NEW YORK – Il y a vingt ans ce mois-ci, Saddam Hussein, alors leader incontesté de l’Irak, envahissait le Koweït, donnant lieu à la première grande crise internationale d’après la Guerre froide. Mais en en moins d’un an, le Koweït était libéré et son gouvernement restauré, à un coût humain et économique minimal pour la coalition multinationale assemblée par le président américain George H. W. Bush.
Depuis lors, les Etats-Unis ont à plusieurs reprises eu recours à la force armée, pour différentes raisons. Aujourd’hui, ils cherchent à s’extraire d’un second conflit en Irak, à définir dans quelle direction aller en Afghanistan et à savoir si des frappes militaires contre l’Iran s’imposent. La question va donc de soi : quelles leçons pouvons-nous tirer de la première guerre du Golfe qui, de manière générale, est considérée comme un succès militaire et diplomatique ?
Une leçon importante est liée à la raison pour laquelle un pays entre en guerre. Autant il est possible de modifier le comportement d’un État au-delà de ses frontières, autant influer sur les événements se déroulant au sein d’un autre pays est difficile. La guerre du Golfe de 1990-1991 avait pour objectif de s’opposer à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, une agression qui contrevenait au respect de la souveraineté nationale, l’une des règles de base qui gouverne les rapports entre les États dans le monde actuel. Une fois que les forces armées irakiennes eurent été expulsées du Koweït, l’armée américaine ne s’est pas dirigée vers Bagdad pour remplacer le gouvernement irakien, et n’est pas non plus restée au Koweït pour imposer la démocratie dans ce pays.
Les guerres engagées en 2001 en Afghanistan et en 2003 en Irak étaient clairement différentes. Les deux interventions avaient pour objectif de remplacer les gouvernements en place à l’époque, un objectif atteint dans les deux cas. Je maintiens que l’intervention en Afghanistan (pour renverser le gouvernement des talibans, complice de l’attentat du 11 septembre 2001) était justifiée et que renverser Saddam Hussein ne l’était pas.
Mais, quel que soit notre avis sur ces questions, il ne fait aucun doute que remplacer un gouvernement par un nouvel exécutif, meilleur et plus durable, est une tâche autrement plus ambitieuse et difficile qu’influer sur le comportement d’un gouvernement. Les changements de régime réussis nécessitent un engagement sur le long terme de la force militaire, d’experts civils compétents pour construire une société moderne, de temps et d’argent – et même dans ce cas, rien de permet de garantir que le résultat justifiera les moyens.
Une deuxième leçon de la première guerre du Golfe (et de la deuxième) est qu’il semble y avoir une limite à l’efficacité des sanctions économiques. Les seules sanctions, même appuyées par le Conseil de sécurité des Nations unies et accompagnées de la menace d’une intervention armée, ne furent pas suffisantes pour inciter Saddam Hussein à se retirer du Koweït, dont le contrôle revêtait une importance primordiale à ses yeux. Les sanctions ne sont pas non plus parvenues à provoquer un changement de régime à Bagdad. En fait, leur capacité à donner des résultats a diminué au cours du temps.
Une troisième leçon a trait au soutien international. La participation de plusieurs gouvernements à une coalition répartit les coûts de la guerre et contribue à donner une légitimité à l’intervention. L’existence d’une coalition multilatérale peut par ailleurs faire en sorte que l’opinion publique, des Etats-Unis et d’ailleurs, y compris du pays dans lequel se déroulent les hostilités soutienne, ou du moins tolère, une intervention.
Quelles sont les leçons à tirer des expériences passées en Irak, en Afghanistan et par rapport à ces pays et à l’Iran ?
Dans le cas de l’Irak, le président Barack Obama a réitéré son engagement à mettre fin aux opérations des troupes de combat d’ici la fin août, et à opérer un retrait définitif des troupes américaines à la fin de l’an prochain. Mais à en juger de l’incapacité des politiciens irakiens à former un nouveau gouvernement plusieurs mois après les élections nationales et à fournir les services de base à la population, et avant tout, la poursuite des violences, il est manifeste que l’Irak est encore loin d’être une nation qui fonctionne normalement. L’administration Obama pourrait envisager de revenir sur son engagement et négocier plutôt un nouvel accord (qui prévoie le maintien de 20.000 soldats américains en Irak dans les prochaines années) avec le prochain gouvernement, si et quand il sera formé.
En Afghanistan, les leçons ont trait à la nature du but poursuivi. L’histoire nous apprend que les Etats-Unis auraient intérêt à réfléchir à deux fois avant de persister dans leurs efforts pour remodeler la société afghane ou son gouvernement. Le gouvernement américain devrait se cantonner à des mesures antiterroristes plus limitées, semblables aux missions en cours en Somalie et au Yémen (et dans une certaine mesure au Pakistan).
Dans le cas de l’Iran, la première guerre du Golfe nous permet de déduire que les sanctions économiques seront sans doute insuffisantes pour persuader les Gardiens de la révolution (qui contrôlent de plus en plus étroitement le pays) d’accepter l’imposition de limites vérifiables au programme nucléaire iranien. Les sanctions pourraient toutefois inciter d’autres factions puissantes, à savoir le clergé, les commerçants et les conservateurs, à se désolidariser du président Ahmadinejad et de sa base de Gardiens de la révolution islamique.
A défaut, la question du recours à la force militaire pour ralentir le développement de l’arme nucléaire par l’Iran se posera immanquablement. Seuls quelques rares gouvernements, au mieux, soutiendront ce genre de mesure. Personne ne peut prédire ou supposer ce qu’une intervention armée limitée contre les installations nucléaires iraniennes pourrait accomplir, coûter ou entraîner. Mais ne pas agir, et de ce fait accepter que l’Iran devienne une puissance nucléaire, pourrait déboucher sur un avenir plus dangereux et possiblement plus coûteux. C’est donc à propos de l’Iran, bien plus que de l’Irak et de l’Afghanistan, que les leçons de la première guerre du Golfe seront débattues et en fin de compte, appliquées.


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