adopté un programme gouvernemental promettant des aides aux personnes âgées pour l’achat de médicaments, et des bénéfices gigantesques aux compagnies pharmaceutiques. Le gouvernement Bush fait l’éloge de la responsabilité individuelle, mais ne prend aucune disposition pour réunir les ressources nécessaires pour financer ses promesses.

En bref, il y a des défaillances psychologiques et morales à tous les niveaux : individus, entreprises, syndicats, assureurs et gouvernements. Et certains problèmes organisationnels compliquent encore la réforme des programmes de protection sociale. Enfin, les Etats-Unis sont confrontés au risque de corruption, illégale pour le détournement des retraites de Teamsters, légale pour le financement des campagnes électorales de membres du Congrès complaisants par le lobby pharmaceutique.

Ces difficultés ne sont pas l’apanage des Etats-Unis ; elles sont inhérentes à la question de la privatisation de la protection sociale. Face à ce nœud gordien des politiques publiques, nous devrions retenir au moins une chose de l’exemple de Tony Snow : le projet d’ Ownership Society n’est tout simplement pas vraisemblable. Sinon, le nouvel attaché de presse du Président Bush ne se qualifierait pas lui-même d’“ abruti ”.

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