Tuesday, September 16, 2014
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Les mauvais indicateurs de la richesse mondiale

CAMBRIDGE – Malgré les nombreux succès enregistrés dans l’instauration d’une économie mondiale plus stable et plus intégrée, le nouveau rapport du Groupe de haut niveau du secrétaire général des Nations unies sur la viabilité mondiale& –& «& Pour l’avenir des hommes et de la planète& : choisir la résilience& » –& reconnaît l’échec, l’incapacité même, de l’ordre mondial actuel à mettre en œuvre les changements radicaux nécessaires à une vraie «& durabilité& ».

Le rapport du Groupe présente son idéal «& d’une planète viable, d’une société juste et d’une économie en expansion& », ainsi que 56 recommandations politiques pour atteindre ces objectifs. Il s’agit sans doute de l’appel international le plus éminent à ce jour en faveur d’une refonte draconienne de l’économie mondiale.

Mais malgré la richesse de son contenu, ce rapport manque singulièrement de solutions concrètes et pratiques. Sa recommandation à court terme la plus intéressante – le remplacement des indicateurs actuels du développement (PIB et autres variantes du même ordre) par des mesures plus détaillées et inclusives de la richesse – semble presque avoir été ajoutée après coup. Sans une action internationale rapide et décisive pour donner la priorité à la durabilité par rapport au statu quo, ce rapport risque de connaître le même sort que son prédécesseur de 1987, le novateur rapport Brundtland, qui avait le premier avancé le concept de développement durable, également appelé à un changement de modèle économique, pour être ensuite oublié.

«& Pour l’avenir des hommes et de la planète – choisir la résilience& » débute en paraphrasant Charles Dickens& : «& Aujourd’hui, notre monde et notre planète vivent le meilleur et le pire moment de leur histoire& ». Dans l’ensemble, l’humanité connaît une prospérité sans précédent& ; des progrès significatifs ont été faits pour réduire la pauvreté dans le monde& ; et les avancées technologiques ont révolutionné nos modes de vie, permis d’éliminer certaines maladies et transformé les communications.

D’un autre côté, des inégalités importantes persistent, ou se creusent dans plusieurs pays. Les stratégies politiques et économiques à court terme favorisent le consumérisme et l’endettement qui, couplés à la croissance de la population mondiale – qui devrait s’élever à 9 milliards à l’horizon 2040 – soumettent l’environnement à un «& stress inouï& ». «& D’ici à 2030& », note le rapport, «& les besoins alimentaires augmenteront de près de 50 pour cent, ceux en énergie de 45 pour cent et ceux en eau de 30 pour cent, en une période où les contraintes du milieu naturel réduisent de plus en plus l’offre& ». Malgré les progrès considérables des 25 dernières années, le monde n’a pas su préserver ses ressources et les écosystèmes de la planète, ni de manière générale assurer sa viabilité à long terme.

Un rapport bureaucratique, aussi percutant soit-il, peut-il induire le changement nécessaire& ? Le monde entendra-t-il mieux l’appel du Groupe à «& transformer l’économie mondiale& » que l’appel du rapport Brundtland en 1987& ? En fait, une action véritable ne peut sans doute que naître de la crise. Comme le souligne le Groupe, il n’a jamais été aussi évident qu’aujourd’hui que nous avons besoin d’un changement de modèle pour réaliser un développement mondial réellement durable.

Mais qui sera chargé de coordonner les recherches internationales en vue d’encourager ce changement de modèle et qui garantira que les conclusions scientifiques se traduiront par des processus politiques sérieux& ?

Un effort de recherche important, à la fois international et interdisciplinaire, doit tout d’abord être entrepris pour aborder ces questions de manière approfondie. La recommandation du groupe de lancer un «& ambitieux projet scientifique& » va donc dans le bons sens. Mais l’établir prendra du temps et l’enjeu est de soumettre le plus rapidement possible les données scientifiques utiles aux décideurs politiques.

