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La Grande illusion

Le livre le plus triste de ma bibliothèque de bureau est un vieux livre publié il y a presque un siècle : The Great Illusion: A Study of the Relation of Military Power in Nations to Their Economic and Social Advantage , (La Grande illusion : étude sur la relation entre la puissance militaire des nations et leur avancement social et économique), de Norman Angell, qui essayait de prouver que la conquête militaire était un concept dépassé.

La théorie d'Angell était simple : dans toutes les guerres industrielles modernes qui durent, tout le monde est perdant. Les perdants y perdent le plus, mais les vainqueurs s'en sortent également plus mal que si la paix avait été préservée. Les pères, les fils, les maris meurent, de même que les mères, les épouses et les filles. Les dépenses atteignent des sommets record. De nombreux bâtiments sont réduits à l'état de gravas. Les réparations de guerre font du tort à la règle de droit sur laquelle s'appuie la prospérité industrielle moderne. Au mieux, les vainqueurs peuvent-ils se targuer d'avoir moins perdu que les vaincus qui eux ont tout perdu. La guerre industrielle moderne, comme le montrait, dans un film sorti en 1982, l'ordinateur de War Games , un jeu très particulier : " le seul moyen de gagner est de ne pas jouer ".