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Moyen-Orient : la révolution au ralenti

AMMAN – Il semble que mille et une interprétations des changements qui balayent les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord s’expriment. Une réponse souvent entendue est une note d’optimisme prudent, saisie dans le récent discours du Président Barack Obama au Département d’État lorsqu’il fit référence à la « promesse d’avenir. »  

Mais parfois, nous entendons aussi les empreintes du discours populiste qui dénigrent le Moyen-Orient depuis si longtemps que rien, semble-t-il – pas de grand changement – ne peut les réduire au silence. Après les révoltes réussies au Caire et à Tunis, ces calomnies ont diminué. Rapidement, cependant, les vieux messages décrivant le Moyen-Orient comme extrême, fondamentaliste, et hostile à la démocratie se sont insinué à nouveau en Occident.  

Par ailleurs, les hommes et les femmes ordinaires en Occident semblent ressentir une sympathie instinctive envers leurs homologues au Moyen-Orient et en Afrique du nord, dont un grand nombre paye le prix maximum dans leur combat pour leurs droits. Ces sacrifices ont convaincu beaucoup d’Occidentaux que le Moyen-Orient peut encore connaître la rédemption, et que les peuples de la région devraient se voire octroyer une chance de profiter de la même liberté qu’eux mêmes.

Cette différence de perceptions a décontenancé les experts et les analystes politiques internationaux. Cela n’est pas non plus surprenant, puisque la situation demeure un mélange amorphe d’espoir et de destruction.

Mais aujourd’hui à Amman, comme dans presque toutes les capitales arabes, des réunions et des débats indépendants s’organisent sur les moyens d’aller de l’avant, dans les galeries d’art, les groupes de réflexion, les salons de coiffure et les barbiers, les foyers ordinaires, et de manière plus déterminante, en ligne. Une région souvent décrite comme « arriérée » débat de sa destinée à la fois en face à face et par le biais des réseaux sociaux chaque seconde de chaque jour.

Mais le tweeting ne peut se substituer à la pensée. En effet, les évènements et les personnalités qui ont jusqu’à présent attiré l’attention semblent remplir un vide qui aurait du être comblé par des déclarations de liberté et des traités sur les droits – ainsi que des idées.

D’où la confusion que nous constatons aujourd’hui. Les contradictions sont nombreuses. Les gouvernements de la région ont été identifiés comme le problème, mais il est malgré tout fait appel à l’état pour répondre à l’ordre du jour politique et social qui n’a pas encore été totalement défini. Nous constatons la naissance d’un esprit plus démocratique parmi les peuples de la région, mais un sens équivalant de responsabilité démocratique reste sous-développé.

Quelle qu’ait pu être l’influence des nouveaux médias, ils ne peuvent pas remplacer la nécessaire constitution d’un « manifeste pour le changement » pour l’ensemble de la région, auquel tous ceux qui sont en quête de liberté pourraient se rattacher. Un tel manifeste devra être en mesure d’aborder les questions afférentes aux deux éléphants présents – la Palestine et le prix du pétrole – et de déterminer comment devrait être partagé l’ensemble des ressources énergétiques et en eau de la région, en diminution rapide. (A ce propos, moi-même et des experts partout dans le monde en ont appelé à la création d’une Commission supranationale pour l’eau et l’énergie afin d’assurer le genre de gestion durable des ressources que le Strategic Foresight Group a appelé « La Paix bleue. »)

Bien sûr, développer des idées est plus facile à dire qu’à faire. En limitant la liberté d’expression et en contraignant des millions de jeunes à rester à la maison sans travail, le seul espace public laissé à nombre d’entre eux est donc virtuel. Les gouvernements arabes ont éteint leurs populations, alors les populations ont migré sur le web. La vieille garde se voit donc désormais confrontée à une nouvelle vague, chacun pensant totalement différemment et ne parlant pas de la même chose.

Quelles que soient les limites de cette nouvelle vague, ses conversations en ligne sans frontières compensent la balkanisation politique, religieuse, sociale et culturelle de la région. Les peuples de l’Asie occidentale et de l’Afrique du nord parlent entre eux, même si leurs gouvernements restent distants. L’espoir est là, même si les idées systématiques et cohérentes pour une reconstruction de leurs sociétés dont la région a besoin font encore défaut.

Le cyber-activisme a ses limites ; il ne peut finalement garantir ni la démocratie ni la prospérité. La communication peut être instantanée mais sans aucune idéologie cohérente animée, la révolution procèdera au ralenti. La bataille qui est menée pour l’âme du Moyen-Orient ne peut être gagnée en ligne, et elle ne peut être tempérée par la manipulation cynique de la confiance et de la peur. La qualité de la liberté au Moyen-Orient, comme ailleurs, dépendra de l’engagement de ses soutiens aux valeurs libérales et démocratiques.

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