Le rapport 2010 de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, née d'une proposition du président français Nicolas Sarkozy, s’est fait l’écho du consensus qui prévaut actuellement au sein des spécialistes en sciences sociales sur l’erreur qui consiste à mal évaluer nos vies en utilisant le PIB par habitant comme point de référence du progrès.

Le Programme international sur les dimensions humaines des modifications globales de l'environnement, de l’Université des Nations Unies (UNU-IHDP) cherche déjà à définir ces nouveaux indicateurs pour son «& rapport inclusif sur la richesse& » (Inclusive Wealth Report – IWR) qui propose une approche unifiée sur la durabilité, basée sur le capital environnemental, manufacturier, humain et social. L’UNU-IHDP a développé l’IWR avec le soutien du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) pour offrir une analyse détaillée des différents éléments de la richesse par pays, leurs liens au développement économique et au bien-être humain, et des politiques basées sur la gestion sociale de ces richesses.

Le premier IWR, qui porte sur vingt pays dans le monde, sera officiellement présenté lors de la conférence «& Rio+20& » qui se tiendra à Rio de Janeiro en juin prochain. Les conclusions préliminaires ont été présentées fin mars à Londres à l’occasion de la conférence «& Planète sous pression& ».

L’IWR représente une première étape cruciale pour transformer le modèle économique mondial, en garantissant que nous disposons des informations adéquates pour évaluer le développement économique et le bien-être – et pour réévaluer nos besoins et nos objectifs. Bien qu’il n’ait pas pour vocation d’être un indicateur universel de la durabilité, il offre un cadre pour le dialogue entre les nombreux acteurs des dimensions environnementales, sociales et économiques.

La situation est critique/cruciale& ?? Comme le souligne «& Pour l’avenir des hommes et de la planète& : choisir la résilience& », il n’est plus possible de «& se contenter de demi-mesures – une mise en garde de/ pour ceux qui comptent sur les énergies renouvelables et l’économie verte pour résoudre nos problèmes. Le Groupe a relancé l’appel en faveur d’un changement radical du système économique mondial. L’enjeu est cette fois-ci de traduire les paroles en action.

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  1. CommentedJonathan Lam

    Gamesmith94134: The Middle Class Goes Global

    MEDDLE IN CLASSES

    Mirror, mirror on the wall; who is the Fairest of all?
    Desire, vision, revolution gives the mirror to his call.
    Economy, sovereignty compares in shapes when he howls.
    Prosperity, Democracy shifts where middle-class flights like fowls;
    Developed, emerging market, eye-leveled shelf Aphrodite loaded.
    Future reveals travesty blurred his eyes, heart-fell surrealism loathed.
    Equitable, reserves bounces, nothing shows on the crystal ball.
    Strife to middle-class, he cries. How do I look like the one on the wall?

    May the Buddha bless you?

  2. CommentedJonathan Lam

    Gamesmith94134: Dr. Doom Warns Wall Street and Washington---- Heed Karl Marx's Warning!


    Mr. Gert van Vugt,

    You make the best description on the theory on the economical growth Paradigm that the economic change seems like Malthusian’s diminishing return, and I agree. However, Mr. Roubini makes his point on the social disruption reverse itself through the diminishing demand. If we can put away the elements like the Ponzi scheme and benefactors in social caused deficiency or defects to growth. Corruption by capitalism and the dependency by socialism among societies both caused failure in the economical and societal development.

    Perhaps, we focus on the circuitry on the accumulation of wealth and consumable wealth that runs the economy. It seems both the capitalism and socialism ran short and proven wrong in the economical model or social model that became self-destructive; eventually, the economy runs from diminishing demand to diminishing return, or vice versa. So, if we use the living standard as the equilibrium position to the supply line of the circuitry of wealth balanced by both of the diminishing return and diminishing demand.

    How about I call my paradigm on the wealth circuitry in economical and social growth that supports and balances both accumulated wealth and consumable wealth; and it created a “Z” shaped development running both on the diminishing demand and diminishing return; which is based on the assumption, the route above the standard of living equal in length with the one below the standard of living is in agreement of its living standard to sustain a viable growth, which contains;

    • The base line as the diminishing return where the societies kept peace with its populace that consumable wealth that cause economical displacement like with its negative growth or no growth; it provides entitlement or social programs with non-productive individual citizens for example, 27% of its population on welfare with add-on with subsidies to sustain a standard of living.

    • The top line as the diminishing demand that ended with accumulated wealth favors of concentrated wealth owned by individuals that ended with profitless, 1% holds 27% of the global or national wealth, plus those with extra wealth is not in production yields to no growth.

    • And the diagonal line that connected to both ends is the support of the price and value in the middle is the standard of living which contains the most of the productive individuals who is moving up and down the ladder of growth.

    If more of the wealth accumulated than the wealth consumed, then it causes saturation of the wealth. The diminishing demand under the standard of living agreement made the demand idle because of the shortage of consumption. In the process, the standard of living will go down to meet its demand after the deflationary measure to make it consumable. In reverse, the wealth consumed is over the wealth accumulated, as it is less profitable. Then, it triggers the inflationary measures to aggregate demand to accumulate more wealth in its diminishing return mode; eventually it will balance itself again with the agreement of the standard living with a viable growth.

    It is not the supply and demand. It is rather the circuitry of wealth under the spells of the lower living standard that diminishing demand is being part of the deflationary measure. If the accumulated wealth became saturated, then it means the lower living standard that made the demand finite like lesser demand in loan of dollars in ECB.
    I am certain I am not being introspective; I may twist the theory a little; but the proof of the lower living standard in Europe made it plausible.

    May the Buddha bless you?

  3. CommentedMark Pitts

    The implied suggestion that all these economic changes be imposed from above is, to say the least, highly undemocratic.

  4. CommentedZsolt Hermann

    People do not act without motivation, so whatever we suggest, we plan we need to figure out if there is any motivation for people to follow our suggestions.
    Usually when we spring into action we can be motivated by positive, pulling influences, or negative pushing influences.
    In terms of our lifestyle, our present attitude, global socio-economic system we are in a historical moment when both the positive and negative motivations could be found together.
    This report, or similar factual, transparent, scientific publication describing the present global situation, the inevitable collapse of our present constant growth, expansive, exploitative system, but at the same time providing practical steps for solving the crisis can be considered the positive, pulling motivating forces.
    At the same time the deepening, unsolvable global crisis, basically dismantling all the human institutions we have built so far, causing actual and potential significant suffering for most of humankind, can provide us with the negative, pushing motivating force.
    If we think and act wisely, we always take a step towards the positive direction, a step ahead of the blows inevitably coming behind us.
    If the scientifically assembled global educational information packages, available to all nations and all social layers are successful in explaining each and every human being that we all exist in a totally interconnected and interdependent system, and our individual, or national health and prosperity fully depends on the health and optimal function of the system as a whole, then each and every one of us would accept and join a proposed, global, integral human system willingly without any tricks and coercion.
    This is going to be the only way of building something truly sustainable.

  5. CommentedGordan Zelnicki

    That is only the first step, Inclusive Wealth Report is expected to create a International intervention on a massive scale as Procyon Mukherjee suggested. The question is how much permanent damage and destruction we produce along with the growth. The resources of our planet are not exclusive property of the corporations that exploit them. Think of the BP and the oil spill...

  6. CommentedProcyon Mukherjee

    The U.N. Report 'Resilient People, Resilient Planet: A Future Worth Choosing' highlights the need for rejecting the silos that we have created around food, water and energy and the nature of treatment that we give to each. It has called for identifying the ‘planetary boundaries’ that define our livelihood for the future and the urgent need to create a consensus around how to price goods and services for all and the same applies to the pricing of opportunities that need to be made available to the majority; the investments needed for working on social exclusion cannot be left to the vagaries of small institutions and provincial governments, but would need national and international intervention on a massive scale.

    Procyon Mukherjee

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